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Actu-Environnement

Bruit des installations classées : une approche de long terme pour une maîtrise durable de l'environnement sonore

Environnement & Technique N°311
Cet article a été publié dans la revue Environnement & Technique n°311
Il a été rédigé par l'ancienne rédaction d'Environnement & Technique, avant son acquisition en 2012
par la société d'édition d'Actu-Environnement.
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La réglementation bruit des installations classées impose à l’industriel de limiter son impact sonore dans le proche environnement, sur la base de seuils par nature relatifs et variables dans le temps et l’espace, et alors même que ses émissions sonores varient également dans le temps et en fonction des conditions météorologiques. Difficile, dans ces conditions de présenter des mesures satisfaisantes pour l’ensemble des parties prenantes. Une autre approche, dite de long terme, peut être proposée pour répondre à cette problématique. Frédéric DELAFOSSE, directeur de SolData Acoustic

La réglementation bruit des installations classées au sens large impose depuis bien longtemps à l’industriel de respecter différents seuils afin de limiter son impact sonore dans le proche environnement. Définis principalement dans la réglementation de 1997, ces seuils sont basés sur la notion d’émergence (différence de bruit installations en fonctionnement et à l’arrêt) et sont donc par nature relatifs et variables dans le temps et l’espace, puisqu’ils dépendent de l’environnement sonore préexistant. En parallèle, le fonctionnement d’une installation classée n’est jamais complètement stable et ses émissions sonores varient donc également dans le temps. Enfin, les conditions de propagation acoustique à grande distance varient elles aussi fortement en fonction des conditions météorologiques (gradient de vent notamment). Dans ce contexte particulièrement mouvant, il est donc extrêmement difficile, d’une part, pour l’industriel, de s’engager sur un résultat optimisé et, d’autre part, pour l’ensemble des parties prenantes, de pouvoir statuer sur la représentativité et la reproductibilité d’un constat d’impact passé ou à venir. L’approche dite de long terme proposée - et appliquée à un cas concret - apporte ainsi une réponse novatrice à cette problématique… quitte à bousculer les habitudes !

Un cadre réglementaire complexe

Pour les industriels, le contrôle, le suivi et la maîtrise de l’impact sonore de leurs installations est une des obligations ISO 14001 qui leur impose notamment de mettre en place une démarche de progrès et donc de s’engager sur des moyens mais aussi sur un résultat. La variabilité des différents paramètres évoquée ci-dessus (bruit résiduel de référence, conditions de propagation, fonctionnement des installations), constitue en soi un risque qui doit être objectivé entre les différentes parties prenantes, en toute connaissance de causes. Actuellement, même si l’on observe une tendance à l’allongement de la durée des mesures, la plupart des constats d’impact sont réalisés sur des périodes plutôt courtes, dans les conditions observées au moment de l’intervention : elles ne permettent pas vraiment de statuer sur la représentativité des résultats obtenus quant à l’impact long terme. Et pourtant, dans l’arrêté du 23 janvier 1997, figuraient déjà quelques indices permettant de mieux appréhender ces notions de représentativité, notamment en ce qui concerne les valeurs de niveaux sonores résiduels de référence. En effet, l’arrêté précise que les niveaux sonores maximums en limite de propriété ne doivent en aucun cas dépasser 60 et 70 dB(A) (de nuit et de jour) mais aussi et surtout permettre le respect des critères d’émergence au niveaux des zones à émergence réglementée. Pour ce faire, l’acousticien doit donc définir le niveau sonore résiduel de référence (par exemple en le mesurant), calculer l’émergence induite par le fonctionnement des installations toujours dans les zones à émergence réglementée et enfin en déduire, par calcul inverse, les niveaux seuils en limites de propriété, généralement plus proches du site. Au-delà de cette petite gymnastique acoustique de spécialiste, on constate bien ici que les valeurs des niveaux sonores résiduels sont implicitement contenues dans les valeurs seuils à ne pas dépasser en limite de propriété, inscrites dans tout arrêté d’autorisation d’exploiter explicite. C’est un premier pas, certes timide mais bien réel, vers la volonté de figer, au moins sur une certaine période, le référentiel acoustique. Cette disposition permet ainsi à l’administration de procéder à des mesures inopinées et à l’industriel de pouvoir s’engager sur des niveaux sonores moins volatiles ! C’est dans cet esprit et sur ces premiers éléments que la procédure suivante, dite Sissi (Suivi de l’impact sonore de sites industriels), a été développée par Soldata Acoustic ; elle est basée sur une approche long terme représentative et reproductible.

