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AccueilLouis Raynaud de LageInvestissements et changement climatique : il est urgent de renverser la vapeur

Investissements et changement climatique : il est urgent de renverser la vapeur

Comment enclencher la vitesse supérieure sur la transition énergétique ? Une des solutions proposées par Louis Raynaud de Lage est que l’Europe réoriente les flux financiers et accentue l’investissement en faveur de l’adaptation au changement climatique.

Publié le 23/06/2024

D’ici la fin du siècle, une division par 2 du PIB

Une récente étude publiée par deux économistes de Harvard et Northwestern démontre que chaque degré de réchauffement climatique supplémentaire entrainera une diminution de 12 % du PIB mondial, au bout de six ans. C'est six fois plus que ce qui était estimé jusqu'à présent. Selon Bilal et Känzig, le réchauffement de 0,75 °C, observé entre 1960 et 2019, a déjà eu des effets néfastes : sans ce réchauffement, le PIB mondial serait aujourd'hui supérieur de 37 %. En poursuivant sur cette trajectoire, une hausse de 2 °C d'ici 2100 pourrait provoquer une diminution de 50 % du PIB mondial, en raison des effets cumulatifs des dommages économiques.

Les investissements financiers, toujours au service des énergies fossiles

Pourtant, les acteurs financiers continuent à investir massivement dans les énergies fossiles : 6 896 milliards de dollars (6 400 Mds €) ont été investis par les banques du monde entier dans les énergies fossiles depuis la signature de l’Accord de Paris sur le climat en 2015, révèle la 15ème édition du rapport Banking on Climate Chaos. En parallèle, les montants investis par les pays industrialisés dans l’action climatique des pays en développement ne sont que de 579,4 milliards de dollars sur la même période, selon les calculs de l'OCDE. Autrement dit, nous donnons 12 fois moins de moyens aux pays pauvres pour se protéger du plus grand risque que doit affronter l’humanité, qu’aux acteurs du pétrole, du gaz et du charbon qui contribuent à accroître ce risque.

Une accélération du changement climatique et des effets tangibles en Europe

Cette tendance apparaît presque anachronique, alors que le monde ne s'est jamais autant réchauffé que sur les 12 derniers mois : +1,63 °C de température moyenne globale sur terre par rapport à la période préindustrielle, selon l'agroclimatologue Serge Zaka. Nous sommes théoriquement au-dessus de la limite fixée par les Accords de Paris et assistons à un emballement du réchauffement climatique. Les conséquences de ce changement climatique sont palpables et se font déjà sentir en Europe : 62 000 morts liés aux canicules de 2022 selon l’Inserm, + 22 % de précipitations intenses depuis 50 ans, 190 000 km2 de forêt partis en fumée en 40 ans, 487 milliards de perte financières sur les 40 dernières années… d’après le Conseil de l’Union européenne.

Investir dans la décarbonation et l’adaptation au changement climatique : une nécessité désormais « rentable »

Les travaux de Bilal et Känzig nous permettent de changer de perspective sur les coûts liés à la transition. En démontrant que chaque tonne d’émissions de GES supplémentaire coûte 1 056 dollars, alors que le prix d’une tonne évitée est de 80 dollars, ils nous montrent qu’il est bien moins coûteux pour un État de mettre en place des dispositifs de décarbonation que de supporter les impacts négatifs. Il faut donc accélérer les investissements publics et privés dans la lutte et l'adaptation et le faire à très court terme.

Construire une vision européenne de la résilience climatique, la piloter dans les territoires

Cet effort financier, l’Union européenne peut le mener, en lançant un grand plan d'investissement dans la résilience climatique, qui pourrait en partie être financé par une ambitieuse politique d’émissions d’obligations. Par ailleurs, ce financement pourrait être complété par la mise en œuvre d’une véritable taxe carbone touchant les acteurs des énergies fossiles et les banques qui les financent. Cela permettrait également de rediriger une grande partie des montants vers la décarbonation et l’adaptation au changement climatique.

Ces financements européens et privés, c’est à l’échelle des territoires (régions, départements, communes, etc.) qu’il faut les investir, car c’est à cette échelle que se joue la connaissance des vulnérabilités et les actions à mener, de manière coopérative et efficace : diagnostics de vulnérabilité, développement massif des énergies renouvelables, des mobilités douces et du train, transition agroécologique, interdiction progressive du plastique et développement de la filière bois, développement des industries bas carbone, financement de la végétalisation des zones urbaines, développement des solutions fondées sur la nature… Les solutions existent et sont nombreuses.

Il faut inverser la tendance maintenant. Le changement climatique n'est pas devant nous, il est déjà là. L’Europe, et en son sein la France, a les moyens de lutter et d’entraîner derrière elle le cortège des nations. Il s’agit de donner une vision politique, bien plus ambitieuse que celle définie jusqu’à aujourd’hui, de redirection de l’économie vers la décarbonation, et de se doter dès à présent des moyens financiers pour le faire, puis, au travers du principe de subsidiarité, de permettre aux acteurs publics et privés des territoires de s’en saisir et d’agir… avant qu’il ne soit trop tard.

 

Louis Raynaud de Lage

Manager impact social & environnemental, cabinet de conseil pluridisciplaire Bartle

Les tribunes sont un espace de libre expression des abonnés ou invités d'Actu-Environnement.

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