
Agrivoltaïsme : produire de l’énergie sans renoncer à la terre
L’agrivoltaïsme peut conjuguer production agricole et énergie décarbonée locale. Pour Thierry Vergnaud (France Agrivoltaïsme), la filière doit se développer dans un cadre clair et crédible, au service des agriculteurs et de la souveraineté énergétique.
La transition énergétique ne se fera pas contre l’agriculture, mais avec elle. L’agrivoltaïsme en est la démonstration : il permet de produire une énergie renouvelable locale tout en préservant l’activité agricole, sur un même foncier. Cette double fonction répond à deux enjeux majeurs : la souveraineté alimentaire et la souveraineté énergétique.
Dans un contexte de changement climatique marqué par la sécheresse et les extrêmes thermiques, les installations agrivoltaïques peuvent protéger les cultures, limiter l’évaporation et maintenir la productivité. Elles contribuent aussi à stabiliser les revenus agricoles en diversifiant les sources de valeur sur les exploitations. L’énergie produite sur site est consommée localement : une logique d’économie circulaire qui renforce les territoires ruraux et limite la dépendance aux importations d’énergie fossile.
Les conditions de réussite : cadre réglementaire, visibilité et volumes
Comme toute jeune filière industrielle, l’agrivoltaïsme a besoin de visibilité et de stabilité. Les porteurs de projets, les agriculteurs et les investisseurs ont besoin de savoir où va le pays.
C’est pourquoi la future programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) sera déterminante : elle doit fixer une trajectoire claire pour les énergies renouvelables, incluant l’agrivoltaïsme comme composante à part entière.
Aujourd’hui, les volumes sont encore trop modestes. Si la France veut bâtir une filière agrivoltaïque pérenne, elle doit passer d’une logique expérimentale à une logique industrielle, avec des projets de taille suffisante pour mutualiser les coûts et garantir un prix de l’électricité compétitif.
Ce que la filière demande n’est pas davantage de subventions, mais une visibilité sur le long terme : des règles claires, des volumes lisibles et un cadre de développement cohérent avec les enjeux agricoles. L’énergie doit rester un complément à la production, non un substitut.
Une filière crédible grâce aux retours d’expérience
Après des années de débats théoriques, les premiers projets voient le jour. Dans l’élevage ovin, la viticulture ou l’arboriculture, les retours de terrain confirment le potentiel agronomique de la technologie : ombrage protecteur, réduction du stress hydrique, maintien de la production et du couvert végétal.
Ces résultats sont précieux : ils donneront à la filière la crédibilité scientifique et technique dont elle a besoin. Mais ils exigent aussi une vigilance absolue sur les premiers projets.
Les installations à venir doivent être exemplaires, conformes à la loi APER, et clairement orientées vers le service de l’agriculture. Les contre-exemples ou les projets mal conçus feraient un tort durable à l’image de tout le secteur.
Chaque projet doit donc être évalué sur ses bénéfices agricoles : amélioration des rendements, adaptation au climat, maintien de la valeur foncière et insertion paysagère.
Produire localement, au service du monde agricole
L’agrivoltaïsme n’est pas un gadget énergétique : c’est un outil de résilience territoriale.
En associant production agricole et énergétique, il contribue à un véritable pacte rural. Les sociétés de projet sont souvent locales ; elles génèrent des retombées économiques et fiscales directes pour les communes. Les agriculteurs, eux, deviennent acteurs de la transition énergétique et non spectateurs.
Cette production d’énergie décarbonée, adossée à des filières agricoles solides, participe à la réindustrialisation verte des territoires : elle mobilise des savoir-faire, crée des emplois non délocalisables et valorise le patrimoine agricole. Elle replace enfin les zones rurales au cœur du projet énergétique national.
Article publié dans le cadre de l'entretien de préparation du 15e Colloque France Renouvelables avec David Ascher, directeur de publication d'Actu-Environnement et animateur de l'événement. Texte rédigé avec le concours de l'IA.
Article proposé par :
Thierry Vergnaud
Co-président de France Agrivoltaïsme
Les tribunes sont un espace de libre expression des abonnés ou invités d'Actu-Environnement.
Leurs contenus n'engagent pas la rédaction d'Actu-Environnement.
Crédits photos : AdobeStock ID 425747154 AdobeStock ID 1453990579 AdobeStock ID 1645650078
Solutions & Innovations
Commentez ou posez une question à Thierry Vergnaud
- titulaires d'un abonnement (Abonnez-vous)
- inscrits à la newsletter (Inscrivez-vous)
2 Commentaires
Ouragan
Le 30/10/2025 à 12h51
Chez nous notre projet d'agrivoltaisme a été bloqué net, parce que les lignes électriques sont saturées et ne peuvent rien absorber de plus!
Signaler un contenu inappropriéDonc aucune possibilité dans notre région
SAGITTE
Le 26/12/2025 à 15h24
Cet article me semble très théorique et éloigné des réalités du terrain. En effet, si les projets vantent toujours l’intérêt de la double activité agricole et photovoltaïque sur le même foncier, c’est en réalité dans le seul but d’obtenir un permis de construire. Une fois le permis obtenu, il n’y a aucun contrôle, l’activité photovoltaïque voit rapidement le jour mais l’activité agricole disparait totalement. Dans ma région, j’ai vu de très nombreux projets agrivoltaïques sans aucune activité agricole dessous. Le revenu photovoltaïque est tellement disproportionné au revenu agricole (environ 5000€ net l’hectare contre 200 à 300€ net pour une activité agricole une fois tous les frais payés ou prix de la location des terres agricoles) qu’il suffit largement à rémunérer le propriétaire foncier qui n’a plus aucune envie d’y faire de l’agriculture. Les cultures nécessitent toutes de la lumière qui est captée par les panneaux et est insuffisante au dessous. J’ai vu en réalité un seul projet en fonctionnement, il s’agissait d’une vigne expérimentale de 2000 m² pour laquelle les panneaux pouvaient bouger afin de faire de l’ombre par temps de canicule ou pour protéger de la grêle et s’escamoter le reste du temps pour que la vigne pousse. Les serres photovoltaïques et autres projet de cultures sous panneaux restent désespérément vides.
Signaler un contenu inapproprié