Parcours singulier que celui de Ludovic Franceschet. Enfant, planqué derrière le cyprès du cabanon de la maison familiale, Ludovic rêvait. Son rêve avait la forme « d'un monstre vert fascinant où s'entassaient nos déchets », se souvient-il. « Une fois le camion-poubelle passé, toutes nos immondices évacuées, j'étais tellement content, que je me disais : c'est ça que je veux faire ! », affirme-t-il avec le franc-parler qui le caractérise. Mais avant d'en arriver là, le chemin aura été sinueux, voire semé d'embûches. Collégien médiocre car peu intéressé, Ludovic quitte les bancs de l'école dès la fin de la troisième. Il a 17 ans et fait alors son service militaire durant un peu moins de deux ans… Puis se retrouve à la rue. « J'ai été SDF durant une dizaine d'années. Puis j'ai eu la chance de faire de belles rencontres qui m'ont remis en selle », affirme-t-il. Il gère alors de 2007 à 2008 des bureaux de tabac, puis s'envole pour le continent américain où il exercera notamment le métier de bûcheron. Après deux années outre-Atlantique, retour en France. « Je suis alors devenu agent hospitalier, à l'hôpital Georges Pompidou, puis au terme de mon contrat, j'ai travaillé dans un foyer d'aide médicalisée à deux heures de chez moi, soit 4 heures de route quotidienne durant plus de 4 ans », raconte-t-il. Jusqu'au jour où un voisin l'informe que la ville de Paris recrute. « En quoi ? », demande-t-il. « Pour le métier d'éboueur », répond l'autre. Lui : « mais c'est ce que je veux faire depuis toujours ! ». Un CV, une lettre de motivation, un concours réussit avec succès et le voilà recruté. Le rêve devient alors réalité. Nous sommes en 2017.
« Ma motivation première : la propreté de la planète ! »
« Le métier d'agent de propreté, c'est nettoyer, ramasser, collecter, laver les rues… Aucune journée ne se ressemble. Le lundi, par exemple, je peux être derrière un camion-poubelle en train de collecter les bacs. Le mardi, je peux être balayeur. Le mercredi : lancier. Le lancier, c'est celui qui nettoie les rues à l'eau. Le jeudi, je peux être avec l'aspirateur de rues. Le vendredi sur un triporteur. C'est un vélo avec une remorque pour ramasser les déchets… », énumère-t-il. La ville de Paris compte 150 ateliers de spécialité et chacun d'eux regroupe une vingtaine d'agents de propreté. Et si Ludovic a pour spécialité le nettoyage de rues au balai avec un chariot, une pelle et un gros sac, rien ne l'empêche d'effectuer d'autres tâches. « C'est un métier où il faut être adaptable, ponctuel, aimer le travail en équipe, être sociable. Mais aussi être un GPS ambulant, car on ne compte pas les gens qui nous demandent où se trouve telle rue, tel magasin. Raison pour laquelle il faut aussi être souriant. Reste que ma motivation première, me concernant, c'est la propreté de la planète », affirme-t-il avec conviction.
D'éboueur à influenceur, il n'y a qu'un post…
Si Ludovic adore son métier et n'attendait rien de plus que de l'exercer, la vie en a décidé autrement. « En 2020, comme bien souvent, j'étais derrière le camion-poubelle, en mode ripeur, du côté de la gare de Lyon, en plein bouchon... Et des gars nous klaxonnent, nous insultent, alors que nous sommes simplement en train de bosser », se remémore-t-il. Révolté, il demande alors à son coéquipier de prendre des photos de la scène avec cette volonté farouche de changer les mentalités. La séquence est par la suite postée sur TikTok et enregistre 345 000 vues en quelques jours. « Je ne connaissais pas les réseaux sociaux et j'avoue avoir eu peur. J'ai effacé mon compte, puis quelques jours plus tard, chemin faisant, je suis allé voir mon collègue », confie-t-il. Ludovic : « Tu crois que l'on pourrait montrer notre métier sur les réseaux ? ». Son collègue : « Fonce, tu seras le premier influenceur sur la propreté ! ». Et voilà le buzz. Tout le monde commence à le suivre sur TikTok, Instagram, X, Snapchat, LinkedIn… 600 000 personnes mettent leur nez… Dans les déchets. Rien n'arrêtant Ludovic, il parcourt par la suite à pied, en août 2023, Paris-Marseille sur la nationale 7, avec la volonté de ramasser tout ce qui devrait être jeté. « En 55 jours, nous avons récolté 20 000 canettes, 17 000 bouteilles en plastique… », comptabilise-t-il. Un périple durant lequel il fait beaucoup de vidéos, rencontre des élus, répond à des interviews et qui l'amène soudain à être contacté quelques mois plus tard par une collectivité, puis par la ville de Paris. Le cœur de l'échange : porter la flamme olympique. Un "exercice" qu'il réitèrera deux fois avant le lancement des jeux. « Le graal ! », conclut-il. Sacré bonhomme !
Gérald Dudouet



