
Pollutions : les entreprises au cœur d’une approche One Health
Face à l’ampleur des pollutions et à leurs impacts croisés sur la santé, le climat et la biodiversité, les entreprises accélèrent leur transformation. Les membres d’EPE montrent comment le One Health s’impose comme un nouveau cadre stratégique
La pollution constitue aujourd’hui un enjeu majeur, à la fois sanitaire, environnemental et économique. Elle est responsable de 9 millions de décès prématurés chaque année et participe à la dégradation des écosystèmes comme à l’instabilité des modèles économiques. Face à cette réalité, les entreprises ne peuvent plus considérer ces enjeux de manière isolée : santé humaine, biodiversité et climat sont profondément interdépendants.
Au cours des dernières années, les entreprises membres d’Entreprises pour l’Environnement (EPE) ont démontré leur capacité à agir sur plusieurs leviers structurants.
D’abord, en renforçant la connaissance des polluants et de leurs impacts, grâce à leur expertise sur les produits et procédés. Elles contribuent ainsi à améliorer la transparence et à éclairer les décisions publiques, malgré des lacunes persistantes sur la toxicité de nombreuses substances, notamment émergentes, et leurs effets combinés.
Ensuite, en intervenant tout au long du cycle de vie des produits, depuis l’écoconception jusqu’à la fin de vie, en passant par la production et le transport. Renoncement à certaines substances, substitution, innovation technologique, réduction des émissions ou développement de filières de recyclage : ces démarches permettent de réduire l’exposition aux pollutions tout en conciliant contraintes économiques et techniques.
Enfin, ces actions reposent de plus en plus sur des coopérations étroites entre entreprises, chercheurs, pouvoirs publics et chaînes de valeur, condition indispensable pour traiter des problématiques complexes et systémiques.
Vers une intégration progressive du One Health dans les stratégies d’entreprise
Aujourd’hui, une nouvelle étape s’engage : celle de l’intégration d’approches holistiques, notamment le concept One Health, qui invite à penser conjointement santé humaine, santé animale et santé des écosystèmes.
Les actions déjà mises en œuvre par les entreprises s’inscrivent largement dans cette logique. Elles visent simultanément à réduire les pollutions, préserver les milieux naturels et améliorer la santé, tout en contribuant à la lutte contre le changement climatique.
Certaines entreprises en sont encore au stade de la compréhension des liens entre santé et environnement. D’autres intègrent déjà ces paramètres dans leurs décisions. Enfin, quelques secteurs – notamment la santé et l’agroalimentaire – commencent à structurer explicitement leurs stratégies autour du One Health.
Des transformations encore contraintes mais en marche
L’intégration de ces approches reste complexe. Les cadres réglementaires sont fragmentés, les métriques insuffisantes, et les bénéfices sanitaires rarement valorisés économiquement. Les démarches sont longues, coûteuses et peuvent affecter la compétitivité à court terme.
Pour autant, des leviers se structurent : mobilisation des investisseurs, pression réglementaire, engagement croissant des clients et partenaires, développement de coopérations territoriales et scientifiques.
Le déploiement de dispositifs de biosurveillance, de partage de données et de coordination entre acteurs publics et privés apparaît notamment comme un facteur clé d’efficacité.
Faire converger connaissance, action et transformation des modèles
Les entreprises jouent un rôle croissant dans l’exploration des liens entre santé et environnement et dans leur traduction opérationnelle. Cette dynamique se matérialise à la fois par des travaux de recherche et par l’intégration progressive de ces enjeux dans les modèles économiques et les projets territoriaux.
Certaines initiatives visent d’abord à mieux comprendre les interactions entre facteurs environnementaux et impacts sanitaires. Des travaux conduits sur les effets de la chaleur en milieu industriel (EDF) ou sur la diffusion de polluants et de résistances dans les milieux aquatiques (Bic) illustrent cette montée en puissance de la connaissance scientifique appliquée.
Dans le même temps, ces connaissances nourrissent des transformations plus concrètes, qu’il s’agisse d’adapter les systèmes de santé (Sanofi), d’anticiper les risques sanitaires ou de concevoir des environnements urbains plus favorables à la santé et à la biodiversité. Des projets immobiliers intégrant qualité de l’air, renaturation ou limitation de l’artificialisation des sols témoignent de cette évolution vers des approches plus intégrées (BNP Paribas Resal Estate, Nexity, Vinci Immobilier).
Enfin, les entreprises s’appuient de plus en plus sur des solutions inspirées du vivant pour réduire les pressions environnementales. Le développement de procédés naturels de traitement de l’eau (Suez) ou le soutien à des pratiques agricoles moins dépendantes des intrants chimiques (Axa, BNP Paribas, InVivo et Tikehau Capital) illustrent cette orientation vers des modèles plus résilients, conciliant performance économique, santé et préservation des écosystèmes.
Intégrer pleinement le One Health dans les stratégies
Certaines entreprises franchissent une étape supplémentaire en intégrant explicitement le One Health dans leurs stratégies.
Le programme « Resilient Threads » de Loro Piana (LVMH), lancé en 2025 pour une durée de cinq ans dans la province mongole de Sukbaatar, vise à améliorer les revenus des éleveurs, renforcer la résilience de la chaîne d’approvisionnement et protéger la biodiversité de la steppe orientale, l’un des derniers écosystèmes de prairies intactes. Ce programme repose sur une approche One Health pleinement intégrée qui prévoit notamment le déploiement d’un centre mobile One Health proposant des campagnes de prévention et de vaccination, des actions de sensibilisation et des formations, en cohérence avec les politiques publiques.
Accélérer le passage à l’échelle
Ces exemples montrent que les entreprises ont déjà engagé des transformations concrètes. Elles démontrent qu’il est possible de concilier performance économique, santé et environnement en adoptant des approches systémiques.
L’enjeu est désormais d’accélérer et généraliser ces pratiques, en renforçant les outils de mesure et en développant les coopérations entre acteurs.
L’approche One Health offre un cadre structurant pour cette transformation. Elle permet de dépasser les logiques sectorielles et de construire des modèles économiques compatibles avec les limites planétaires, au service de la santé des populations et de la résilience des territoires.
Article proposé par :
Marie Marchand-Pilard
Responsable Santé Eau Juridique chez EPE
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