
Ne mettons pas les centrales solaires à la retraite
Fin des tarifs d'achat, 235 000 installations en suspens : le solaire français doit se réinventer via le repowering et l'autoconsommation collective pour préserver son patrimoine énergétique.
Le solaire français entre dans l’ère de l’après-tarif d’achat, où sa compétitivité doit désormais prendre le relais des mécanismes de soutien. Cette nouvelle phase repose sur un double enjeu : améliorer la performance des installations existantes grâce au repowering et mieux valoriser localement l’électricité produite.
Après le tarif d'achat, une nouvelle équation économique
Pendant vingt ans, le solaire français a grandi au rythme des tarifs d'achat. Les agriculteurs, entreprises et collectivités qui se sont lancés à l'époque étaient des pionniers : ils ont investi des sommes importantes dans une technologie encore peu connue, et ils ont pris un vrai risque. Le tarif d'achat leur a apporté la sécurité nécessaire pour franchir le pas. En garantissant leurs revenus, il a rendu leurs projets finançables et permis à toute une filière de se structurer.
Le photovoltaïque est aujourd'hui une technologie mature : les performances ont bondi, les coûts se sont effondrés, et l'électricité solaire est devenue l'une des plus compétitives, toutes sources confondues. Le pari du développement du solaire en France est en partie gagné et le succès a sa contrepartie : le mécanisme s'éteint. Derrière cette échéance administrative se joue en réalité quelque chose de beaucoup plus profond. La fin des tarifs d'achat marque la fin d'un modèle économique. Et chaque fin de modèle impose une réinvention.
Le risque : abandonner les centrales existantes
Entre 2006 et 2010, 235 000 contrats photovoltaïques ont été signés en France. Ces installations arrivent aujourd'hui en fin de tarif d'achat, et leurs propriétaires commencent à s'inquiéter. Le temps a aussi fait son œuvre : un panneau perd en moyenne 0,5 % de puissance par an. Après seize à vingt ans d'exploitation, une centrale produit donc environ 10 % de moins qu'au premier jour, et parfois davantage si les onduleurs ou le câblage ont vieilli. Que faire quand les revenus garantis s'arrêtent ? Et faut-il encore investir dans une installation qui produit un peu moins chaque année tout en exigeant plus de maintenance ?
Le risque est réel : voir une partie de ces installations sortir progressivement du paysage énergétique français. Par manque de visibilité, certains propriétaires pourraient choisir de ne plus investir dans leur centrale, repousser les travaux nécessaires à son maintien en conditions opérationnelles ou envisager un démantèlement pur et simple.
Ce serait une erreur. Ces centrales sont bien plus que des équipements en fin de contrat : elles forment un véritable patrimoine énergétique. Elles ont demandé des investissements importants et sont déjà raccordées au réseau. Or, dans de nombreux territoires, le réseau est congestionné : un nouveau raccordement peut prendre des années et coûter cher. Un raccordement existant est donc devenu un atout rare. Laisser ces centrales se dégrader ou disparaître au moment même où la France cherche à accélérer sa production d'électricité décarbonée serait un véritable non-sens industriel.
Chez Feedgy, nous pensons au contraire que ces centrales constituent l'un des leviers les plus efficaces de la prochaine phase de développement du solaire français.
Pourquoi repartir de zéro lorsqu'il est possible de faire mieux avec l'existant ?
Les progrès technologiques réalisés depuis quinze ans sont spectaculaires. À surface équivalente, les panneaux photovoltaïques actuels produisent significativement plus d'électricité que ceux installés à l'époque. En effet, les technologies photovoltaïques ont considérablement progressé : le rendement des modules est passé d'environ 15 % au début des années 2010 à près de 25 % aujourd’hui pour les meilleurs modèles. Moderniser une centrale existante permet donc d'augmenter fortement sa production sans mobiliser un mètre carré supplémentaire de foncier.
C'est là tout l'enjeu du repowering photovoltaïque.
