
Il est urgent d’accélérer le financement du climat et des technologies d’adaptation
L’adaptation au changement climatique nécessite davantage que la volonté collective. Amaury Klossa, associé chez Arthur D. Little, rappelle qu’elle se couple inéluctablement un investissement d’envergure envers les technologies adéquates.
Alors que Donald Trump a annoncé, lors de son investiture, sa décision de retrait des États-Unis de l’Accord de Paris sur le climat, la question du financement de l'adaptation prend un nouveau revers. L’ambition de la dernière Cop, qui s’est tenue à Bakou en novembre dernier, était pourtant forte ! Le but affiché était de renforcer les mécanismes financiers et d'assurer un soutien plus solide aux pays en développement dans le déploiement de solutions technologiques innovantes, face aux impacts du réchauffement climatique.
Le réchauffement climatique est inéluctable, nous devons nous y adapter
La plupart des scénarios convergent vers une augmentation de la température moyenne de la planète de 2,5 à 3,5 degrés d’ici 2100. Selon les conclusions du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), les efforts d’aujourd’hui peuvent et doivent certes limiter la magnitude du réchauffement climatique des décennies à venir, mais nous allons devoir collectivement nous y adapter. Il est urgent de prévoir la construction d’infrastructures résilientes et durables, de repenser les politiques agricoles pour garantir la sécurité alimentaire mondiale, de gérer les ressources en eau et de nous préparer à des événements climatiques toujours plus extrêmes.
Le financement de l’adaptation climatique, enjeu majeur des décennies à venir
Si les efforts doivent évidemment se poursuivre pour limiter les émissions de CO2, il est tout aussi indispensable d’accélérer sur la question du financement de cette adaptation, afin de préparer notre planète à un climat qui se dérègle. Aujourd’hui, moins de 10 % des 1.3 - 1.5 trillions d’euros des investissements mondiaux destinés à la lutte contre le changement climatique (renouvelables inclus), est dirigé vers des initiatives d’adaptation.
Seuls les grands blocs économiques et politiques comme les États-Unis, l’Europe, la Chine ou le Japon, ont les moyens de réaliser les investissements massifs indispensables pour mettre en œuvre la transformation environnementale et restent en grande partie maîtres du rythme à moyen terme. L’adaptation climatique passera donc à la fois par un changement de braquet global sur le volume des investissements nécessaires, mais aussi et surtout par une intensification des flux financiers des pays riches vers les pays émergents.
À titre d’exemple, le Programme environnement des Nations-Unies (UNEP), estime que le seul continent africain aura besoin d’ici 2050 de 50 milliards de dollars d’investissements annuels consacrés à l’adaptation climatique. Il y a ainsi urgence à dépasser les obstacles structurels aux investissements climatiques en Afrique, comme le risque perçu d’investissement dans certaines régions, le manque d’accès aux marchés des capitaux internationaux, ainsi que des mécanismes d’allocation encore trop complexes des fonds internationaux dédiés au changement climatique.
Or, la décision de Donald Trump de sortir de l'Accord de Paris fait avorter ces dynamiques, mettant en lumière l'importance cruciale de l'engagement des grandes puissances pour atteindre les objectifs climatiques mondiaux.
Les technologies d’adaptation sont un élément essentiel des réponses aux impacts du changement climatique
Pour les pays en développement, l’émergence de nouvelles technologies et de pratiques innovantes offre des opportunités prometteuses pour mettre en place des solutions d’adaptation compétitives, en s’appropriant d’emblée les dernières innovations plutôt que de capitaliser uniquement sur des technologies d’infrastructures historiques développées dans les pays occidentaux ou en Asie.
Par exemple, les systèmes d’observation spatiale en orbite basse permettent désormais de surveiller, anticiper et analyser des zones géographiques avec des temps de revisite courts et une précision à l’échelle du mètre. La miniaturisation et la digitalisation des capteurs, de plus en plus performants et connectés, facilitent également une collecte de données accrue. Montés sur de petits drones polyvalents et peu coûteux, ces capteurs permettent d’acquérir beaucoup d’informations sur une zone de quelques kilomètres.
En combinant ces technologies matures et prêtes à l’emploi, il est aujourd’hui possible, à moindre coût, de prévoir avec précision les impacts des changements climatiques majeurs et de mieux s’y préparer. En parallèle, les avancées récentes en agronomie, associées à l’utilisation de drones et à des systèmes d’irrigation innovants, permettent d’adapter les cultures aux nouvelles conditions climatiques et de pratiquer une agriculture plus précise et durable.
Ainsi, c’est souvent par le couplage de plusieurs technologies que des solutions innovantes et « intelligentes » peuvent être mises en œuvre. La difficulté réside moins dans l’accès à ces technologies que dans la capacité des utilisateurs, quelle que soit leur localisation géographique, à les assembler pour accélérer la prise de décision. En complément d’investissement dans les infrastructures plus « traditionnelles » (énergies renouvelables, réseaux électriques…), ce volet nécessitera toutefois des investissements pour développer des compétences spécifiques, afin de déployer et optimiser un système multi-dimensionnel, multi-source et probabiliste, adapté aux particularités de chaque contexte géographique. Il s’agit d’ingrédients essentiels pour prendre les meilleures décisions dans les meilleurs délais pour lutter contre le dérèglement climatique, assurer une meilleure adaptation des sociétés humaines… et une utilisation optimale des investissements massifs nécessaires.
Amaury Klossa
Partner – Directeur Energy & Utility Practice chez Arthur D. Little
Article proposé par :
Amaury Klossa
Directeur Energy & Utility Practice
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