Cookies

Préférences Cookies

Nous utilisons des cookies sur notre site. Certains sont essentiels, d'autres nous aident à améliorer le service rendu.
En savoir plus  ›
AccueilFrançois DemarcqÉlectricité : des données au service de la transition

Électricité : des données au service de la transition

Une nouvelle note de la Fabrique Écologique pointe l’importance d’un système de données cohérentes, exhaustives et variées, afin de moduler au mieux une énergie flexible entre les différents intervenants, du producteur au consommateur.

Publié le 24/11/2025

La décarbonation de notre consommation d’énergie s’appuiera notamment sur une sobriété dans les usages, l’électrification de beaucoup d’entre eux et une production d’électricité qui s’oriente vers une dualité entre le nucléaire et des ENR au développement rapide. La contribution de l’électricité à la consommation d’énergie en 2050 devrait ainsi se situer légèrement au-dessus de 50 %, deux fois plus qu’aujourd’hui.

Cette montée en puissance de l’électricité, et plus largement la mise en œuvre d’une nouvelle politique énergétique, résulteront in fine des décisions d’une multitude d’acteurs : producteurs, fournisseurs, gestionnaires de réseaux de transport et de distribution, collectivités territoriales et bien sûr entreprises et particuliers. Une note récente de La Fabrique Écologique[1] examine comment ces acteurs pourront s’appuyer sur des données toujours plus diversifiées.

Rappelons que La Fabrique Écologique a déjà publié une note sur la biomasse[2] ; cette source d’énergie devra être fortement mise à contribution pour alimenter les filières conduisant aux autres formes d’énergie finale que l’électricité, comme le gaz, les carburants liquides ou le bois-énergie, qui conserveront une place importante.

Des données locales pour les acteurs de la transition

Dans leur étude, les auteurs se sont concentrés sur les données, produites localement, utiles pour la maîtrise de la consommation par les clients finals ou qui permettent le développement d’une production locale d’énergie renouvelable.

ll s’agit essentiellement des données de capacité des réseaux de transport (RTE) et de distribution de l’électricité (Enedis et les 116 entreprises locales de distribution), ainsi que des données locales de consommation et de production d’électricité. Toutes ces données sont fournies par les gestionnaires de ces réseaux. Ceux-ci se trouvent en effet placés au cœur du système électrique, entre les producteurs en amont et les fournisseurs et les consommateurs en aval (particuliers, entreprises, collectivités). Ils recueillent des données pour tout le monde. Déjà pour eux-mêmes, pour gérer les réseaux en temps réel et veiller à l’équilibre permanent du système électrique. Ils ont un besoin croissant de données, pour planifier leur adaptation et le développement de leurs capacités, avec notamment l’arrivée de multiples producteurs locaux d’énergie renouvelable (y compris les particuliers qui installent des panneaux photovoltaïques sur leur toit). Ces gestionnaires mettent également à disposition de multiples données de consommation et de production locale, qui vont permettre aux différents acteurs de prendre des décisions éclairées. Il s’agit d’abord de données individuelles fournies « sur demande » aux consommateurs, aux fournisseurs ou aux producteurs ; ce sont notamment des « courbes de charge » journalières et des données relatives à la puissance installée ou maximale atteinte. D’autre part, la loi oblige ces mêmes gestionnaires à mettre à disposition des entités publiques (État et collectivités locales), des professionnels du secteur et des particuliers, des « données ouvertes » sous forme agrégée (open data). Ces données sont accessibles en nombre croissant sur leurs propres sites et, de plus en plus, par l’intermédiaire de plates-formes mutualisées où elles sont associées à des données géographiques. Tout ceci est bien sûr juridiquement très encadré, pour protéger le secret des affaires pour les entreprises et la vie privée pour les particuliers.

C’est ainsi qu’Enedis a développé depuis 2022 « l’Observatoire français de la transition écologique », qui se veut un référentiel de données fiables et un outil d’aide à la décision pour toutes les parties prenantes à la transition. De même, l’ensemble des gestionnaires de réseaux électriques, associés aux gestionnaires de réseaux de gaz, développent ensemble ou séparément des plates-formes mutualisées associant des jeux de données, des indicateurs synthétiques et des datavisualisations. Les deux principales plates-formes de ce type sont Odre (Open data réseaux énergies[3]) et la plate-forme gérée par l’agence Ore[4].

