Cookies

Préférences Cookies

Nous utilisons des cookies sur notre site. Certains sont essentiels, d'autres nous aident à améliorer le service rendu.
En savoir plus  ›
AccueilClément LaurentRéinventer la RSE pour un impact réel

Réinventer la RSE pour un impact réel

Confrontée à de nouveaux défis, l’Europe cherche à se repositionner. Pour cela, Clément Laurent, responsable RSE chez Axys, propose de revenir aux fondamentaux du projet RSE pour recréer une vision européenne sociétale, économique et transformatrice.

Publié le 14/03/2025

En ce début 2025, les promesses de transformation responsable des entreprises se heurtent à une réalité décevante. Face aux reculs idéologiques et réglementaires, il est crucial de repenser la Responsabilité sociétale des entreprises (RSE) pour une intégration opérationnelle et une transition écologique et sociale véritablement transformative.

Alors que 2024 portait son lot de promesses quant à une accélération de la transformation responsable des entreprises, notamment due à la mise en place de directives européennes aussi ambitieuses que nécessaires, comme la CSRD, en France, en Europe et Outre-Atlantique le réveil est brutal et la dynamique ne semble pas donner de gage d’espoir.

Guerre idéologique contre les politiques « Diversité, Équité, Inclusion », remise en cause de l’ADEME, simplification et report de la CSRD… Pour les professionnels de la RSE, c’est la (grande) désillusion, alors même que nous venons d’enregistrer une année 2024 au-dessus du seuil des + 1,5° C de réchauffement[1], que les inégalités de genre sont « très nettement persistantes »[2], que les actes racistes augmentent[3] et que la redistribution des richesses mondiales ne fonctionne plus[4].

Mais face à un tel constat, nous devons, en tant qu’acteurs de terrain, garder le cap de nos convictions, aller encore plus loin dans notre engagement en repensant notre façon de faire de la RSE.

Une remise en cause prévisible et forte d’enseignements

Oui, la remise en cause des grands textes européens est tout du moins un signal plus qu’ambigu envoyé au monde économique. Cependant, il est nécessaire de rendre plus accessibles certaines directives, et – surtout – de trouver une cohérence entre les exigences demandées aux entreprises de l’UE et celles de l’étranger qui, de fait, sont soumises à une concurrence insoutenable. Cette cohérence est essentielle pour promouvoir une transition écologique et sociale viable pour tous et toutes.

Une fois dit cela, nous devons aussi voir ce que ces revirements ne soulignent pas, à première vue, la fragilité, voire la superficialité, des « stratégies » RSE jusqu’alors menées. Aujourd’hui, les démarches responsables sont vues comme des coûts financiers, humains et législatifs. Ce n’est pas parce que la RSE n’est pas rentable[5], mais parce que la RSE n’est pas intégrée de la bonne façon au sein des entreprises.

Revenir aux fondamentaux de la RSE

Jusqu’ici, la RSE s’est réalisée par petites touches, bien heureux de voir les principes du développement durable se frayer un chemin jusque dans l’antichambre du monde économique réputé apolitique et avide de profit[6]. Ainsi, pour de nombreuses entreprises, faire de la RSE se résume bien souvent à la mise en conformité avec la loi. Or, ce n’est pas faire de la RSE, c’est simplement respecter la loi, les normes et faire du reporting. Pour d’autres, dans les faits, la RSE se cantonne à la sensibilisation des salariés, aux poubelles de tri, à afficher un logo aux couleurs LGBT+, voire à faire un bilan carbone.

Le problème, ce n’est qu’aucune de ces actions n’a d’incidence directe sur la trajectoire de l’entreprise. Certes, ces actions sont importantes pour engager une démarche et lever les freins organisationnels[7], mais elles ne peuvent représenter des leviers profonds de changement, car trop peu de salariés intègrent la RSE dans leur métier et processus opérationnels pour apporter des bénéfices tangibles pour l’organisation et la société.

