Les espèces dites fondatrices, comme les coraux, mangroves, herbiers, ou laminaires, jouent un rôle essentiel dans la structuration des paysages sous-marins côtiers. C'est ce qui ressort d'une étude de l'Ifremer et de l'Université de Bretagne Occidentale (UBO), réalisée dans le cadre du projet Trident, intitulée « Les espèces fondatrices marines favorisent la biodiversité : synthèses systématiques et quantitatives ».
Cette étude quantifie pour la première fois l'apport des espèces fondatrices : en moyenne, ces paysages sous-marins accueillent 72 % de biodiversité de plus que les fonds marins sableux ou rocheux. Elle relève également que chaque espèce fondatrice héberge une faune qui lui est propre, ce qui renforce son rôle irremplaçable dans la biodiversité côtière. Plus particulièrement, vingt-six catégories de caractéristiques des espèces fondatrices ont été identifiées pour décrire leurs propriétés physiques et biologiques. L'une des caractéristiques principales réside dans la structure tridimensionnelle fournie par ces espèces. D'autres espèces, autres que les fondatrices classiquement étudiées, comme les éponges ou les vers marins, contribuent également à la diversité du vivant.
Les chercheurs mettent en avant qu'au fil du dernier siècle, les espèces fondatrices ont connu une baisse généralisée, tant dans leur quantité que dans leur diversité de structure, entraînant par réaction en chaîne une chute de la biodiversité dépendante, et un appauvrissement des milieux. En 2025, 44 % des espèces de coraux constructeurs de récifs et 50 % des écosystèmes de mangrove figuraient sur la liste rouge mondiale de l'UICN. « La disparition de ces habitats mène à une homogénéisation des paysages sous-marins, compromet le fonctionnement des écosystèmes et favorise le développement d'espèces invasives », détaille l'étude.
Afin de lutter contre leur dégradation, l'étude a aussi créé un catalogue de traits caractéristiques sur lesquels les gestionnaires des littoraux pourront, par exemple, s'appuyer pour restaurer les écosystèmes côtiers fragilisés par le changement global en réintroduisant des espèces fondatrices locales, sélectionnées selon leurs apports pour le milieu.
« Ces avancées permettront de mieux anticiper les transformations des écosystèmes et d'adapter nos actions de restauration écologique […]. À plus long terme, face au changement climatique en cours, nous pourrons identifier en amont les espèces capables de remplacer celles amenées à disparaître, tout en assurant des fonctions écologiques similaires et une meilleure adaptation aux nouvelles conditions », précise Martin Marzloff, Coordinateur du projet de recherche Trident, financé par l'Agence nationale de la recherche (ANR).






