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Et si la chaleur bas carbone permettait de se passer rapidement du gaz fossile américain ?

Alors que les États-Unis sont devenus pour la première fois le principal fournisseur d’énergie fossile de l’Union en 2025, comment peut-on sortir de cette dépendance dangereuse ?

Publié le 16/02/2026

Pour des raisons géopolitiques évidentes, l’Union européenne dispose d’un intérêt vital à réduire sa dépendance aux énergies fossiles importées, tant pour atteindre ses objectifs climatiques que pour diminuer sa vulnérabilité face aux pressions de ses fournisseurs. Au Moyen-Orient ou aux Amériques, il semble que les grands producteurs ne puissent plus être considérés comme des alliés fiables et stables. La guerre en Ukraine a démontré qu’il était possible de diminuer notre dépendance au gaz russe et même la stopper d’ici 2027. Pourquoi ne pas poursuivre cette dynamique, en la rendant encore plus transformative, pour en faire de même avec les Etats-Unis, qui ont fourni 19,4 % des importations totales de combustibles fossiles de l’Union européenne en 2025 ? Si nous le faisions, cela serait-il indolore pour notre économie et pour le consommateur européen alors que le gaz américain représente ~12% nos besoins pour la chaleur (chauffage et eau chaude sanitaire) hors processus industriels (~400 TWh)[1] ?

Une réduction de la demande forcée, mais non moins favorable à notre indépendance énergétique…

Entre 2021 et 2024, la consommation de gaz de l’Union a diminué de 20% (soit environ 600 TWh de demande en moins). En cause, un mélange de sobriété (baisse des températures de consignes), d’efficacité (poursuite des efforts d’isolation), de substitution (électrification, énergie renouvelable thermique en réseaux de chaleur), voire de privation (précarité énergétique) dans certains cas. Cette dynamique a prouvé que le statu quo n’était pas une fatalité et que ces leviers de baisse de la demande finale étaient d’importance première pour réduire le poids des importations de combustibles fossiles (sans remettre en cause la lutte contre la précarité énergétique).

 … accentué par un développement accéléré des réseaux de chaleur bas carbone à court terme

Les réseaux de chaleur sont pertinents autant pour des mégapoles que pour des villes de quelques dizaines de milliers d’habitants. Ils permettent à moindre coût et rapidement de décarboner des milliers de foyers / milliers de m2 de bâtiments tertiaires, en bénéficiant de l’effet d’échelle d’équipements de taille industrielle. Ils couvrent actuellement 15% des besoins en chaleur aujourd’hui en Europe, mais pourraient atteindre au moins 40% d’ici 2050.

Qu’elle soit distribuée en réseau ou non, la production de chaleur peut se passer de gaz fossile en mobilisant des technologies existantes, matures, parfois largement sous employées : géothermie profonde, récupération de chaleur fatale, Pompes à Chaleur (PAC), solaire thermique, biomasse[2]. Selon l’évolution des marchés du gaz, de la fiscalité et des dispositifs de soutien, chacune de ces solutions peut se situer dans la même plage de coûts que la chaleur produite à partir de gaz. Dans les réseaux, ces technologies pourraient progressivement produire de 250 TWh aujourd’hui à 600 TWh en 2050[3]. A titre d’exemple, le potentiel de géothermie profonde est d’au moins 200 TWh aux conditions technico-économiques actuelles et, pour des projets en chaleur seule, 5 ans peuvent suffir du diagnostic au raccordement effectif.

… et de nouvelles capacités bas carbone à moyen et long terme (2035 à 2050)

D’ici 2050, les réseaux de chaleur (nouveaux ou existants) pourraient nécessiter 800 TWh de production de chaleur bas carbone (la consommation d’énergie globale pour la production de chaleur baisse, mais la part en réseau augmente). Ce “manque à produire” de 200 TWh comparé aux options matures existantes, pourrait en partie ou en totalité être comblé par des technologies moins matures, mais prometteuses : les “petits réacteurs modulaires” (SMR). Cette option stable et pilotable pourrait devenir un atout intéressant pour compléter le “mix chaleur” européen.

Par conséquent, les leviers existent pour permettre à l’Union européenne de se passer progressivement de sa dépendance aux ~400 TWh de gaz américain utilisés chaque année pour le chauffage et la production d’eau chaude sanitaire de ses bâtiments. Faire évoluer notre approvisionnement sans pour autant manquer d’énergie est possible. Cette transformation ne soulèverait pas de difficultés techniques majeures.

Le tout est d’enclencher une dynamique : cap politique clair, prévisible et constant dans les incitations et le cadre réglementaire mis en œuvre, soutenus par une fiscalité cohérente.

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[1]Gaz importé des Etats-Unis en 2025 : 27%. Source : https://ieefa.org/resources/eu-risks-new-energy-dependence-us-could-supply-80-its-lng-imports-2030

Gaz dans la production de chaleur : 45%. Source : estimation de l’auteur basée sur https://www.odyssee-mure.eu/publications/efficiency-by-sector/

Énergie totale pour la production de chaleur : 3 400 TWh. Source : estimation de l’auteur basée sur Euroheat & Power & Eurostat.

Soit en estimation du gaz US pour la chaleur : 27%*45%*3 400 TWh ≈ 400 TWh.

[2] En portant une attention particulière à la résilience de l’approvisionnement - promis à des conflits d’usages

[3] https://www.carbone4.com/smr-decarbonation-europe

Les tribunes sont un espace de libre expression des abonnés ou invités d'Actu-Environnement.

Leurs contenus n'engagent pas la rédaction d'Actu-Environnement.

2 Commentaires

Albatros

Le 17/02/2026 à 11h28

Cher Carbone 4, la désindustrialisation est parmi les premières causes de la baisse de consommation de gaz.

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Paco55

Le 18/02/2026 à 12h10

Mettre en oeuvre de nouveaux systemes de production de chaleur est une trés mauvaise idée quand la planete ne sait plus qu'en faire. Par contre, les systemes de captation sont à privilegier, en particulier la géothermie mais pas que. Les zones à fort potentiel sur l'ensemble du territoire national et européen sont nombreuses; pour exemple la poche magmatique dans le massif central n'est située qu'à quelques centaines de metres sous terre.

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