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AccueilCharles-Henri DUBAILInformer sur l’environnement : un métier de connaissance avant d’être un métier d’opinion

Informer sur l’environnement : un métier de connaissance avant d’être un métier d’opinion

L’urgence écologique exige un journalisme rigoureux et compétent. Pour Charles-Henry Dubail, l’enjeu n’est plus seulement de parler d’écologie, mais de bien en parler : comprendre la science, vérifier les sources et assumer un engagement d’information.

Publié le 10/12/2025

Ce constat a inspiré la publication de l’ouvrage Bien traiter l’environnement dans les médias - Pratique et fondamentaux (ediSens, 2025), écrit par Béatrice Héraud, journaliste et formatrice media, ancienne de Novethic et Youmatter et Valéry Laramée de Tannenberg, journaliste, président de l’Association des journalistes de l'environnement (AJE) et enseignant à Paris-Saclay. Ensemble, nous avons voulu proposer un manuel de travail, pas un essai d’opinion : un outil pour aider journalistes, communicants et étudiants à maîtriser les bases, les sources fiables et les bonnes pratiques de traitement de l’information environnementale.

Quand la méconnaissance devient un risque d’erreur

Le point de départ est simple : on ne peut pas informer correctement sans comprendre. L’environnement n’est pas une rubrique comme les autres. C’est un champ pluridisciplinaire où se croisent, entre autres, climatologues, biologistes, juristes, économistes et sociologues. Or, trop souvent, des journalistes, même bien intentionnés, publient des articles sans vraiment connaître les mécanismes de production du savoir scientifique : comment se construit un consensus, comment se vérifie une donnée, combien d’équipes travaillent simultanément sur un sujet. Résultat : des notions distinctes peuvent être mélangées accentuant la confusion dans l’auditoire ou, plus grave, on assiste parfois à des débats absurdes sur des faits établis.

On ne peut pas « débattre » d’une vérité scientifique ; le rôle du journaliste est de l’expliquer, de montrer les enjeux politiques et sociaux qu’elle soulève et de sensibiliser sur les urgences qui en découlent. Les solutions, les priorités, les moyens à mettre en œuvre, sont, eux des sujets à débattre.

Les fondamentaux : science, droit et méthode

Pour un journaliste qui traite d’environnement, la maîtrise des bases scientifiques et juridiques est essentielle : comment fonctionne une COP ? Quelles sont les grandes conventions internationales (climat, biodiversité, déchets, eau) ? Comment s’articulent les lois françaises et européennes ? Quels sont les acteurs publics et leurs missions (ONU, IPCC, IPBES, UE, ministères, agences) ? Etc. L’objectif n’est pas de tout savoir, mais de savoir où chercher et de comprendre comment les institutions produisent l’information. Un journaliste environnement doit pouvoir lire un rapport scientifique ou juridique en maîtrisant les bases de connaissance, voire en consolidant son travail avec des experts qu’il pourra consulter.

C’est tout ce que l’on trouve dans ce livre, véritable « manuel ». Et pour qu’il soit avant tout opérationnel, nous l’avons conçu aussi en version eBook interactive. La recherche plein texte, la table des matières dynamique et les liens actifs vers les sources facilitent la consultation rapide. C’est une façon de donner aux journalistes et aux communicants un outil vivant, consultable en rédaction ou sur le terrain.

Journaliste environnement : nécessairement engagé, mais pas forcément militant

L’un des malentendus récurrents est de croire qu’un journaliste engagé est un journaliste partial. L’engagement dont je parle n’a rien de politique. C’est un engagement à informer. Informer sur la gravité de la crise climatique ou sur l’effondrement de la biodiversité, ce n’est pas « militer », c’est remplir sa mission civique : éclairer le citoyen pour lui permettre de décider en connaissance de cause.

Le journaliste environnement doit être à la fois pédagogue et veilleur. Il a le devoir d’alerter lorsque les faits l’imposent, tout en gardant la rigueur et la distance critique qui font la crédibilité de son métier. L’impartialité n’exclut pas la conscience des enjeux : elle la rend utile.

