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Tsunami sur la FFOrg, Filière Française de l'organique

Alors que les ministères de la Transition écologique et de l'Agriculture ont initié un bouleversement brutal du cadre réglementaire pour la valorisation des matières fertilisantes, il convient de s'interroger sur le projet compostage des boues d'épuration

Publié le 25/02/2021

Mis en consultation récemment, un projet de décret sème la panique chez les professionnels du compostage des boues d'épuration. Pourtant la filière du compostage constitue la meilleure solution à la gestion de ces résidus inévitables et toujours suspectés par définition...

Alors, qui veut enterrer le compostage alors que ses qualités sont reconnues par de très nombreux acteurs (voir doc ASTEE) et qu'il a fait ses preuves lors de la crise COVID ?

Dans ces conditions, 3 points permettent de souligner le caractère totalement irréfléchi du projet mis en consultation :

1- Au niveau de la réalité des plateformes de compostage

Les sites (statut ICPE ou loi sur l’eau quand couplage avec la station d’épuration) qui transforment les boues pour les recycler sous la noble forme de compost (MAtières Fertilisantes Organiques Résiduaires, MAFOR), sont le plus souvent soumis à divers aléas. Outre la variabilité au niveau de la qualité des intrants (boues plus ou moins déshydratées provenant de diverses STEP, déchets verts des déchèteries qui dépendent de la géographie, car il pleut plus à Brest qu’à Paris, mais aussi des saisons et de la météo sans oublier le succès du compostage domestique), la rentabilité et donc la survie de ces activités est également conditionnée par la dynamique des marchés publics des collectivités maîtres d’ouvrage.

Dans ces conditions, imposer des contraintes en termes de ratio constitue une menace très sérieuse pour la majorité des 500 plateformes de compostage de boues en France, à l’équilibre financier fragile dans un contexte réglementaire chaotique (le compostage n’est-il pas une des meilleures solutions d’hygiénisation en crise COVID ?) .

2- Au niveau des incinérateurs et sécheurs de boues d’épuration

Si la seule alternative au retour au sol des boues passe par des solutions de séchage poussé / destruction thermique (incinération dédiée ou en mélange avec les déchets ménagers), il faut avoir conscience que ces équipements de traitement, sophistiqués et onéreux, exigent une main d’oeuvre très qualifiée et des arrêts réguliers pour entretien, sans compter les possibles accidents. Dans ces conditions, de nombreuses collectivités ayant investi dans des filières thermiques (Marseille, Lyon, Paris, mais également Nice ou Oyonnax...) ont recours, plus ou moins régulièrement, à des plateformes de compostage pour évacuer leurs boues. Perturber le fonctionnement des usines à compost menace donc très sérieusement l’ensemble de ces filières, très interdépendantes.

3- Au niveau de la valorisation des biodéchets des ménages

Si le ministère estime qu’un risque de pénurie de déchets verts menace les engagements pris pour valoriser les biodéchets des ménages, il commet une très grave erreur d’appréciation. La voie royale pour ces résidus alimentaires massifiés est la méthanisation, qui ne consomme pas ou peu de déchets végétaux structurants. Enfin, les faits sont têtus mais ils traduisent une réalité : la collecte en porte-à-porte des biodéchets des particuliers avec traitement industriel est à la peine, avec certes de nombreuses études de faisabilité lancées par les collectivités, mais un nombre très réduit de territoires engagés dans cette voie complexe et onéreuse.

Et last but not least, l’étude scientifique des conditions de gestion des déjections humaines, abordées sous l’angle technico-historique, met en évidence le caractère éminemment territorial et fragile des solutions adoptées par les collectivités. Vouloir imposer pour le compostage des boues d’épuration mordicus une règle fixe pour tous, tout le temps et partout, relève d’une Fausse Bonne Idée.

J’invite donc tous les acteurs de la filière, mais aussi les auteurs et instigateurs de ce texte à lire ma thèse soutenue en janvier 2020.

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3 Commentaires

Le papet

Le 26/02/2021 à 9h16

le caca des humains est à l'homme ce que l'oxygène est aux plantes. Donnons lui la même valeur, c'est un nutriment à haute valeur carbonée ;Si les humains n'ont pas la même couleur de peau, leur caca a toujours la même couleur que celle de la terre nourricière.

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Pemmore

Le 26/02/2021 à 11h54

On pourrait très bien rémunérer les agriculteurs pour passer chez les particuliers qui le souhaiteraient araser leurs haies une opération pénible et fatigante qui finit une fois sur deux en fumée.
Une solution qui arrangerait tout le monde, il y a surement moyen d'obtenir un prix raisonnable pour cette opération, la plupart équipés équipés pour la production de brf à titre privé.

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Euplectes

Le 28/02/2021 à 16h30

Bonjour Monsieur le Docteur ADLER,

J'ai lu et relu votre thèse captivante, juste récompense d'un magnifique travail dont je me permets de vous féliciter.

Je souhaite vous poser quelques questions qui vous surprendront peut-être,tant elles pourraient vous paraître saugrenues ou enfantines: Selon les données actuellement disponibles, nous ne sommes pas certains de la non-contagiosité virale des boues contenant des excréments humains(s'agissant du coronavirus mais aussi d'autres virus pathogènes pour l'homme),"a fortiori" lorsque ces boues n'ont pas reçu un traitement "hygiénisant" avant leur utilisation (cas des petites stations, lagunages).

Ma question est donc la suivante: Sachant que nombre de virus pathogènes pour l'homme (mais pas tous malheureusement) sont inactivés par la chaleur et détruits par une chaleur suffisamment forte, le traitement d'hygénisation ne pourrait-il pas être réalisé "à la source", c'est à dire dès l'exonération individuelle, au moyen d'un dispositif broyeur et générant de la chaleur, mis en place sur le conduit d'évacuation de chaque cuvette de WC? (Une température comprise entre 70 et 90°C, maintenue pendant 20 minutes, ne serait-elle pas suffisante, au regard des résultats des études les plus pessimistes et les plus précautionneuses)?

Un tel procédé a-il été inventé, appliqué et testé dans le passé? Est-il envisageable sur les plans économique et technique?


Merci d'avance pour votre réponse, bonne continuation,bien à vous,

Euplectes

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