
Et si le vélo nous rendait, in fine, plus heureux ?
Adrien Lelièvre, président de Pi-POP, propose de réfléchir à la place de la mobilité douce dans nos vies. Par ce biais, il nous amène à redéfinir le rapport que nous entretenons avec l’innovation, notre environnement, jusqu’à la notion de bonheur.
Dans un monde où les urgences climatiques et une surconsommation effrénée questionnent le modèle traditionnel de croissance, la question du mode de vie durable intéresse de plus en plus les Français. Parmi les initiatives phares, la réinvention du vélo comme symbole de liberté et d'autonomie offre une opportunité concrète de transformer notre rapport à la consommation et au bonheur… tout en réduisant notre empreinte carbone.
L’innovation durable pas toujours durable
En France, plus de 900 000 vélos à assistance électrique (VAE) ont été vendus en 2022[1], un chiffre qui démontre l’engouement pour cette solution perçue comme innovante et durable. Or, la durée de vie des batteries est courte, seulement trois à cinq ans, ce qui augmente l'obsolescence de ces systèmes. De plus, les consommateurs ignorent souvent que chaque batterie de ces vélos à assistance électrique utilise souvent plus d’un kilo de lithium, de cobalt et de nickel ; des matières dont l'extraction est liée à des impacts environnementaux majeurs, tant au niveau des émissions de CO2, que des effets sur les écosystèmes, sans mentionner les enjeux éthiques[2]. Heureusement, en parallèle, des alternatives innovantes sans batterie émergent, basées sur des mécanismes de stockage et de restitution d’énergie passive, une technologie dans laquelle la France est aujourd’hui leader.
Changer notre définition du progrès
L'accumulation d'objets et la sur-mobilité nous éloignent parfois du bonheur, qui repose avant tout sur la qualité de vie, la santé et le lien social. Les études sont unanimes : l’activité physique régulière améliore l’humeur, réduit les niveaux de stress et diminue les risques de dépression de 30 à 40 %[3]. À ce titre, faire du vélo au quotidien, même sur de courts trajets, contribue à cette dynamique positive. Un exemple emblématique est celui de la ville de Copenhague, où plus de 40 % des habitants utilisent le vélo pour se rendre au travail[4]. Ce choix collectif s'accompagne d'une amélioration du bien-être général de la population.
L’importance vitale de se responsabiliser face aux enjeux climatiques
Un Français émettant en moyenne 10 tonnes de CO2 par an. Les experts estiment qu'il faudrait limiter ce chiffre à 2 tonnes de CO2 par an pour réussir à atteindre la neutralité carbone et à limiter le réchauffement de la planète. Avec le simulateur de l’Ademe, chacun peut évaluer l’empreinte carbone liée à l’ensemble de sa consommation et de ses usages, ce qui permet non seulement de se situer, mais aussi de visualiser ses progrès. En France, selon l’Ademe, les déplacements à vélo émettent en moyenne seulement 21 g de CO2 par kilomètre, contre 271 g pour une voiture thermique[5]. En limitant l’usage de la voiture thermique et en adoptant le vélo pour les déplacements courts, il est donc déjà possible de diviser par 10 son empreinte carbone sur le volet transport.
Gagner du temps, les limites d’un système de pensée à bout de de souffle
Historiquement, le vélo s’est imposé comme un outil d’émancipation et de mobilité accessible. Des innovations majeures, comme le dérailleur ou la roue libre, ont amélioré son efficacité tout en conservant son caractère sobre. Contrairement aux évolutions technologiques complexes, ces innovations avaient un objectif clair : renforcer l’autonomie sans recourir à une source d’énergie externe. Aujourd'hui, ce modèle est plus que jamais d'actualité face aux limites planétaires. Le vélo est le symbole parfait de notre tentative d’emprunter un chemin alternatif, de réhabiliter la proximité dans nos interactions.
Devenir acteur de son environnement
Une étude menée à Portland a montré que les cyclistes dépensent en moyenne 24 % de plus dans les commerces de proximité que les automobilistes, parce que leurs visites sont plus fréquentes[6]. Ces chiffres illustrent l’importance du vélo dans la redynamisation des centres-villes, la réappropriation de l’espace public et celle de notre santé physique et psychique. Des initiatives de covoiturage cycliste et des ateliers collaboratifs de réparation de vélos se multiplient dans les grandes villes. Ces espaces participatifs permettent de recréer un tissu social autour de valeurs telles que l’entraide et le partage. En valorisant l’usage et la réparation plutôt que l’achat compulsif, ces initiatives prouvent qu’il est possible de réduire notre empreinte carbone tout en renforçant le lien social.
Vers une sobriété désirable
L'une des révolutions à opérer est celle de la représentation même de la sobriété. Plutôt que de la percevoir comme une privation, il est nécessaire de la repositionner comme une opportunité de reconquérir du temps, de l'autonomie et une santé durable. En recentrant les pratiques quotidiennes autour de plaisirs simples, tels que se déplacer à vélo pour admirer un lever de soleil ou s'arrêter discuter avec un voisin, il est possible d'infléchir positivement nos modes de vie. Il est urgent de rompre avec l'idée que la réussite et le bonheur se mesure uniquement à l’aune de la croissance économique ou de l’innovation à tout prix. À la place, la résilience et le bien-être devraient devenir des objectifs prioritaires. Le vélo, en tant qu'objet accessible et symbole de liberté, peut jouer un rôle majeur dans cette transition.
En adoptant cette vision, nous pouvons inspirer des choix qui participent à la fois à la lutte contre le changement climatique et à l’amélioration de notre qualité de vie. Le vélo ne serait alors plus simplement un moyen de transport, mais une véritable pierre angulaire pour un mode de vie plus heureux, plus humain et plus durable.
Adrien Lelièvre,
Président directeur général et fondateur de Pi-POP
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[1] Union Sport et Cycle (Statistiques VAE) : ici.
[2] Engie, Quelle est la composition de la batterie d’une voiture électrique ?, 07/11/2024 : ici.
[3] Rapport OMS sur l'activité physique et la santé mentale : ici.
[4] Étude sur les impacts du vélo à Copenhague : ici.
[5] Mobilité douce : ici (site Agir pour la transition) et ici (site de l’Ademe)
[6] Statistiques sur les dépenses locales à Portland : voir le site de la ville de Portland.
Article proposé par :
Adrien Lelièvre
Président directeur général et fondateur de Pi-POP
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