
La petite hydroélectricité : une énergie d'avenir pour des territoires durables et résilients
A l’heure où la transition énergétique devient un impératif stratégique pour les territoires, la petite hydroélectricité s’impose comme une solution de proximité, éprouvée, durable et pleinement mobilisable.
Une énergie locale, renouvelable et pilotable
Énergie produite à partir de la force de l’eau, l’hydroélectricité repose sur un gisement naturel réparti sur tout le territoire français : elle désigne les installations construites le long des rivières ou des canaux, intégrées dans le patrimoine hydraulique existant (barrages, anciens sites meuniers, etc.) avec un impact environnemental maîtrisé et réversible. Ces installations, qu’elles soient publiques ou privées, fonctionnent en circuit court : elles produisent sur place, injectent localement et participent à l’autonomie énergétique des collectivités. Dans la Drôme, à Mirmande, un ancien moulin du XVIIIe siècle a été réhabilité par un opérateur local en lien avec la commune. Ce projet a permis de préserver un élément du patrimoine bâti, tout en produisant de l’électricité renouvelable pour plus de 150 foyers. Le site est ouvert aux visites scolaires et valorise la transition énergétique à l’échelle du village.
Une filière mature et prête à se développer
Environ 2 700 installations de production d’hydroélectricité sont en activité en France, dont 2 300 dites productrices de « petite hydroélectricité », soit d’une puissance inférieure à 10 MW. La petite hydroélectricité permet de produire l’équivalent de la consommation électrique résidentielle d’environ 6 millions d’habitants. Le potentiel de développement de la petite hydroélectricité se situe à la fois dans la création de nouvelles installations et dans la modernisation d’ouvrages existants. Plus de 2,8 GW supplémentaires sont prévus pour être développés dans les dix prochaines années, pour atteindre au global 29 GW de capacités hydroélectriques, toutes puissances et configurations confondues. Ces projets sont sobres en artificialisation, s’insèrent dans des démarches territoriales concertées et permettent souvent de valoriser des patrimoines hydrauliques délaissés. Ce développement s’inscrit pleinement dans les objectifs européens de la directive RED III, dans la planification écologique nationale et dans les grandes orientations de la prochaine Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), qui reconnaissent le rôle stratégique de l’hydroélectricité pour la souveraineté énergétique et la flexibilité du système électrique.
Une énergie qui irrigue les territoires
La petite hydroélectricité est avant tout une énergie de territoire, au service du développement local. Elle génère de l’activité non délocalisable dans les vallées et zones rurales : emplois directs et indirects (études, travaux, maintenance), fiscalité locale, recettes pour les collectivités propriétaires d’ouvrages, retombées économiques pour les entreprises locales. La filière emploie environ 10 000 personnes en France, dans une diversité de métiers non délocalisables (génie civil, BTP, électricité, mécanique, etc.) Elle contribue également à la résilience des territoires face aux enjeux climatiques : en lien avec la gestion des ouvrages hydrauliques, elle peut accompagner des usages multiples (irrigation, eau potable, biodiversité, tourisme fluvial) dans une logique de cohabitation et de gestion partagée de l’eau. De nombreux exploitants sont déjà engagés dans des démarches de concertation et d’innovation, associant collectivités, riverains et acteurs de l’eau. Alors que les communes et intercommunalités élaborent leurs projets de territoire pour 2030 et au-delà, la petite hydroélectricité mérite d’être pleinement intégrée dans les stratégies locales de transition énergétique : PCAET, projets de territoire à énergie positive (Tepos), boucles locales, ou encore démarches d’adaptation au changement climatique. Dans la vallée de la Truyère, une petite commune a créé une régie municipale pour exploiter une installation hydroélectrique. Le projet a été cofinancé via une levée de fonds citoyens permettant aux habitants de devenir coproducteurs de leur énergie. Une partie de l’électricité est utilisée en autoconsommation pour les bâtiments publics.
Une énergie à (re)découvrir
Longtemps restée discrète, la petite hydroélectricité retrouve aujourd’hui une visibilité nouvelle. Elle conjugue les atouts d’une énergie ancienne et les réponses aux exigences de demain. Pour les élus locaux, elle représente une opportunité concrète de contribuer à la transition énergétique tout en renforçant l’ancrage territorial de l’action publique. Cette filière stratégique nécessite le soutien et l’accompagnement des élus en l’inscrivant dans les projets de territoire, en facilitant les démarches d’instruction longues et complexes, et en valorisant les initiatives locales.
Mini-Step : une innovation au service de la flexibilité locale
Parmi les innovations en cours dans la filière hydroélectrique, les ministations de transfert d’énergie par pompage (Step) ouvrent de nouvelles perspectives. À l’échelle locale, ces installations reproduisent le principe des grandes Step : pomper l’eau vers un bassin supérieur en période de faible demande, puis utiliser cette eau pour produire de l’électricité lors des pics de consommation. Au-delà de leur fonction de stockage d’électricité, les mini-Step rendent des services essentiels au réseau, grâce à leur capacité de flexibilité rapide et à la gestion fine des appels de puissance. Elles sont particulièrement adaptées aux territoires ruraux ou insulaires, où elles peuvent renforcer la résilience énergétique. Leur acceptabilité sociale élevée, leur faible emprise foncière et leur intérêt pour les opérateurs de réseau en font un modèle technique prometteur, à soutenir activement pour déployer rapidement les flexibilités dont notre système électrique a cruellement besoin.
