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Rapport Chevassus-au-Louis : fixer la valeur économique de la biodiversité

Ce mercredi 29 avril, est présenté au ministère chargé de l'Ecologie un rapport dirigé par Bernard Chevassus-au-Louis sur le coût de la biodiversité. Les détails avec Chantal Jouanno et Nathalie Kosciusko-Morizet…

Ressources naturelles  |    |  Sophie FabrégatActu-Environnement.com
   
Rapport Chevassus-au-Louis : fixer la valeur économique de la biodiversité
   
Fixer une valeur économique aux services écologiques rendus par la nature, tel est l'objectif du travail dirigé par Bernard Chevassus-au-Louis, inspecteur général de l'agriculture, ancien directeur général de l'INRA et ancien président du Muséum national d'histoire naturelle (MNHN). Ce dernier a été missionné par le Premier ministre dans le cadre du Centre d'analyse stratégique (CAS) à la suite du discours de clôture du Grenelle de l'environnement dans lequel Nicolas Sarkozy s'engageait à intégrer le coût de la biodiversité dans toutes les décisions publiques futures.
Ce rapport sera présenté ce mercredi après-midi au ministère en charge de l'écologie en présence des acteurs concernés (écologues, économistes, élus, représentants d'ONG ou d'entreprises...) et de Pavan Sukhdev, économiste indien, en charge d'un rapport pour la Commission européenne sur le prix de la biodiversité, attendu pour 2010.

Donner une valeur de la biodiversité

Comme le rapport Sukhdev, les travaux de Bernard Chevassus-au-Louis s'inscrivent directement dans la lignée du rapport de Nicholas Stern qui chiffrait le coût du changement climatique.
Il ne s'agit pas de créer un marché de la biodiversité, explique Chantal Jouanno, secrétaire d'Etat à l'écologie, il s'agit de définir des valeurs de référence pour que, dans toutes les décisions publiques, soit désormais prise en compte la valeur économique de la biodiversité.
Dans toutes les décisions politiques… mais aussi judiciaires : l'importance de l'environnement dans la loi a été confirmée à deux reprises : lors du procès de l'Erika où, pour la première fois, une jurisprudence a reconnu les dommages strictement environnementaux, et lors du débat parlementaire sur la responsabilité environnementale en juin 2008 où cette question a été consacrée par la loi, note Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d'Etat en charge de la prospective et précédemment secrétaire d'Etat à l'écologie. Nous avons un problème en matière de biodiversité : ce sujet se situe beaucoup moins haut dans l'agenda que le changement climatique alors qu'il est en lien avec celui-ci et tout aussi important. J'ai acquis la conviction que deux clés sont nécessaires pour porter un sujet en haut de l'agenda : d'abord un consensus scientifique partagé est nécessaire, comme c'est le cas avec le GIEC pour le changement climatique. Ensuite, nous devons pouvoir évaluer les choses dans une monnaie commune, avec tout ce que cette approche peut avoir d'abusif.
L'idée est donc de donner un coût à la nature pour qu'enfin celle-ci soit prise en compte : la plupart de nos interlocuteurs considèrent que nous préservons la nature pour sa beauté. Or, nous devons raisonner en terme de capital naturel qui a autant si ce n'est plus de valeur que les autres capitaux, analyse Chantal Jouanno.
Il faut absolument sortir des situations dans lesquelles la nature ne vaut rien. On ne parviendra jamais à une évaluation précise, mais même si c'est de manière impartiale, les services de la nature doivent être valorisés, précise Nathalie Kosciusko-Morizet.
Comme aime à le répéter Pavan Sukhdev : ce qui est utile n'a pas toujours une grande valeur, comme l'eau par exemple, et ce qui a une grande valeur n'est pas toujours utile, comme les diamants…

