
Marché du crédit carbone : quand l’avenir de l’environnement dépend du gouvernement
Enjeu de politique internationale, le crédit carbone conserve une mise en œuvre particulièrement complexe et opaque. Amberly Saw souligne ici les améliorations nécessaires pour cette compensation constitutive du commerce mondial et de la finance verte.
Peu de termes dans le domaine de la durabilité suscitent autant de confusion, voire de controverse, que les crédits carbone. Les questions relatives à la transparence, la valeur et l'efficacité s'intensifient à mesure que des transactions très médiatisées et des acheteurs de renom attirent l'attention sur la crédibilité des marchés du carbone. Les entreprises du CAC 40 ont pour ambition de réduire considérablement leurs émissions carbone d’ici 2030 – pour atteindre le niveau zéro d’ici 2050 –, il faut donc maîtriser ce marché des crédits carbone.
Lorsqu'il est utilisé à bon escient, le crédit carbone peut avoir un impact réel et mesurable sur le climat. Les marchés du carbone pourraient jouer un rôle majeur dans la transition des entreprises vers la neutralité carbone, tout en générant une valeur financière.
Les crédits carbone sous le feu des projecteurs
Si la compensation carbone d'antan semblait trop belle pour être vraie, c'est parce qu'elle l'était : des entreprises prétendant que l'achat de crédits carbone neutraliserait toutes leurs émissions et restaurerait les forêts tropicales du monde entier ? Si seulement c'était aussi simple…
Le nœud du problème réside dans le manque de clarté : quant à savoir si l'argent investi a réellement eu un effet bénéfique vérifiable sur l'environnement, et même quant à la nature exacte de cet effet. Malgré les efforts d'organisations indépendantes, le caractère limité des exigences réglementaires fait qu'il n'existe pas de norme universelle définissant ce qu'est un « bon » crédit carbone.
Avec la demande croissante des entreprises en matière de suppression du carbone, il est plus urgent que jamais que les marchés du carbone fonctionnent de manière intègre, normalisée et validée par les pouvoirs publics. Le lancement plus tôt cette année de la charte sur les crédits carbone en France tente de répondre à ces prérogatives.
Établir la confiance avec les cadres gouvernementaux
Dans le cadre de cette charte, le gouvernement français a mis en place un accompagnement des entreprises dans la concrétisation des engagements liés à l’article 6 des Accords de Paris. Cela permettra à ces entreprises de soutenir des efforts à fort impact climatique dans d’autres pays en voie de développement, en se basant notamment sur une intégrité de ces crédits carbone. Ces crédits doivent se traduire par des avantages environnementaux et encourager la transparence dans la communication sur leur utilisation.
Un impact significatif porté par un large éventail d’entreprises passe par une combinaison de mesures d'élimination fondées sur la nature (par exemple, l'agriculture régénérative), de mesures d'élimination durables (par exemple, l'altération accélérée) et d'un petit sous-ensemble de projets d'évitement.
Pour tous les types de projets, il faut également proposer un ensemble de critères standardisés que les entreprises pourraient utiliser pour évaluer la qualité et l'impact.
Parmi ces critères, on retrouve notamment :
- La transparence : comment les estimations de carbone sont-elles calculées ? Les développeurs du projet tiennent-ils compte des émissions potentielles générées par les projets eux-mêmes ?
- L’additionnalité : les avantages du projet auraient-ils été obtenus en l'absence de financement carbone ?
- La vérifiabilité : le projet utilise-t-il une approche scientifiquement rigoureuse et transparente pour le suivi et la vérification du projet ?
- La durabilité : quelle est la durée de vie prévue du projet et comment celui-ci atténue-t-il les risques, afin de garantir cette durabilité ?
- La fuite : quel est le risque que les émissions soient simplement transférées vers un autre site ?
- Les co-bénéfices : le projet offre-t-il des avantages aux communautés locales et à l'environnement au-delà de la réduction des émissions carbone ?
- La livraison : la certification des tonnes éliminées sera-t-elle délivrée à la date promise ?
Si la réduction directe des émissions doit rester l'objectif principal des actions des entreprises, l'achat de carbone – lorsqu'il est bien fait – a sa place dans leur stratégie de développement durable. Cependant, les chefs d'entreprise ont besoin de normes mondiales et de cadres réglementaires afin d’assurer une véritable contribution à la réduction des émissions.
Quelle est la prochaine étape pour les marchés du carbone ?
La réglementation est désormais à la traîne, car le monde des entreprises a depuis longtemps reconnu le potentiel des marchés du carbone et la demande de crédits de haute qualité ne cesse de croître. Malheureusement, l'offre de haute qualité ne suit pas le rythme de la demande.
Les gouvernements peuvent – et doivent – soutenir la croissance des programmes de crédits carbone, sous réserve qu’ils répondent à certains critères de qualité.
Les crédits carbone sont essentiels à la réussite des programmes de développement durable des entreprises, mais ce marché est difficile à appréhender, même pour les entreprises qui souhaitent réaliser les achats les plus efficaces. La France joue un rôle de premier plan en Europe dans cette initiative visant à apporter la clarté nécessaire. Par ailleurs, le gouvernement français tirera également parti des opportunités croissantes offertes par le développement durable, devenant progressivement un modèle de la finance verte.
Amberlyn Saw,
Experte en Décarbonation chez Watershed
Article proposé par :
Amberlyn Saw
Experte en Décarbonation chez Watershed
Les tribunes sont un espace de libre expression des abonnés ou invités d'Actu-Environnement.
Leurs contenus n'engagent pas la rédaction d'Actu-Environnement.
Solutions & Innovations
Commentez ou posez une question à Amberlyn Saw
- titulaires d'un abonnement (Abonnez-vous)
- inscrits à la newsletter (Inscrivez-vous)
L'emploi en Energie
Alternance ingénieur exploitation H/F
Hauts-de-France
Ingénieur DCS automatisme H/F
Provence-Alpes-Côte d'Azur
Ingénieur performance & intelligence d'exploitation maint...
Île-de-France
Formations en Energie
Risque inondation : Réduire la vulnérabilité des réseaux
par Centre Européen de Prévention du Risque d'Inondation (CEPRI)
Initier une démarche de transition énergétique et de décarbonation via le programme Pacte Industrie
par ADEME
Solaire photovoltaïque : montage et suivi de projet
par AFNOR Compétences