Article proposé par :
Xavier Casiot
Président de France Hydro Électricité
Les tribunes sont un espace de libre expression des abonnés ou invités d'Actu-Environnement.
Leurs contenus n'engagent pas la rédaction d'Actu-Environnement.
Crédits photos : Unclesam
Solutions & Innovations
Commentez ou posez une question à Xavier Casiot
- titulaires d'un abonnement (Abonnez-vous)
- inscrits à la newsletter (Inscrivez-vous)
L'emploi en Energie
Chargé d'études performance énergétique GTB/CVC H/F
Île-de-France
Chargé d'affaires électricité - photovoltaïque H/F
Centre-Val-de-Loire
Alternance - Ingénieur études techniques H/F
Pays de la Loire
Formations en Energie
Bois énergie et biomasse : le contexte, les enjeux et les technologies
par AFNOR Compétences
Bâtiment : Diagnostic de performance énergétique (DPE) avec mention
par AFNOR Compétences
Mise en route et réception des installations électriques et des systèmes automatisés
par OiEau
4 Commentaires
Petite bête
Le 08/12/2025 à 11h53
Il est normal qu’un chevalier d’industrie prêche pour sa paroisse, mais cela n’autorise pas à mentir par omission. Car le diable est toujours dans les détails, et il faut bien intégrer le fait que tout progrès technique n’est pas neutre pour le vivant. Les études historiques ont montré que dès le début des moulins au Moyen-Âge des espèces ont disparu de nos cours d’eau et d’autres ont régressé. C’était le prix à payer pour avoir de la farine moins chère, et il en était de même pour l’huile et d’autres productions. Mais le fonctionnement des moulins était régi par des règles et des lois. D’autre part les moulins ne fonctionnaient ni toute la journée, le mois ou l’année, et une relative libre-circulation des espèces et des sédiments était assurée bien que souvent ralentie. L’abondance était telle que cela n’apparaissait pas vraiment. Et maintenant on voudrait nous faire croire que remplacer une roue de moulin par une turbine, qui barre le cours d’eau et tourne en permanence, ce serait la même chose ? On voudrait nous faire croire que les anciens moulins, qui ne « moulinent » plus et sont en quasi-totalité devenus des résidences, seraient en danger si on n’équipe pas leur seuil d’une turbine ? On voudrait nous faire croire qu’il existerait des turbines « ichtyophiles » alors qu’elles ne concernent, et encore, que les petits poissons ?
Signaler un contenu inappropriéPetite bête
Le 08/12/2025 à 11h58
Suite et fin :
Signaler un contenu inappropriéEt en période de réchauffement climatique il faudrait encore et toujours ralentir les cours d’eau, comme si les débits actuels étaient ceux d’autrefois ? La plupart des espèces piscicoles, et pas seulement les poissons, sont en danger de disparition. Et voilà qu’on nous propose d’enchaîner encore les cours d’eau pour une production aussi ridicule – si on la compare au solaire ou à l’éolien – que fortement subventionnée. Et tout cela au nom du patrimoine ? Alors dans ce cas rétablissez la roue du moulin, et faites fonctionner un alternateur à l’emplacement des anciennes meules, et dans le respect des lois anciennes et ‘’patrimoniales’’ dont vous vous réclamez. « L’hypocrisie est un hommage que le vice rend à la vertu », disait Montesquieu.
France Hydro Electricité, ce n’est pas EDF, mais un groupement de producteurs de petite hydroélectricité. Comme le proposait une revue de placements financiers : « Faites turbiner votre argent »
Petite bête
Le 08/12/2025 à 13h33
Oups ! un lapsus de ma part! Concernant le barrage de Descartes sur la Creuse, le productible espéré par les pétitionnaires, qui se sont tous rétractés après l'accident dont le gestionnaire (celui qui avait emporté le marché) était responsable, ce productible était de 1MW et non de 1kW !
Signaler un contenu inappropriéPour comparer et même si la puissance installée, ce n'est pas le productible réel, une éolienne moyenne, c'est 4,5 MW.
Noel
Le 11/12/2025 à 10h34
bonjour
Signaler un contenu inappropriéL'article de X CASIOT dédié aux avantages de la "petite hydro-electricité" est un véritable plaidoyer pour ce type d'energie...Je ne comprends pas qu'une voix "contradictoire" ne soit proposée dans votre article. Je le dis d'autant plus facilement que j'apprécie beaucoup votre site et les informations délivrées (même si je ne dispose pas malheureusement de l'abonnement...). De nombreux spécialistes sont d'accords pour rappeler que toute ouvrage sur l'eau (quel que soit sa taille)pose de nombreux problèmes pour la faune , la biodiversité... Les ouvrages bloque la circulation des sédiments, favorise le réchauffement de l'eau sans parler bien sûr des obstacles à la circulation des poissons (les "passes" à poissons quand il y en a...sont loin d'être très efficaces. Pour l'Alose par exemple, qui est devenue très rare, un obstacle de 50cm est infranchissable).Promouvoir ce type d'Energie est plutôt un non sens car on sait que tous les voulumes d'eau sont en baisse dans les rivières et qu'ils vont vraisemblablement encore diminuer compte tenu de l'évolution climatique... Bref, la contradiction aurait été la bienvenue!
cordialement