Un travail de fourmi

Les écosystèmes sont très nombreux et les services rendus par ces écosystèmes sont encore plus nombreux. Nous sommes capables aujourd'hui de chiffrer ces services, mais cela suppose un vrai travail de fourmi. Nous sommes au début de la démarche, note Chantal Jouanno.
Le groupe de travail dirigé par Bernard Chevassus-au-Louis s'est penché sur les questions de méthode. L'idée était de définir les conditions d'élaboration de valeurs de référence pour les services écologiques rendus par la nature.
Mais les experts ont tout d'abord souhaité distinguer deux composantes : la biodiversité extraordinaire, qui n'a pas de prix selon eux, et la biodiversité ordinaire, qui n'a pas de valeur intrinsèque identifiée comme telle mais qui, par l'abondance et les multiples interactions entre ses entités, contribue à des degrés divers au fonctionnement des écosystèmes et à la production des services qu'y trouvent nos sociétés. Le groupe de travail a donc proposé d'évaluer cette biodiversité ordinaire à partir des services des écosystèmes dont profite la société.
Quatre principaux services ont été identifiés : les services d'auto-entretien, qui conditionnent le bon fonctionnement des écosystèmes (recyclage des nutriments, production primaire), les services d'approvisionnement, qui conduisent à des biens appropriables (aliments, matériaux et fibres, eau douce, bioénergies), les services de régulation, c'est-à-dire la capacité à moduler dans un sens favorable à l'homme des phénomènes comme le climat, l'occurrence et l'ampleur des maladies ou différents aspects du cycle de l'eau (crues, étiages, qualité physico-chimique) et enfin, des services culturels, à savoir l'utilisation des écosystèmes à des fins récréatives, esthétiques et spirituelles.
Quelques valeurs de référence ont été proposées par le groupe de travail. Par exemple, la valeur à accorder aux écosystèmes forestiers métropolitains a été évaluée à 970 euros par hectare et par an (soit environ 35.000 euros par hectare en valeur totale actualisée), avec une fourchette pouvant varier de 500 à 2.000 euros par hectare et par an selon, en particulier, la fréquentation récréative ou touristique et le mode de gestion de l'écosystème. Les services rendus par les abeilles ont été évalués à 2 milliards par an.
Le réseau France Nature Environnement, qui a participé aux travaux, salue la prudence du rapport qui souligne que l'approche économique doit s'articuler avec les approches éthique et sociologique de la nature : la révolution verte suppose que l'on donne au vivant, non pas un prix comme pour un baril de lessive, mais une valeur à la fois juridique, éthique et économique. Bien entendu, FNE restera vigilante sur les risques de dérive. L'obligation de compenser des atteintes à la biodiversité ne doit ainsi jamais virer au droit à détruire, déclare Arnaud Gossement, porte-parole de FNE dans un communiqué.
L'enjeu est que la valeur économique de la biodiversité soit intégrée dans les décisions publiques dès 2010, l'année où jamais de prendre des décisions pour stopper l'érosion de la biodiversité, souligne Chantal Jouanno. Plusieurs déclarations internationales ont en effet engagé les Etats à enrayer l'effondrement de la diversité biologique en 2010.

Réactions6 réactions à cet article

 
Comment évaluer une grandeur non mesurable ?

C'est le sujet qu'approfondit depuis de nombreuses années un laboratoire du CNRS, le GRID (groupe de recherche de l'Information et de la décision) à Cachan et son directeur, Bertrand Munier, mais aussi plusieurs laboratoires regroupant les meilleurs experts mondiaux sur le sujet (Savage, Elizabeth Pathé Cornell...) dans de nombreux pays du monde.

Les premiers à s'être posé la question ont été les assureurs ! comment évaluer le coût de la mort ! Aux USA, elle coût 5 millions de $ et en France 500 000€...
Pourquoi un tel écart ?
C'est là qu'apparaissent les problème liés à l'évaluation, au traitement de la subjectivité d'une évaluation, de la complexité de l'évaluation multicritère, de la complexité de l'évaluation à plusieurs individus... des sujets qui touchent à la nature humaine, à ses limites cognitives, à ses limites intellectuelles... à notre incapacité à rester objectifs...

Par extension, ces méthodes ont été et sont utilisées pour la gestion globale des risques : comment comparer un risque financier et un risque de réputation et un risque technologique ou chimique... comment les hiérarchiser pour choisir une politique de traitement, de réduction, de transfert ou d'auto assurance ?

