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AccueilJean-Sébastien PellandRalentir les renouvelables n’est pas la solution, l’urgence est de préparer le système qui doit les accueillir

Ralentir les renouvelables n’est pas la solution, l’urgence est de préparer le système qui doit les accueillir

Réviser à la baisse les objectifs renouvelables au nom des limites du réseau relève d’un contresens : le véritable enjeu est d’adapter les infrastructures pour accompagner, et non freiner, la transition énergétique.

Publié le 27/03/2026

La nouvelle loi énergie, adoptée par décret à la mi‑février, a rebattu les cartes de la transition française. En revoyant à la baisse les objectifs de solaire et d’éolien à l’horizon 2035 et en réaffirmant la place du nucléaire, le gouvernement met en avant les limites actuelles du réseau, les lenteurs administratives et les difficultés de raccordement. Ce récit, désormais au cœur de la communication officielle, a le mérite de reconnaître une réalité: notre système électrique nest pas aujourdhui en capacité d’intégrer les volumes de renouvelables que requiert la trajectoire climatique et industrielle du pays. Mais en tirer la conclusion qu’il faudrait réduire l’ambition des renouvelables est, selon moi, un contresens. Le problème n’est pas l’excès d’objectifs, mais le déficit d’infrastructures, d’anticipation et d’organisation qui empêche leur concrétisation.

Un réseau saturé qui ralentit la transition plus qu’il ne l’accompagne

Depuis plusieurs années, les signaux d’alerte se multiplient : postes sources saturés, files d’attente qui s’allongent, congestions régionales récurrentes, délais de raccordement qui désorientent les développeurs et exaspèrent les territoires. RTE lui‑même a placé le renforcement du réseau au cœur de ses priorités stratégiques à l’horizon 2040, en rappelant que les infrastructures électriques prennent inévitablement plus de temps à se déployer que les unités qu’elles doivent raccorder et équilibrer. Autrement dit, si l’on ne construit pas la route, les véhicules restent au garage, quels que soient leurs progrès technologiques. Répondre à la saturation par un coup de frein sur le solaire et l’éolien revient à confondre le symptôme et la cause. Ce n’est pas l’ambition qu’il faut réduire : c’est le système qu’il faut rehausser à la hauteur de cette ambition.

Dans un contexte où la maîtrise des dépenses publiques et les tensions industrielles pèsent sur les décisions, la tentation peut être forte de présenter la révision des objectifs comme une décision pragmatique. Mais le solaire et l’éolien demeurent des atouts décisifs, capables d’être déployés rapidement, à des coûts compétitifs, et d’apporter des bénéfices immédiats en matière d’émissions évitées, d’indépendance énergétique et de dynamisation territoriale. Revoir leurs objectifs à la baisse envoie un signal d’incertitude à l’ensemble de la filière, ralentit les investissements et fragilise la planification. En 2026, le débat ne devrait plus être de savoir si les renouvelables doivent croître, mais comment le système peut absorber cette croissance de manière fluide et ordonnée.

Un diagnostic pratique : ce qui bloque vraiment le déploiement

Le cœur des difficultés est d’ailleurs bien connu des praticiens : le réseau manque de capacité là où les projets émergent, l’industrialisation des postes et des liaisons prend du retard, la coordination entre planification nationale et contraintes locales demeure inégale, et les procédures restent trop longues et trop peu prévisibles. À ces obstacles structurels s’ajoutent des réalités matérielles dont on parle trop peu, mais qui conditionnent très concrètement la réussite de la transition. On évoque souvent les gigawatts installés ; on évoque beaucoup moins tout ce qu’il faut pour qu’ils deviennent opérationnels.

Car les renouvelables ne se résument pas aux panneaux et aux turbines. Elles reposent sur des chaînes d’approvisionnement globales qui doivent être anticipées: les câbles et transformateurs nécessaires au transport de l’électricité, les métaux critiques comme le cuivre et laluminium, dont la demande mondiale explose, les composants électroniques indispensables à lintégration des productions intermittentes, ou encore les ouvrages de génie civil qui conditionnent la mise en service effective des installations. Sans stratégie d’approvisionnement ni planification industrielle, ces maillons essentiels deviennent des points de tension : là où les équipements manquent, où les délais de livraison s’allongent, où les équipes techniques peinent à suivre, la transition ralentit. Non par manque de volonté, mais par manque d’anticipation.

Nommer ces contraintes n’est pas un aveu de faiblesse : c’est la première étape vers des solutions durables. C’est en les reconnaissant que l’on peut imaginer un séquençage des travaux plus cohérent, une hiérarchisation des investissements plus lisible, une modernisation des raccordements et, plus largement, une répartition plus claire des responsabilités et des délais entre acteurs publics et privés.

Une véritable stratégie nationale

Dans ce contexte, il devient indispensable de sortir d’une approche fragmentée du développement des renouvelables. La France gagnerait à considérer l’essor du solaire et de l’éolien non comme une succession de projets individuels dispersés dans les territoires, mais comme un grand chantier d’infrastructure nationale. Cela implique de penser les corridors de capacités en amont, d’anticiper les besoins en postes sources, de bâtir des schémas territoriaux alignés avec les réalités du réseau, et de simplifier l’ingénierie administrative pour qu’elle se concentre là où elle apporte une véritable valeur. Une planification plus lisible permettrait aux industriels de sécuriser leurs chaînes d’approvisionnement et aux collectivités de soutenir des projets acceptés localement parce qu’ils sont raccordables réellement.

Les entreprises, d’ailleurs, peuvent jouer un rôle essentiel dans cette dynamique. Beaucoup d’entre elles sont prêtes à ajuster leurs investissements, à structurer des approvisionnements plus robustes en métaux critiques, à s’engager sur des calendriers réalistes et à participer à la mise en place de standards d’exécution capables de réduire les délais sans diminuer les exigences environnementales. Pour que ces engagements portent pleinement leurs fruits, il faut un cadre stable, prévisible et ambitieux.

Choisir la vitesse sans opposer les technologies

Il ne s’agit pas d’opposer les technologies. Le nucléaire restera un pilier important du mix français, et sa contribution à la stabilité du système est indéniable. Mais le calendrier compte. La prochaine décennie sera décisive, et ce sont les renouvelables qui peuvent, dès maintenant, apporter des capacités nouvelles à grande échelle. Leur potentiel est immédiat, à condition que le système soit capable de les accueillir. La crédibilité de la trajectoire climatique française repose donc moins sur un choix idéologique que sur la capacité très concrète à raccorder, transporter et intégrer l’électricité produite par des moyens déjà matures et compétitifs.

Au fond, la France a besoin d’une boussole simple : accélérer les renouvelables et adapter le système pour qu’ils tiennent leurs promesses. C’est un choix d’ingénierie, de gouvernance et d’efficacité. Chaque mois gagné sur un raccordement, chaque poste source livré à temps, chaque procédure clarifiée se traduit par des mégawattheures bas carbone disponibles plus tôt, des émissions évitées, une facture énergétique maîtrisée et une souveraineté renforcée. Ralentir, c’est s’exposer à des regrets évitables. Agir sur l’infrastructure, c’est enfin placer la France sur une trajectoire énergétique à la fois crédible, ambitieuse et cohérente avec l’urgence climatique.

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