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AccueilLouis Raynaud de LageESG et compétitivité : un faux dilemme ?

ESG et compétitivité : un faux dilemme ?

Critiquées par les dirigeants européens, les normes ESG sont accusées de freiner la compétitivité européenne. Pourtant, le terrain démontre selon Louis Raynaud de Lage qu’elles sont un levier d’innovation et de robustesse pour les entreprises.

Publié le 23/01/2025

Dans une récente lettre adressée à la Commission européenne, le chancelier allemand Olaf Scholz plaide pour une révision des exigences imposées par la directive européenne Corporate Sustainability Reporting Directive (CSRD), arguant qu'elles pourraient nuire à la compétitivité des entreprises européennes. Il s’inscrit dans la litanie des critiques émises contre le Green Deal européen par l’Allemagne, mais aussi par la France et par nombre d’experts. La plus argumentée d’entre elles revient à Mario Draghi qui, dans son rapport sur la compétitivité européenne, étrille les rigidités réglementaires, qui, selon lui, affaiblissent l’économie du continent face à une concurrence mondiale acharnée.

Si ces positions semblent pragmatiques à première vue, elles reposent sur une présomption erronée : les exigences en matière de durabilité constitueraient un obstacle à la performance. Or, la littérature scientifique et les données empiriques convergent vers une conclusion bien différente : loin d’être une contrainte, les réglementations ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance) constituent une opportunité majeure pour améliorer la résilience des entreprises sur le long terme.

La littérature académique est sans ambiguïté

Depuis plus de deux décennies, des chercheurs analysent les interactions entre exigences ESG et performance économique des entreprises. Une récente étude, publiée dans le Journal of Sustainable Finance & Investment en 2023, passe en revue 2 200 études sur le sujet. Elle révèle que dans près de 90 % des cas, les critères ESG ne nuisent pas à la performance financière et qu’ils l’améliorent même dans une majorité de cas[1].

Une autre étude, menée par des chercheurs à la Harvard Business School, met en avant que les entreprises qui intègrent les principes ESG dans leurs stratégies affichent une réduction notable des risques financiers et une amélioration de leur accès au capital. Cela s’explique par le fait que les investisseurs institutionnels sont de plus en plus nombreux à exiger des rapports ESG de qualité pour évaluer la durabilité des modèles économiques, un élément devenu central dans les décisions d’allocation d’actifs[2].

Une réglementation ESG exigeante est un gage d’innovation

Les réglementations ESG, telles que la CSRD, obligent les entreprises à intégrer des pratiques responsables dans leurs activités. Loin d’être un frein, ces exigences sont un levier d’innovation. Comme l’a évoqué Michael Porter dans son hypothèse éponyme dès 1991, une réglementation environnementale rigoureuse stimule les gains d’efficacité et encourage la R&D[3]. Cette théorie est, par exemple, vérifiée dans le secteur de la mobilité, où l’obligation imposée aux constructeurs automobiles de réduire les émissions de gaz à effet de serre les a conduits à développer des moteurs plus efficients en énergie, sans jamais entamer la performance de ceux-ci ni les désavantager sur le plan mondial.

La finalité du Pacte vert est de transformer l’économie

L’ambition du Pacte vert est justement de refonder l’économie européenne sur le socle de la durabilité, en devenant le premier continent neutre en carbone, mais aussi en créant les conditions pour orienter les flux financiers vers la transition écologique et sociale. C’est un bénéfice concret et intentionnel de la réglementation ESG européenne : les secteurs, les entreprises et les produits les moins vertueux voient leur part diminuer au profit de nouveaux pans d’une économie plus durable. L’essor spectaculaire des greentechs en France en est une bonne illustration. Selon la BPI, celles-ci réalisent 33 % des levées de fonds françaises, ce qui en fait le premier secteur d’investissement en France. Et cela a des conséquences sur l’économie réelle : 39 000 emplois ont été créés par les greentechs de moins de 12 ans et 4,3 milliards d’euros de chiffre d’affaires ont été générés.

Les véritables défis sont ailleurs

Les critiques formulées à l’encontre de la CSRD révèlent des difficultés réelles, notamment pour les petites et moyennes entreprises (PME) qui peinent à s’adapter à ces nouvelles exigences. Cependant, ces défis ne doivent pas remettre en question l’objectif global de la réglementation. Pour accompagner les entreprises, il est plutôt nécessaire de mettre en place des outils de soutien. Par exemple, le développement d’un guichet unique, tel que la plateforme RSE, pour fournir une assistance technique, ou la mise à disposition de subventions pour couvrir une partie des coûts de mise en conformité.

Surtout, le véritable enjeu n’est pas de savoir si les entreprises ont trop de contraintes réglementaires pour performer. C’est une question à courte vue. L’enjeu est de savoir comment outiller les entreprises pour subsister dans un monde à +3°C, marqué par un effondrement du vivant, des pénuries massives de ressources et une conflictualité accrue. Le pari est de croire que le Pacte vert fournit au moins une partie de ces outils. Et que d’autres solutions sont à inventer pour remettre l’économie à l’endroit, c’est-à-dire au service de l’humain et de la nature, et non l’inverse.

La croisée des chemins

Soutenir la CSRD et les réglementations ESG n’est pas seulement une question de compétitivité à court terme : c’est une question de pérennité à long terme. L’Europe est à un carrefour qui déterminera le cours de son économie pour les 25 prochaines années. Les États-Unis ont visiblement fait leur choix. L’Europe peut, pour une fois depuis 80 ans, tracer sa propre voie. Et ce n’est pas un choix d’intensité réglementaire, c’est un choix de civilisation.

Louis Raynaud de Lage,

Senior Manager Impact & Durabilité chez Bartle

__________________________________________________

[1] Du, L., & Nik Azman, N. H. (2024). The impact of ESG performance on corporate risk-taking: empirical evidence from China. Journal of Sustainable Finance & Investment, 14(4), 745–765  : ici.

[2] Eccles, R. G., Ioannou, I., & Serafeim, G. (2014). The impact of corporate sustainability on organizational processes and performance. Management Science, 60(11), 2835–2857 : ici.

[3] M. E. Porter, C. van der Linde, Toward a New Conception of the Environment-Competitiveness Relationship, Journal of Economic Perspectives, 1995.

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1 Commentaire

Albatros

Le 27/01/2025 à 13h39

Surtout la pérennité des consultants en CSRD, non ?
Parce que celle des entreprises, on s'en est déjà occupé avec la fermeture annoncée des usines Arkema, par exemple, et avec le suicide de l'industrie automobile du fait du "Green Deal"...
Bravo !

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