Et les micro économistes en sont arrivés à utiliser les mêmes outils pour évaluer la valeur de l'environnement : quelle est la valeur d'un site comme la Camargue ?

Nos amis finlandais, canadiens, américains utilisent certains de ces outils pour prendre leurs décisions en matière de choix d'implantation d'autoroutes, de lignes TGV, ou du choix d'implantation de sites industriels...

Alors parce qu'il existe de fantastiques outils qui fonctionnent et qui permettent de choisir et décider avec l'ensemble des parties prenantes (et pas contre), peut être qu'il serait intéressant de savoir quels outils d'évaluation seront choisis par ce comité pour évaluer nos décisions publiques !!!

Ivan Komaroff

www.kconseil.eu | 30 avril 2009 à 06h42
 
 
Poser un postulat simple.

Bonjour,

De même qu'il existe des principes de droit non écrits issus de notre jurisprudence et désormais respectés par toutes les juridictions, nous pourrions poser le postulat simple que la biodiversité a toujours une valeur économique supérieure à la plus haute valeur économique mesurable.
Ce postulat simple éviterait de perdre des miliers d'heures de travail en réunions, en colloques de nos plus brillants esprits, d'autant que nous ne sommes pas certains d'arriver à un résultat. Et pendant que l'on cherche une méthode pour calculer la valeur économique de la biodiversité, cette dernière disparaît.
Nous nous poserons la question de la pertinence de ce postulat de base une fois que l'Humanité aura démontré sa capacité à préserver toutes les formes de vie sur la Terre... Attention à ne pas se tromper de priorité !
Faire des usines à gaz, je ne suis pas inquièt. L'urgence biodiverse nécessite une réponse simple et efficace à l'image de notre capacité à y porter atteinte depuis un siècle: ne détruire que ce que nous savons produire ou reproduire. Savons nous construire une voiture ? Oui. Si nécessaire alors, je peux la détruire. Savons nous construire un papillon en laboratoire ? Non, nous nous contenterions de suivre les étapes que la nature impose sans pouvoir donner vie à un papillon simplement à réunissant les éléments qui le constituent. Donc, on préserve tous les papillons, etc... Notre regard sur la nature doit être inversé. Nous préservons tout car c'est la vie et donc de valeur économique supérieure (postulat de base) et n'autorisons à la destruction,lorsqu'il est impossible de faire autrement, que ce que nous sommes en mesure de produire.
A contrario, quel(s) risque(s) inacceptable (s)pour l'humanité un tel postulat induirait-il ?

Jean-Noël CABASSY

Anonyme | 30 avril 2009 à 10h10
 
 
et le respect ? on le chiffre aussi ?

c'est incroyable cette manie de vouloir tout chiffrer, à croire que nous n'avons plus d'organes des sens pour voir, sentir et entendre : voir, le décor, l'harmonie, sentir : les odeurs de nos bagnoles ou de l'air frais, entendre : itou, moteurs ou chants d'oiseaux... donc ces gens sont enfermés dans leurs têtes et ne perçoivent plus l'environnement...
je crois qu'il y a erreur de démarche, ce n'est pas chiffrage d'une valeur, mais réouverture des sens afin de relativiser notre présence sur terre, tenons nous comme des invités qui respectent le décor, au lieu de vouloir tout intégrer dans nos chiffres inodores et sans saveur... ça passe bien sûr aussi par le respect des autres personnes, et qu'on arrête de se toiser du haut de nos porte monnaie pour faire plutôt ami ami... pour enfin comprendre à nouveau que nos systèmes de valorisation ne sont que des conventions passagères, les mesure de notre système d'échanges (bien pratique par ailleurs), mais c'est quelquechose de relatif, entre nous, lié à nos échanges économiques interpersonnels. En aucun cas nous ne pourrions intégrer à notre système interne les éléments naturels de la planète qui nous reçoit, au risque d'une très grosse erreur intellectuelle.
Par exemple, les mathématiques portent sur les éléments du monde réel environnant, il s'agit de mesures, d'observations, etc, ce sont chiffres et formules, mais pas "valorisation"... alors s'il vous plait, faites que l'on arrive à reconsidérer la réalité, même mesurée, "pesée", mais indépendamment de ce système de monnaie qui semble avoir envahit jusqu'au tréfonds de nos esprits...
de l'air ! merci... et qu'on n'en vienne pas à nous vendre le suprême gratuit !
je devine encore par là cette trop stupide notion de culpabilité... plutôt que de chercher à payer ou compenser toute notre vie notre "faute" (sic) de naissance, respirons, disons merci à nos mères d'être nés, chaque naissance est un acte d'amour, et arrêtons de payer et faire payer car nous allons à la catastrophe !
merci pour un peu de respect et d'humilité, n'oublions pas notre condition d'être vivant, car sinon nous sommes fous ...