Des données utiles à la planification

La loi a confié d’importantes responsabilités aux collectivités territoriales pour la planification énergétique : notamment l’élaboration des Schémas régionaux d’aménagement, de développement durable et d’égalité des territoires (Sraddet) aux régions, des Plans climat air énergie territorial (PCAET) aux intercommunalités, et plus récemment le zonage de la production renouvelable aux communes dans le cadre de la loi relative à l’accélération de la production d’énergies renouvelables (loi Aper de 2023). Ces collectivités sont donc particulièrement demandeuses de données pertinentes sur la situation énergétique locale.

En réponse à leurs besoins, les gestionnaires de réseaux, seuls ou associés à d’autres organismes nationaux ou régionaux, ont développé des plateformes avec des outils spécifiques dédiées, pour les aider à construire des politiques cohérentes, notamment en matière d’installations de production d’ENR (lieux et capacités de raccordement au réseau, contraintes réglementaires, etc.) ou encore sur des questions particulières importantes pour elles comme la lutte contre la précarité énergétique.

En parallèle, les producteurs d’énergies renouvelables attendent une réduction des coûts et des délais de développement des projets et une amélioration de leur planification par la simplification des outils de mise à disposition des données sur le réseau électrique et l’environnement.

Des données utiles pour la flexibilité du système électrique

Avant d’expliquer comment les autres acteurs, notamment les fournisseurs et les consommateurs, pourraient utiliser les données électriques dans cette nouvelle donne de la transition, la note rappelle d’abord les enjeux auxquels est confronté le secteur électrique dans son ensemble. Il est promis d’ici 2050 à une expansion forte par les nouveaux usages (pompes à chaleur, véhicule électrique, etc.) et à une décarbonation quasi totale grâce à la montée en puissance des énergies renouvelables. La sobriété reste indispensable, notamment pour limiter les investissements lourds dans les infrastructures et leurs impacts environnementaux. Défis considérables ! De plus, les productions éolienne et solaire ne sont pas « pilotables » (sauf à la baisse, au prix d’un « gaspillage » d’une énergie à coût marginal nul) ; un enjeu essentiel pour les décennies à venir consistera donc à assurer la flexibilité du système, pour faire correspondre à tout moment l’offre et la demande d’électricité, tout en limitant les coûts économiques et écologiques correspondants. Les solutions de stockage sont limitées (stations de pompage hydrauliques) ou chères et très consommatrices de métaux (stockage électrochimique par batteries). Le recours, pour la production d’électricité, à d’autres formes d’énergie « stockables » (gaz renouvelable, biomasse…) est une option complémentaire, économiquement intéressante mais probablement limitée à la gestion des pointes de consommation d’hiver.

Tous les consommateurs (ménages, entreprises, collectivités) seront ainsi incités à maîtriser leurs consommations d’électricité, ce qui concerne les quantités consommées, mais aussi désormais le moment où interviendront les appels de puissance. Notons bien qu’on ne parle plus simplement d’effacement, qui est un moyen de « rogner » les plus fortes pointes de consommation en hiver, mais d’une flexibilité généralisée toute l’année et tous les jours pour faire davantage correspondre les consommations et les productions. Or, la recharge des véhicules électriques (qui sont des objets communicants) et le pilotage fin du chauffage de locaux bien isolés (les outils de pilotage seront bientôt obligatoires) ouvrent pour l’avenir de grandes possibilités de flexibilité. Ça intéresse bien sûr les entreprises et notamment les bâtiments du secteur tertiaire, où la gestion technique du bâtiment (GTB), bientôt obligatoire, facilitera cette évolution, mais aussi les ménages. Ces derniers devraient aussi être incités à piloter ces deux usages par des tarifs « dynamiques » proposés par leurs fournisseurs, tenant compte de l’état réel du réseau. Ceci est possible en utilisant le compteur Linky, qui permet de proposer au maximum une dizaine de niveaux tarifaires que le fournisseur associerait, la veille pour le lendemain, à des plages horaires prédéterminées. Ainsi se trouveraient dépassés le système d’heures pleines et heures creuses, où les tarifs sont les mêmes tous les jours à heures fixes, et même le tarif Tempo aujourd’hui proposé par la seule EDF. Pour être acceptables, ces tarifs dynamiques devront viser des personnes volontaires, être simples à comprendre et protecteurs pour ces consommateurs.

