
S’adapter au changement climatique : jouer la carte de la résilience contre une décarbonation inefficace
Suite à la dernière Cop, Béatrice de Courcy, directrice conseil chez GreenFlex, revient sur l’enjeu crucial de l’adaptation, qui a été éludé alors même qu’il constitue le socle de toute politique de transition, notamment pour le monde entrepreneurial.
Trois petits tours et puis s’en vont… Après le grand raout médiatique, la COP 29 laisse, comme les éditions précédentes, un goût d’inachevé. Les débats sont notamment complètement passés à côté de l’adaptation au changement climatique. Rien ne va donc changer dans l’immédiat : sa prise en compte reste bien moins avancée que la décarbonation, y compris au sein des entreprises. Pourtant, atténuation et adaptation sont deux facettes interdépendantes pour la pérennité de leur business face au changement climatique.
Atténuation et adaptation : les indissociables de la lutte climatique
Les aléas climatiques, qui ont frappé toutes les régions du monde ces derniers mois, montrent que les conséquences du réchauffement sont déjà bien présentes et globales. Parmi tous les acteurs à mobiliser, les entreprises ont un rôle majeur à jouer. La majorité d’entre elles comprennent déjà la nécessité d’accélérer leur transformation pour assurer la pérennité de leur business face au changement climatique. Néanmoins, au-delà de décarboner et d’atténuer leurs émissions de gaz à effet de serre, il est crucial que les entreprises fixent leur propre agenda et s’adaptent dès maintenant.
Atténuation et adaptation sont les deux faces indissociables de la lutte climatique. Si la première s’attaque aux causes, en cherchant à réduire les émissions de gaz à effet de serre et à renforcer le stockage du carbone, l’adaptation vise à traiter les conséquences, c’est-à-dire les effets inévitables du réchauffement. Or, toute solution qui permet d’atténuer doit aussi être résiliente en contexte de changement climatique. Pour une entreprise, cela revient à se demander si son plan d’action de décarbonation sera encore valable dans un mois, un an, ou plus, compte tenu des évolutions climatiques très rapides.
Pour la pérennité des entreprises, reprioriser l’adaptation
La réglementation contraindra tôt ou tard les entreprises à faire remonter l’adaptation dans la liste de leurs priorités. Elle fait déjà partie des enjeux à prendre en compte dans le cadre de la Corporate Sustainability Reporting Directive (CSRD)[1]. Le plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC 3), présenté par le Premier ministre français le 25 octobre, mobilisera également les entreprises. Toutefois, la finalisation des cadres nationaux et internationaux et leur traduction en dispositifs concrets pourraient prendre des années.
Les entreprises doivent agir dès à présent, face à un enjeu de pérennité économique, qui touche leur activité dans toutes ses dimensions et tout au long de leur chaîne de valeur. Le dérèglement climatique provoque et provoquera des difficultés d’approvisionnement en matières premières, des ruptures logistiques, des dommages sur les infrastructures, des risques sur les process liés à l’eau, une baisse de la productivité humaine, etc.
Sans s’attaquer à l’adaptation, même leurs stratégies de décarbonation sont menacées. Alors qu’elles sont établies à l’horizon 2030 ou plus, ajouter la grille de lecture de l’adaptation est une question d’efficacité incontournable. C’est aussi une question de retour sur investissement, aussi bien financier, qu’en temps et en ressources. De même, éviter la « maladaptation » revient à choisir des solutions favorables à l'adaptation et qui ne créent pas d'effets néfastes pour d'autres enjeux : une forte hausse des émissions de gaz à effet de serre, une atteinte à la biodiversité, une perturbation du cycle naturel de l’eau, des impacts sanitaires défavorables, etc.
Mutualiser pour trouver des solutions
Au contraire, les mutualisations sont clés. Plutôt que de mener plusieurs projets en parallèle pour traiter successivement son adaptation au changement climatique, la réduction de son empreinte carbone, son impact sur la biodiversité, les droits humains, etc., cartographier l’ensemble de ses risques est par exemple un outil à employer une fois pour toutes, en amont de ces démarches. Mutualiser permet aussi de trouver les meilleures solutions. La biodiversité regorge notamment de pistes utiles pour s’adapter. Soutenir la restauration de zones humides agit par exemple à la fois sur l’adaptation, en augmentant la disponibilité en eau douce et en renforçant la résilience aux aléas climatiques, et sur l’atténuation, grâce à un rôle majeur de puits de carbone. Ce type de projet apporte aussi des co-bénéfices, en particulier pour la biodiversité, en préservant des espèces spécifiques à ces milieux.
Les solutions existent. Reste à les partager, les améliorer, les répliquer, et les ajuster au cas par cas. Pour trouver les mieux adaptées à chaque territoire et parce que chaque acteur de la chaîne de valeur détient un morceau de solution pour les autres, il est aussi indispensable de s’ouvrir au collectif pour partager ses expériences, les réussites comme les erreurs, et gagner du temps ensemble dans la mise en œuvre de nouveaux modèles efficaces. Encore un argument pour s’y mettre dès maintenant.
Béatrice de Courcy
Directrice Conseil chez GreenFlex
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Article proposé par :
Béatrice de Courcy
Directrice Conseil chez GreenFlex
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