lo83 | 03 mai 2009 à 05h50
 
 
"la vie ne vaut rien mais rien ne vaut la vie"

chante Alain Souchon...
pourquoi des outils économiques ? on peut imaginer élaborer des outils intellectuels, mathématiques ou méditatifs, qui permettent de "considérer" la réalité au plus près de ce qu'elle est, en profondeur, et considérer ainsi comment nos actes et nos conduites affectent l'environnement dans lequel nous vivons et dont nous avons impérativement besoin, pour la vie (et bonne vie, à choisir) de notre espèce...
ça impliquerait qu'on se remette à une vraie politique, au lieu de compter les sous de manière obsessionnelle et maladive...
ça pourrait s'appeller devenir adulte... c'est peut être ce qui est en train de nous arriver....

lo83 | 03 mai 2009 à 06h06
 
 
Re:Poser un postulat simple.

Bonjour,

Il faut distinguer la biodiversité extraordinaire( qui n'a pas de prix), dont le papillon fait partie et la biodiversité ordinaire(qui n'a pas de valeur intrinsèque)et qui est évalué à partir des services des écosystèmes dont profitent la société.

Nous devons raisonné en terme de capital naturel, qui a autant si ce n'est plus de valeur que les autres capitaux.
Ils ont eu l'idée de donner une valeur économique à la nature, car cela va permettre de stopper la destruction de celle-ci par l'Homme moderne, qui ne concoit que ce qui a une valeur monétaire.
Donner une valeur à la préservation de la biodiversité va aider la décision public.
Encore reste t-il à mettre en place un système juridique fort pour en finir avec le dumping environnementales et rétablir de bonnes pratiques dans le monde industriel.
Sans une gouvernance écologique mondiale efficace, responsable de la planète et capable de règlementer et contrôler le commerce international, la biodiversité risque de disparaitre et nous avec.
Pas de développement humain sans biodiversité.

océane | 05 mai 2009 à 12h48
 
 

Oui, évaluer le capital naturel de manière parafite est impossible, rendre compte des dégâts que cause l'homme sur la nature également. Depuis 1945 on mesure l'économie avec le PIB, cet indice est critiqué, mais on continue à l'utiliser parce qu'il donne un ordre de grandeur, permet sur le long terme d'avoir une idée de l'évolution de la production nationale. De même je suis d'accord pour affirmer qu'il faut un indicateur, si imparfait qu'il soit, qui puisse mesurer les conséquences de l'activité de l'homme sur l'environnement. En effet si un indicateur de ce type est mis en place on pourra légitimer des taxes, ou trouver le moyen pour faire entrer le cout environnemental dans les activités humaines. Parce que l'homme, dans la société capitaliste, ne raisonne qu'en terme de coûts, de chiffres, parce qu'on ne peut pas compter uniquement sur sa sensibilité environnementale et ses actions "eco-friendly", parce qu'une entreprise n'est pas par nature philanthropique, la meilleure solution est de chiffrer les impacts environnementaux il faut l'accepter comme un "second best way", ne soyons pas hypocrites sans incitation financière pour tous il sera difficile d'agir d'une façon vraiment responsable.

Lucie | 29 avril 2011 à 20h17
 
 

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