Les réseaux sociaux, nouveaux pièges de l’immédiateté

Depuis quinze ans, les réseaux sociaux ont profondément bouleversé la manière dont le public s’informe. Ils ont aussi multiplié les pièges : désinformation, greenwashing, polarisation idéologique. Le journaliste se retrouve pris entre la pression de la vitesse et celle des sources douteuses. C’est pourquoi le livre consacre un chapitre entier à la vérification des sources et des données. Savoir lire une étude scientifique, croiser les chiffres, contextualiser une statistique (par exemple rapporter les émissions d’un pays à sa population) : tout cela demande du temps et de la méthode. L’urgence de la publication ne peut pas être une excuse pour négliger la véracité de l’information.

Le traitement médiatique de l’environnement ne doit pas être une succession d’alertes ou de polémiques. C’est un travail patient, exigeant, où la connaissance et la méthode comptent autant que la plume. C’est précisément ces valeurs repères que Bien traiter l’environnement dans les médias cherche à transmettre en rappelant, dans une première partie, ce qu’est la pratique journalistique et, dans une seconde, quels sont les connaissances scientifiques sur les questions écologiques tout en listant les normes et organismes, nationaux et internationaux, qui encadrent et agissent pour l’écologie.

Ouvrage :
"Bien traiter l’environnement dans les médias – Pratiques et fondamentaux"
Béatrice Héraud, Valéry Laramée de Tannenberg
EdiSens, 2025 (344 pages), disponible également en Ebook.


Article publié dans le cadre d’un entretien avec David Ascher, directeur de publication d'Actu-Environnement. Retranscription avec le concours de l'IA.

Article proposé par : Charles-Henri DUBAIL Charles-Henri DUBAIL éditeur

Les tribunes sont un espace de libre expression des abonnés ou invités d'Actu-Environnement.

Leurs contenus n'engagent pas la rédaction d'Actu-Environnement.

4 Commentaires

Paco55

Le 11/12/2025 à 10h53

bjr, la sphere mediatique reclame des journalistes toutologues.
Pour donner l'illusion, ces pro veulent garder leur aura et sont prets à defoncer les portes ouvertes en affirmant des lieux communs souvent infondés. C'est effectivement le systeme qui est à revoir, et pas seulement dans le domaine de l'écologie ( environnement antropique+nature+contextes) mais aussi sur tous les domaines qui composent notre société.

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MSBIB

Le 11/12/2025 à 13h32

Difficile de faire un tri argumenté entre :
https://www.connaissancedesenergies.org/afp/la-centrale-biomasse-de-gardanne-va-reprendre-ses-activites-debut-2025-241126
et :
https://www.canopee.ong/le-media/analyses/gardanne-une-centrale-verte-qui-aggrave-le-dereglement-climatique/
même quand on est journaliste (je suppose). Comment vous y prendriez-vous ?

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Pseudo

Le 11/12/2025 à 19h09

MSBIB invite l'auteur à un exercice pratique sur le cas de la centrale biomasse de Gardanne. Beau cas d'école.
Apparemment Actu environnement n'a rien publié depuis fin 2024 à son sujet. C'est étonnant alors que le dossier a évolué avec notamment une enquête publique hors norme (à la quelle Canopée a contribué ...) , non pas sur un projet, mais sur un complément de l'étude d'impact de ce projet portant sur les impacts indirects de l'approvisionnement en biomasse de la centrale, puis un arrêté préfectoral de prescription du 20 novembre dernier. Pas encore de décision de la CAA de Marseille? L'activité ne semble avoir encore repris (contrairement à l'annonce ministérielle de fin 2024...)

Merci à Actu Environnement de faire un bel article professionnel sur ce sujet

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Nimb

Le 12/12/2025 à 8h07

Selon qu'on soit journaliste au Figaro, à Libération, pour Que choisir? ou pour une PQR, et donc avec des lignes éditoriales différentes (ou même opposées), il ne faut pas s'étonner que la compréhension d'un même fait soit différente et donc relatée tout aussi différemment.
Sans parler de la curiosité, ou du bagage technique (ou de son absence quelquefois) du rédacteur de l'article.
Et tout ceci en faisant abstraction des mines de (dés)information qui pullulent sur internet. Sans parler que mine de journaleux s'approvisionnent aussi (surtout) sur les zéros sossios.... je le constate notamment vis à vis de la PQR et c'est bien dommage.
Enfin tout dépend aussi de ce que le lecteur a envie de lire et comprendre...

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