Cookies

Préférences Cookies

Nous utilisons des cookies sur notre site. Certains sont essentiels, d'autres nous aident à améliorer le service rendu.
En savoir plus  ›
AccueilCatarina de AlbuquerqueLe droit à l’eau a 15 ans : il est temps de le rendre effectif

Le droit à l’eau a 15 ans : il est temps de le rendre effectif

L’eau. Un enjeu fondamental pour toute société. Un droit universel reconnu depuis si peu. Via un rappel historique, Catarina de Albuquerque, rapporteuse des Nations-Unies, et Lionel Goujon insistent sur le caractère urgent et éthique de sa concrétisation.

Publié le 28/07/2025
Actu-Environnement le Mensuel N°456
Cet article a été publié dans Actu-Environnement le Mensuel N°456
[ S'abonner à la revue - Se connecter à l'espace abonné ]

Le 28 juillet 2010, sur la proposition de la Bolivie et de son président Evo Morales, l’Assemblée générale des Nations unies adoptait une résolution historique reconnaissant pour la première fois le droit fondamental à l’eau potable et à l’assainissement. Cette reconnaissance est un acquis majeur, tant symbolique que politique, pour des milliards de personnes encore privées de ces services essentiels. Mais force est de constater que, malgré cette avancée, ce droit demeure une promesse non tenue.

Une reconnaissance juridique aux effets structurants

La résolution onusienne a marqué un tournant dans les politiques de développement mondial, conduisant en 2015 à l’adoption d’un Objectif de développement durable (ODD) visant l’accès universel à l’eau potable, à l’assainissement et à l’hygiène. Les implications de ce droit sont importantes pour les pays en développement, mais les pays développés sont également concernés. En 2020, la Commission européenne adoptait une révision ambitieuse de la directive relative à l’eau potable, intégrant explicitement le droit d’accès à l’eau potable comme un principe de justice sociale. En France, la résolution de l’ONU a ouvert la voie à des expérimentations de tarification sociale à partir de 2019 et, depuis deux ans, les autorités publiques sont responsables de garantir l’accès à l’eau pour tous, ce qui demeure un défi pour les populations les plus vulnérables et dans certains territoires, notamment en outre-mer.

Des inégalités persistantes et un droit encore théorique

A l’échelle mondiale, des progrès notables sont observés et des centaines de millions de personnes ont vu leur quotidien s’améliorer depuis 15 ans. Ces évolutions demeurent toutefois bien trop lentes au regard des enjeux et face à la croissance démographique. Aujourd’hui, environ une personne sur quatre dans le monde n’a toujours pas accès à une eau potable gérée de manière adéquate, et près de la moitié de l’humanité est privée d’un service d’assainissement sûr. L’accès à l’eau reste profondément marqué par des inégalités territoriales, économiques et sociales. Le changement climatique, les tensions géopolitiques et la croissance urbaine rapide viennent aggraver cette insécurité hydrique, mettant en péril la jouissance effective de ce droit fondamental. Il est temps d’admettre que la reconnaissance juridique ne suffit pas : le droit à l’eau ne sera effectif que si des moyens renforcés sont mobilisés.

Trois leviers pour rendre ce droit effectif

Une mobilisation politique de haut niveau pour augmenter les financements publics

L’extension et l’amélioration des services d’eau et d’assainissement nécessitent des investissements massifs. Or, les financements publics stagnent, voire reculent dans certains contextes. La mise en œuvre effective du droit à l’eau doit devenir une priorité politique, inscrite au plus haut niveau des agendas nationaux et internationaux. Il est impératif que les États réaffirment leur rôle moteur, non seulement en allouant davantage de ressources budgétaires, mais aussi en créant des cadres législatifs clairs, stables, incitatifs et promouvant l’équité.

Une implication renforcée des banques publiques de développement

Les banques publiques de développement, et en premier lieu les banques nationales, doivent pleinement s’emparer de ce combat. Elles ont les outils, les expertises et la capacité d’agir sur le long terme, là où les acteurs privés peinent à intervenir. Elles peuvent contribuer à structurer des financements mixtes, mobiliser des ressources concessionnelles, accompagner les réformes sectorielles et soutenir les opérateurs locaux. En alignant leurs stratégies d’interventions sur les ODD, elles peuvent contribuer à réduire les inégalités et être les catalyseurs d’un accès universel.

Une amélioration structurelle des performances des opérateurs

Le cercle vertueux du droit à l’eau passe enfin par des services publics robustes, bien gérés, capables de garantir qualité, continuité et inclusion. Cela suppose un appui résolu à la professionnalisation des opérateurs, à l’optimisation des coûts et des choix techniques, à la lutte contre les pertes et à la transparence. Il s’agit d’impulser une culture partagée de la performance, portée par le management et l’ensemble des salariés. Ce n’est qu’en atteignant une certaine autonomie financière que les opérateurs pourront se projeter dans des stratégies d’expansion vers les populations encore non desservies, sans sacrifier leur viabilité financière. Des politiques vigoureuses de promotion du rôle des femmes dans ce secteur encore très masculin peuvent participer à cet objectif de performance.

Transformer un principe en réalité

Le droit à l’eau n’est pas une utopie. C’est un engagement universel — une question de dignité et un fondement du développement durable.

Aujourd’hui, quinze ans après que l’eau et l’assainissement ont été reconnus comme des droits humains, il est temps de passer de la reconnaissance à la concrétisation. Cela implique des choix politiques forts, des investissements substantiels et une gouvernance renouvelée.

Soyons honnêtes : l’ODD 6 – garantir l’accès de tous à l’eau et à l’assainissement – ne sera pas atteint d’ici à 2030. Cela ne doit pas nous décourager. Au contraire, cela doit nourrir notre détermination. Nous devons redoubler d’efforts. Ensemble. Pour la dignité. Pour le développement. Pour l’avenir.

 

Catarina de Albuquerque,
Présidente de Sanitation and Water for All et première rapporteuse des Nations unies sur les droits humains à l'eau et à l'assainissement

Lionel Goujon,
Responsable de la division Eau et assainissement de l’Agence française de développement

Les tribunes sont un espace de libre expression des abonnés ou invités d'Actu-Environnement.

Leurs contenus n'engagent pas la rédaction d'Actu-Environnement.

Commentez ou posez une question à Catarina de Albuquerque

Les commentaires aux articles sont réservées aux lecteurs :
- titulaires d'un abonnement (Abonnez-vous)
- inscrits à la newsletter (Inscrivez-vous)
1500 caractères maximum
Mot de passe oublié