Construction de la démarche

Le site pilote sur lequel la procédure a été appliquée correspond à la centrale thermique de La Snet, groupe E.On, située à proximité de Marseille. L’approche retenue a consisté dans un premier temps à caractériser mais surtout à figer les niveaux sonores résiduels long terme (niveaux sonores de référence, lorsque les installations sont à l’arrêt) grâce à une combinaison entre de la mesure effective (plusieurs campagnes entre 2006 et 2009), complétée par une modélisation des différentes infrastructures de transport environnantes, principales sources de bruit résiduel. On notera ici l’importance de la mesure longue durée afin de pouvoir justifier de la représentativité des niveaux sonores résiduels retenus, que ce soit dans un milieu urbanisé (avec prédominance des bruits de trafic) ou dans un milieu plus naturel (bruits de la nature, végétation). Dans un deuxième temps, une modélisation normalisée 3D complète du site a permis de faire le lien entre le bruit émis par les installations et les niveaux sonores engendrés non seulement à plusieurs centaines de mètres chez les riverains (points jaunes de la figure 1), mais aussi et surtout à proximité plus immédiate des installations (points noirs de la figure 1), afin de s’affranchir des variations de propagation à grande distance. Sans entrer dans le détail des méthodologies de modélisation utilisées via la plate forme de calcul Cadna, on retiendra que le principe consiste classiquement à caractériser les sources sonores principales du site (mesures de proximité en pression et/ou intensité sonore puis calcul des puissances acoustiques), puis à simuler la propagation du bruit dans un environnement complexe 3D. On notera au passage que la norme de calcul utilisée (ISO 9613) intègre également la notion de conditions de propagation long terme, via la prise en compte d’une rose des vents moyenne du site. Enfin, en dernier lieu, le fonctionnement représentatif annuel des installations a été pris en compte à partir de la recomposition d’une quinzaine de régimes de fonctionnement différents, décomposés selon les données process de l’industriel. Il s’agit ni plus ni moins de décomposer l’activité de l’installation en régimes de fonctionnement acoustiquement homogènes, et de simuler, pour chacun d’eux, l’impact acoustique dans le proche environnement. L’engagement de l’industriel à ce stade est clair, puisqu’il s’agira in fine pour lui de pouvoir justifier de la représentativité de ces différents régimes de fonctionnement, données process à l’appui (courbes de production, puissance consommée…). Les durées d’apparition cumulée de fonctionnement jour/nuit de chacun de ces régimes de fonctionnement sont ensuite prises en compte afin de recomposer le fonctionnement moyen annuel du site (pourcentage de marche indiqué dans les tableaux de la figure 2).

Le plan d’investissement long terme

Sur la base de l’ensemble de ces éléments (résiduel figé + impact ramené en limite de propriété + fonctionnement représentatif), l’ensemble des parties prenantes est alors capable de « s’entendre » sur un plan de progrès (lorsqu’il s’agit d’installations existantes) ou un projet pérenne (cas des études d’impact). L’industriel peut s’engager sur les moyens qu’il souhaite mettre en œuvre pour atteindre l’objectif retenu, l’administration peut procéder à des contrôles et les riverains peuvent mesurer les progrès obtenus au fil du plan d’actions. Plus généralement, cette approche transparente et sécurisée plaide en faveur d’un « développement sonore durable », en ce sens qu’elle permet de concilier dans la durée, le développement financier de l’entreprise, la préservation des emplois locaux, et le respect de l’environnement. Dans le cas présent du site de la Snet, la procédure a tout d’abord été validée par une contre-expertise acoustique, réalisée à la demande de l’administration. La rédaction du nouvel arrêté d’autorisation d’exploiter est en cours de finalisation.

Des perspectives pour une maîtrise durable du risque bruit

La mise en pratique d’une telle démarche nécessite en premier lieu une parfaite connaissance de l’installation classée considérée, du contexte réglementaire, et du relationnel avec les riverains. Se posent bien évidemment des questions sur les contraintes techniques, qui ne doivent cependant pas être un frein à l’application de cette procédure novatrice. La notion de « niveau sonore résiduel représentatif » doit être particulièrement soignée car elle constitue un des piliers de la méthode. Des mesures de long terme sont à priori nécessaires. La modélisation acoustique des installations ainsi que l’analyse des différents régimes de fonctionnement doivent également être robustes et impliquer l’acousticien et l’industriel. Enfin, le contrôle de l’impact sonore des installations gagnera à être du type long terme afin de caractériser l’ensemble des régimes de fonctionnement avec suffisamment de données pour être réellement représentatif. Une surveillance acoustique permanente du site en limite de propriété est d’ailleurs en cours de mise en place sur le site pilote. Cette méthode Sissi en est à ses débuts mais est déjà en cours de mise en place sur un premier site industriel de production d’énergie. Une des prochaines applications pourrait être la transposition au nouveau régime d’installation classée des éoliennes, puisque l’on retrouve dans cette branche de l’industrie l’ensemble des paramètres volatiles de la démarche : bruit résiduel variable en fonction des conditions météorologiques, propagation à grande distance et surtout régimes de fonctionnement des éoliennes différents des installations suivant… le vent!

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