Remplacer les équipements vieillissants par des technologies plus performantes permet de prolonger la durée de vie des installations, d'améliorer leur rentabilité et d'augmenter leur contribution à la transition énergétique. Suite à un repowering, ou modernisation d’une centrale solaire vieillissante, la puissance installée peut augmenter jusqu’à 66 % et la production jusqu’à 118 %. Cette approche présente également un avantage collectif majeur : elle limite les besoins de nouveaux raccordements et réduit la pression sur le réseau électrique, puisque les infrastructures existent déjà.
Produire davantage d'énergie renouvelable sans artificialiser davantage constitue sans doute l'une des équations les plus vertueuses que nous ayons à résoudre au cours des prochaines années. Ne mettons pas les centrales à la retraite. Donnons-leur une nouvelle jeunesse.
Du kilowattheure produit au kilowattheure valorisé
Mais rénover une centrale n'est qu'une partie de l'équation. L'autre partie, peut-être la plus importante, concerne la manière dont l'électricité est valorisée.
Pendant longtemps, le sujet était relativement simple : produire et injecter sur le réseau à un tarif fixé à l'avance. Demain, la création de valeur passera par la capacité à commercialiser intelligemment l'électricité produite.
Et le marché a déjà commencé sa transformation. L'autoconsommation collective se développe vite partout en France : on comptait 450 opérations en juin 2024, on en compte 2 276 aujourd'hui, et leur nombre a même doublé en un an. Ce modèle convient particulièrement aux centrales historiques. Une opération réunit en moyenne un producteur et une dizaine de consommateurs, pour environ 170 kVA. C'est la taille d'une centrale installée sur un hangar agricole ou une toiture d'entreprise : assez grande pour être compétitive, assez petite pour que sa production soit consommée sur place. Dans la ville de Bazancourt (51), une exploitation agricole fournit déjà une partie de l'électricité d'un supermarché voisin. Suite au repowering de la centrale solaire, la puissance installée est passée de 167,04 kWc à 252,42 kWc, soit une augmentation de 51 % de la capacité totale. L'espace libéré en toiture a permis la construction d'une nouvelle centrale de 69,08 kWc. C'est l'énergie produite par cette nouvelle centrale qui alimente le Carrefour Contact. 100 % de l'électricité produite par la centrale est aujourd'hui consommée localement : la centrale produit environ 85 MWh par an, répartis entre les quatre consommateurs (3 particuliers + le magasin Carrefour Contact). Hier encore, ce modèle relevait de l'expérimentation. Aujourd'hui, c'est une réalité économique rentable.
Dans cette nouvelle configuration, la performance d'une centrale ne dépend plus uniquement de ses panneaux ou de ses onduleurs. Elle dépend tout autant de sa capacité à trouver le bon modèle économique.
2026, la deuxième vie du solaire français
L'enjeu des prochaines années ne sera pas seulement de construire de nouvelles centrales, mais aussi de moderniser celles qui ont fait naître le solaire français.
Le solaire entre dans une nouvelle phase de son histoire. Il est désormais assez compétitif pour se passer des mécanismes de soutien, et c'est la valorisation de l'électricité produite qui fera la différence. La France n'est pas seule à se poser la question. Partout en Europe, les premières générations de centrales arrivent au bout de leurs tarifs garantis. En Allemagne, plus de 66 000 installations perdent leur tarif rien qu'en 2026. L'Italie vient d'aller plus loin en ouvrant la possibilité de sortir plus tôt de son ancien dispositif de soutien pour 10 GW de centrales, à condition de les moderniser d'ici 2030 avec des panneaux fabriqués en Europe. Chaque pays cherche sa propre réponse, mais le défi est le même partout. La fin du tarif d'achat n'est pas une sortie, c'est un point d'entrée. Les solutions existent déjà. Reste à les activer à temps.
Article proposé par :
Harold Darras
Fondateur et Président de Feedgy
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Crédits photos : Dewald
Solutions & Innovations
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