
Electrification : il faut aussi repenser notre façon de consommer l’énergie
La France électrifie ses voitures et ses chauffages à marche forcée. Mais tant que personne n'indique au consommateur quand consommer, la transition reste à moitié construite. Le vrai levier de décarbonation c'est l'heure à laquelle on consomme.
La France s’électrifie. C’est une bonne nouvelle. Mais électrifier les équipements sans repenser la façon dont on consomme, c’est s’arrêter au milieu du gué. Le vrai pivot de la transition énergétique n’est pas seulement l’équipement mais l’heure à laquelle il est utilisé.
Un momentum de l’électrification dont la France doit se saisir jusqu'au bout
Le marché des pompes à chaleur repart en flèche. Les ventes de véhicules électriques s’envolent. Les pouvoirs publics ont répondu à la crise énergétique par un plan d’électrification ambitieux, et les Français répondent à l’appel. Sans doute parce qu’ils en ont assez de dépendre de ressources qui soufflent le chaud et le froid sur leur pouvoir d’achat.
Mais si l’objectif premier de ce plan est d’accélérer la sortie des énergies fossiles, il ne peut se limiter à la seule question des usages. Électrifier les équipements sans penser le système énergétique dans sa globalité, c’est construire la moitié d’un pont. Pire : une explosion non maîtrisée de la demande pourrait produire des effets exactement inverses à ceux recherchés.
Équipement et usage : les deux facettes de l’électrification
L’électrification a deux faces. La face visible : les voitures que l’on branche, les chaudières que l’on remplace par des pompes à chaleur. C’est concret, enthousiasmant, et souvent porteur de réels gains de confort et de pouvoir d’achat.
Et puis il y a la face invisible : le système. Quand consomme-t-on ? Comment ? À quelle heure ? Ces questions semblent techniques. Elles sont en réalité stratégiques.
Une pompe à chaleur qui tourne à 3h du matin, quand le réseau est alimenté à 95 % par du nucléaire et de l’éolien, c’est du chauffage souverain et décarboné. La même pompe à chaleur allumée à 19h un soir de janvier, quand des millions de foyers font de même simultanément, c’est potentiellement du gaz importé. Ce n’est pas l’équipement qui change : c’est l’heure. Et cette différence, à l’heure actuelle, personne ne la signale au consommateur.
La flexibilité de la demande : le chaînon manquant
Aller jusqu’au bout de l’électrification, c’est apprendre à consommer intelligemment : au bon moment, quand l’énergie est abondante, propre et peu chère. C’est ce que les spécialistes appellent la flexibilité de la demande. Et c’est le chapitre que le plan électrification n’a pas encore écrit.
Cette flexibilité a trois vertus que le plan électrification a tout intérêt à embrasser pleinement.
Elle maximise l’impact carbone de chaque kilowattheure. En orientant les usages vers les heures où la production est excédentaire, on s’assure que l’énergie consommée est bien celle que la France produit grâce à son mix nucléaire et renouvelable.
Elle allège la pression sur les réseaux. À l’heure où RTE investit massivement pour rénover les infrastructures, la flexibilité permet d’éviter de surinvestir dans des capacités qui ne serviraient qu’à couvrir des pointes évitables.
Elle réduit la facture des Français. Quand le prix de l’électricité varie de 1 à 10 selon l’heure, voire devient négatif certains après-midis de printemps, changer quand on consomme, sans changer ce que l’on consomme, peut réduire une facture de 30 à 40 %. Nous le mesurons chaque jour.
Le signal prix comme boussole
L’instrument existe. C’est le prix horaire de l’électricité, indexé en temps réel sur le marché de gros européen. Quand l’offre dépasse la demande, le prix s’effondre, parfois sous zéro. C’est le signal que le réseau déborde d’énergie et qu’il faut consommer. Quand la demande dépasse la production locale, le prix monte : c’est le signal qu’il faut décaler.
La tarification dynamique n’est pas une idée théorique. En Finlande et en Suède, plus de 30 % des ménages sont aujourd’hui sur des offres indexées au prix spot. Au Royaume-Uni, Octopus Energy, premier fournisseur résidentiel du pays, a basculé plusieurs millions de clients sur des tarifs horaires. Dans ces pays, les consommateurs ont adapté leurs habitudes, souvent sans même y penser, grâce à des équipements connectés qui répondent automatiquement au signal prix.
La France a tous les atouts pour aller aussi loin, et plus vite : un mix électrique parmi les plus décarbonés d’Europe, des équipements connectés de plus en plus répandus, et une volonté politique réelle de transformer notre système énergétique. Il reste à faire du signal prix un outil accessible à tous les consommateurs, et à valoriser ceux qui adaptent leurs usages au bénéfice du collectif. L’électricité bas carbone est là. Il nous reste à apprendre à nous en servir au bon moment.
Article proposé par :
Jérémy Assayag
Président fondateur de Sobry
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1 Commentaire
Paco55
Le 22/07/2026 à 13h57
Il existe de nombreux systemes pour palier aux fluctuations de la production énergetique issue des systemes de captation des flux permanents.
Signaler un contenu inappropriéAu niveau collectif: des réseaux de chaleur/froid, des step, des batteries, les réseaux collectifs de partage...
Au niveau individuels:batteries, régulateurs de conso, géothermie chaude/froide ( instalable dans n'importe quelle maison individuelle et la plupart des petits immeubles)...
Malheureusement le monde politique est bien ignorant de tout celà, certains même ne jure que par le nucléaire et les climatisateurs, c'est dire!