
Avenir du marché de l’électricité : le versement nucléaire universel, un échec annoncé
Le 1er janvier 2026, le dispositif de l’Arenh a pris officiellement fin, remplacé par un nouveau mécanisme : le versement nucléaire universel. Un nouvel outil risqué pour les consommateurs, la transition et la filière nucléaire.
Le 1er janvier 2026, le dispositif de l’Arenh a pris officiellement fin, remplacé par un nouveau mécanisme : le versement nucléaire universel (VNU), nouvel outil présenté par l’Etat comme destiné à faire baisser les factures tout en permettant les investissements nécessaires à la transition. Le mécanisme consiste à taxer les revenus qu’EDF tire de son parc nucléaire historique à 50 % au-delà de 78 € du MWh et à 90 % au-delà de 110 €, taxe qui sera ensuite redistribuée aux consommateurs via leur facture d’électricité (quel que soit le fournisseur). Mais le mécanisme est encore en pleine construction, alors même qu’il devrait déjà être entré en vigueur.
Un mécanisme risqué
Ce mécanisme fait peser un triple danger sur les consommateurs, la transition et même le parc nucléaire existant :
1/ Les effets du mécanisme frapperont de plein fouet les plus fragiles.
D'abord car il va encore d’avantage soumettre les prix de l’électricité aux fluctuations du marché, en supprimant le bandeau sécurisé à prix fixe que représentait l’Arenh. Ensuite car le projet de décret envisagé ouvre la période d’application pour l’activation du mécanisme. C’est-à-dire, que la période hivernale, la plus susceptible de connaître des crises et surtout celle où les consommateurs les plus précaires sont les plus vulnérables, ne verrait pas cette taxation activée puis reversée.
2/ Le mécanisme rate le coche du soutien pourtant essentiel à la filière des énergies renouvelables.
En effet, la fin de l’Arenh aurait pu être l’opportunité de repenser les modalités d’achat de l’énergie par les acteurs de marché en démocratisant, par exemple, les contrats de gré à gré long terme (PPA), permettant ainsi de sécuriser les prix pour les TPE, les PME et les particuliers. Ces contrats sont aujourd’hui essentiellement accessibles aux gros producteurs d’énergie à destination des grands consommateurs industriels. Pour équilibrer le marché, il faudrait dès à présent démocratiser ces contrats en mettant en place des mécanismes de garanties publiques, demande déjà formulée par plusieurs acteurs mais restée, à l’heure actuelle, lettre morte.
3/ Par ailleurs, et c’est une raison qui devrait faire réagir les partisans du nucléaire : le VNU ne garantit même pas un réel soutien à la filière du nucléaire. Le mécanisme, n’ayant pas de prix plancher, ne prévoit pas la situation, qui est la nôtre aujourd’hui, de prix bas sur les marchés de l’électricité. Comment EDF va-t-elle pouvoir vendre son énergie nucléaire dans un contexte de prix tirés vers le bas ? Et, accessoirement, comment va-t-elle entretenir le parc existant, sans même parler d’investir dans de nouveaux moyens de production ? La bonne santé économique de l’opérateur historique est une question d’intérêt collectif.
Rappelons enfin que, dans une perspective de sortie du nucléaire d’ici à 2050 - demande portée par de nombreux acteurs de la société civile -, la bonne santé d’EDF est également primordiale puisque cette transition s’anticipe d’un point de vue économique (coût du démantèlement) et social (reconversions professionnelles).
Le mécanisme, enfin, va entraîner une concentration du marché entre les mains des plus gros acteurs. En effet, avec la fin du mécanisme de l’Arenh qui garantissait environ 30 % de leur approvisionnement, les fournisseurs vont devoir fournir des garanties bancaires très importantes pour s’approvisionner sur un marché de l’énergie particulièrement volatile. Les acteurs historiques ou dépendants d’une maison-mère qui leur assure une très grosse assise financière partent nettement favorisés par rapport aux opérateurs plus modestes et indépendants, qui auront les plus grandes difficultés à réunir les dépôts exigés. La récente acquisition d'un fournisseur d'énergie verte français par un grand groupe européen en est la preuve.
Mettre en place des garde-fous
Ainsi, face à cette situation et dans l’optique de composer avec l’existant, plusieurs priorités doivent dès à présent être mises en place :
- Prévoir une période d’activation de la taxe sur les mois d’hiver, pour faire baisser les factures des personnes ayant des difficultés à se chauffer.
- Compléter ce mécanisme par la mise en place d’un prix plancher (équivalent des Compléments de rémunération dans les énergies renouvelables) pour anticiper les risques de l’atteinte de prix bas pour EDF et corriger la catastrophe économique annoncée pour l’opérateur historique.
- Mettre en place des dispositifs publics favorisant l’accès des petits opérateurs aux PPA d’énergies renouvelables.
Avec un mécanisme imaginé en huis clos entre EDF et l’Etat (la simple consultation publique presque passée inaperçue fin 2023 ne constituant pas exactement un exercice participatif), le Versement Nucléaire Universel rate complètement le coche d’une mesure de justice sociale, énergétique, climatique et ne permet finalement même pas d’arriver à une situation de stabilité économique, dont aurait bien besoin le marché de l’énergie. Il est encore temps de reconnaître cet échec et de chercher à le pallier.
Article proposé par :
Béatrice Delpech
Directrice Générale adjointe d’Enercoop
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1 Commentaire
Ouragan
Le 10/02/2026 à 16h37
encore une démonstration de l'incapacité de nos dirigeant a voir plus loin que le bout de leur nez.
Signaler un contenu inappropriéMerci pour cet excellent article de mis en garde!