Emploi-Environnement : Qu'est-ce qui a motivé la création de l'École nouvelle de la Maîtrise de l'énergie (ENOV), récemment ouverte à Paris (75005) ?
Vincent Constant : D'abord ingénieur en efficacité énergétique, puis energy manager, et enfin responsable d'agence dans une entreprise spécialisée en performance énergétique dans les bâtiments, j'ai rapidement constaté qu'il n'était pas facile de recruter des energy managers. La plupart des jeunes ingénieurs sortis d'école n'avaient pas nécessairement, sur ce type de poste, les compétences en adéquation avec les besoins des entreprises. L'énergie est un secteur qui vit au rythme des nouvelles réglementations, des prix de l'énergie, des technologies… Et l'enseignement supérieur peine à s'adapter aux changements et aux compétences opérationnelles nécessaires pour relever les objectifs nationaux. À savoir : 50 % de réduction de la consommation énergétique d'ici 2050, mais aussi la mise en conformité réglementaire relative au décret tertiaire, au décret BACS… À dire vrai, les compétences et le savoir-faire sont généralement détenus par les entreprises. C'est ce constat qui a suscité la création de l'ENOV et de dispositifs de formation conçus, non pas par des pédagogues, mais par des professionnels du monde de l'énergie.
EE : À quels métiers forme le Mastère Transition énergétique et digitale des bâtiments que vous venez d'ouvrir ?
VC : Il rassemble toutes les compétences nécessaires pour prétendre au métier d'energy manager, aussi appelé responsable énergie, ingénieur en efficacité énergétique… Son rôle est d'effectuer des analyses de terrain puis d'exploiter les données pour sécuriser des budgets en planifiant à court et moyen terme des stratégies pour maîtriser la consommation d'énergie. Ce mastère de niveau 7 au RNCP (Répertoire national des certifications professionnelles) peut également conduire au métier de chef de projet smart building. Ce professionnel a pour mission d'établir un diagnostic énergétique et de proposer des solutions digitales (objets connectés, systèmes de pilotage) pour atteindre la sobriété énergétique dans les bâtiments. Une autre fonction envisageable après ce cursus est celle de chargé d'affaires énergie, dont la mission va de la capacité à proposer une offre commerciale, visant à améliorer la consommation d'énergie d'une entreprise, au suivi des travaux jusqu'à leur réalisation finale.
EE : Quelles compétences sont acquises ?
VC : Nous enseignons l'ensemble des compétences identifiées dans le secteur, grâce aux témoignages recueillis auprès de professionnels, et avec le soutien de la Fedene (Fédération des services énergie environnement). À partir de ces échanges, nous avons conçu un programme en alternance de 500 heures, centré sur la maîtrise des différents usages de l'énergie, du digital dans les bâtiments (objets connectés, GTB, comptage), l'évaluation des consommations d'une organisation, d'un parc immobilier ou d'un bâtiment, ainsi que la mise en place d'un plan d'action et la gestion de projets visant à réduire durablement et efficacement ces consommations.
Un autre aspect essentiel de ce mastère repose sur le savoir-être. À travers nos expériences, nous avons constaté que certaines compétences dites « douces », comme la gestion de projet, la capacité à convaincre ou à s'organiser pour conduire le changement, sont incontournables pour exercer ces métiers à impact. C'est pourquoi la formation inclut des modules permettant de développer le leadership, la prise de parole en public, et la gestion de projets, autant de compétences transversales indispensables à l'exercice de ce métier.
EE : À qui s'adresse cette formation ?
VC : Cette formation s'adresse en priorité à des personnes ayant au minimum un niveau Bac +4, bien que nous restions ouverts à des profils, d'un niveau inférieur, forts de compétences en sciences, en commerce, ou ayant un intérêt marqué pour l'énergie. Parmi nos apprenants, nous comptons ceux qui terminent leur parcours académique avec un master 1 ou 2 validé, ainsi que des cadres ou techniciens directement impliqués dans l'exploitation des bâtiments. Il y a aussi des personnes en reconversion professionnelle, qui souhaitent évoluer vers de nouvelles fonctions.
Tous ces participants suivent un parcours alternant trois semaines en entreprise (Engie, Idex, advizeo…) et une semaine à l'école. Pendant leur temps en entreprise, ils travaillent sur des projets de groupe qu'ils présentent ensuite à leur retour à l'établissement.
Nous développons également un ensemble de formations courtes (2 à 5 jours) à destination des professionnels, débutants ou experts, du secteur de l'énergie ou des bâtiments, sous format inter-entreprise ou intra-entreprise. Deux d'entre elles sont déjà accessibles : Les usages énergétiques du bâtiment : comment réaliser un audit énergétique dans les secteurs industriels et tertiaires ; et Energy management : comment utiliser les données pour optimiser les consommations d'énergie.
D'ici 2025, nous proposerons également des formations sur des sujets tels que le décret tertiaire, le décret BACS, les problématiques liées à la gestion technique du bâtiment (GTB), ainsi que des formations plus spécifiques, notamment pour les établissements médico-sociaux ou la production de froid.