Une telle prise en compte de la flexibilité de la demande d’électricité par les consommateurs permettrait de minimiser le recours au stockage, de pallier partiellement la variabilité de la production des énergies éolienne et solaire et ainsi de limiter la volatilité des prix. En consommant au moment où l’électricité est peu chère et décarbonée, on limite les coûts du système électrique, avec un intérêt collectif, économique et environnemental. La répartition de la valeur ainsi apportée par la flexibilité au système devrait être régulée sous le contrôle de la CRE, en en réservant une juste part aux consommateurs volontaires qu’il faudra protéger efficacement ; les associations de consommateurs devront être associées à l’élaboration des règles correspondantes.

Trois priorités sont donc essentielles pour l’avenir :

- Considérer la montée en puissance quantitative et qualitative du système de gestion du réseau et des outils et plates-formes de données électriques comme un véritable investissement d’intérêt général et veiller à leur utilisation optimale ; 

- Encourager les fournisseurs d’énergie à proposer à leurs clients des « tarifs dynamiques », adaptés à leurs données de consommation, accompagnés de moyens techniques de programmation et d’une assistance pour qu’ils puissent en tirer le meilleur parti, sous le contrôle de la CRE ;

- Mobiliser les moyens de communication, notamment publics (Ademe, AnaH, CRE, RTE, Enedis, etc.), pour sensibiliser les consommateurs aux besoins de flexibilité du système électrique, aux solutions techniques et contractuelles disponibles et aux garanties associées en matière de protection des données et d’équilibre des contrats.

 

François Demarcq, Alain Charraud, La Fabrique Écologique.

________________________________________________________________________

[1] « Électricité : les données au service de la transition », La Fabrique Écologique, mars 2025 : ici.

[2] Voir la note de La Fabrique Écologique : « Les bioénergies : quelle place dans la transition énergétique ? » - décembre 2023, version définitive publiée le 28 octobre 2025 : ici.

[3] Odre est centrée sur les réseaux de transport.

[4] Ore réunit les gestionnaires des réseaux de distribution de gaz et d’électricité.

Les tribunes sont un espace de libre expression des abonnés ou invités d'Actu-Environnement.

Leurs contenus n'engagent pas la rédaction d'Actu-Environnement.

Crédits photos : Adobe Stock - Worawut

1 Commentaire

Studer

Le 25/11/2025 à 12h47

Tout ce programme repose sur le postulat que la consommation française d'électricité va croître rapidement et fortement d'ici 2050, notamment pour électrifier l'industrie et la mobilité. Or, on observe exactement le contraire actuellement. Et l'auteur oublie de dire que nous avons une marge de 25 % de production, même si on l'exporte (sans en retire d'ailleurs beaucoup de devises).
Et il fait la promotion d'un système où les énergies solaires et éoliennes seraient majoritaires, associées à des dispositifs de stockage et de la flexibilité de consommation XXL, en ne prononçant jamais le mot (vade retro) nucléaire. Or, avec les nouvelles centrales qui devraient produire d'ici 2038, et qui sont évidemment pilotables, plus besoin de stockage ni de flexibilité. Car c'est une contrainte pour les consommateurs, difficile à prendre en compte.

Signaler un contenu inapproprié

Commentez ou posez une question à François Demarcq

Les commentaires aux articles sont réservées aux lecteurs :
- titulaires d'un abonnement (Abonnez-vous)
- inscrits à la newsletter (Inscrivez-vous)
1500 caractères maximum
Mot de passe oublié