Pour une RSE 2.0, plus ambitieuse et réellement transformative

Pour nous permettre d’engager un vrai changement de société, nous devons repenser la façon de faire de la RSE. Le levier prioritaire se doit d’être l’intégration des principes responsables au sein de tous les métiers. La transition écologique et sociale se doit d’être l’affaire de tous et toutes, non par conviction morale mais par intégration opérationnelle.

Concrètement, cela passe par la cartographie des enjeux associés à chaque métier et la façon dont les équipes peuvent contribuer à diminuer les impacts négatifs tout en amplifiant les externalités positives. Il s’agit de concevoir des produits pouvant être réparés ou réintégrés dans la chaîne de valeur. Les ressources humaines se doivent de former les managers au management inclusif et les équipes aux biais inconscients. L’entreprise doit aussi veiller à intégrer des objectifs ESG aux managers pour que la RSE soit prise au sérieux par les équipes.

La RSE, c’est aussi – et avant tout – engager une transformation organisationnelle. Cela passe donc par la refonte des processus actuels pour favoriser les nouvelles façons de penser et d’agir afin de rediriger sa stratégie de développement, ou trouver des solutions concrètes au quotidien.

Faire preuve d’audace organisationnelle pour changer le monde

« Engager une telle transformation dans un tel contexte, il faut être fou ! ? » Certes, l’investissement est lourd, mais s’il est ciblé sur le cœur de l’entreprise, c’est une inertie positive qui s’enclenche. Transférez vos budgets RSE alloués à la sensibilisation pour la formation ou à un accompagnement externe, c’est un investissement qui sera gagnant.

C’est aussi une opportunité pour trouver de nouveaux débouchés économiques, pour donner du sens à des équipes qui en manquent cruellement, le tout en participant à l’aventure pour construire un monde durable.

Nous sommes prévenus, les prochaines années ne s’annoncent guères évidentes. Alors faut-il rester amorphe en attendant le « bon moment » pendant que des intérêts politiques et financiers à court terme détruisent notre monde commun ? Ou agir collectivement pour faire advenir le changement ? C’est à nous de décider.

Clément Laurent,

Responsable RSE- Axys Consultants

____________________________________________________________________________

[1] L’OMM confirme que 2024 est l’année la plus chaude jamais enregistrée, avec une température supérieure d’environ 1,55 °C aux valeurs préindustrielles | Organisation Météorologique Mondiale.

[2] Rapport 2025 sur l'état du sexisme en France - À l'heure de la polarisation - Haut Conseil à l'Égalité entre les femmes et les hommes.

[3] Actes racistes et xénophobes : des chiffres en hausse en 2023 | vie-publique.fr.

[4] Rapport Oxfam 2024 : Multinationales et inégalités multiples - Oxfam France.

[5] Alors même qu’elles permettent de vrais leviers de rentabilité ! Une aventure humaine : les PME-ETI et la RSE.

[6] A Friedman doctrine‐- The Social Responsibility of Business Is to Increase Its Profits - The New York Times.

[7] Baromètre RSE 2024 : les résultats de l'étude complète.

Les tribunes sont un espace de libre expression des abonnés ou invités d'Actu-Environnement.

Leurs contenus n'engagent pas la rédaction d'Actu-Environnement.

1 Commentaire

Albatros

Le 18/03/2025 à 14h03

Bonjour.
Les consultants sont effectivement les grands gagnants de ces obligations administratives supplémentaires, sans doute volontairement complexes, qui asphyxient littéralement l'économie en rendant quasiment obligatoires le recours à des services extérieurs pour toute la paperasse générée, sans aucune garantie de performance tant environnementale qu'économique.
Merci de tenter de me démontrer le contraire.
Sincères salutations.

Signaler un contenu inapproprié

Commentez ou posez une question à Clément Laurent

Les commentaires aux articles sont réservées aux lecteurs :
- titulaires d'un abonnement (Abonnez-vous)
- inscrits à la newsletter (Inscrivez-vous)
1500 caractères maximum
Mot de passe oublié