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AccueilAlexandre COSQUERÉlectrification : ralentir les renouvelables serait une erreur pour la compétitivité et la souveraineté

Électrification : ralentir les renouvelables serait une erreur pour la compétitivité et la souveraineté

Ralentir le développement des EnR serait une erreur : pour Alexandre Cosquer (ENGIE), garantir une offre d’électricité renouvelable disponible et abordable est une assurance pour attirer la demande et un signal que le cap de la décarbonation est tenu.

Publié le 19/11/2025

La France est engagée dans la décarbonation de son économie, mais le rythme de l’électrification tel qu’envisagé il y a 2 ans reste décevant. Les ventes de véhicules électriques, le déploiement des pompes à chaleur et l’électrification des procédés industriels progressent lentement. Enfin, et contrairement aux Etats-Unis, la demande liée aux activités numériques et aux centres de données tarde à décoller.

Résultat : la demande d’électricité progresse timidement, alors même que le succès de la transition énergétique en dépend directement.

Face à ce décalage conjoncturel, où la production renouvelable augmente et la consommation tarde à suivre, certains y voient une raison de ralentir le développement des énergies renouvelables. C’est une tentation intuitive sur le plan budgétaire, mais dangereuse sur le plan industriel et stratégique. Elle est également erronée sur le plan opérationnel, les décisions prises aujourd’hui produiront leurs effets sous 3 à 5 ans, les renouvelables étant des activités du temps long. Structurellement, si l’on veut dynamiser la demande d’électricité, il faut une offre abondante. Et cette électricité doit être décarbonée, abordable et disponible à la demande. Une offre insuffisante serait le pire des freins à l’électrification.

Ralentir les renouvelables : une mauvaise idée

L’histoire énergétique récente l’a montré : les politiques de «stop-and-go» sont dévastatrices.
À chaque pause, la filière se désorganise : la confiance s’érode, les investissements s’arrêtent, les chaînes d’approvisionnement se dispersent, les compétences disparaissent, les capitaux sont redéployés dans d’autres pays. Alors même que les acteurs français ont construit une filière de qualité avec des gains de productivité impressionnants réalisés en 10 ans. La relance ultérieure coûtera plus cher que la continuité.

Un ralentissement du développement des énergies renouvelables (EnR) fragiliserait la confiance des investisseurs et détruirait un écosystème industriel déjà difficile à stabiliser. Ce serait aussi une erreur macroéconomique : dans un marché libéralisé, la rareté de l’électricité renchérit mécaniquement les prix. À l’inverse, un système où l’offre est disponible est plus résilient, plus compétitif et plus attractif pour les industriels électro-intensifs.

L’énergie doit redevenir un avantage comparatif, pas un risque de compétitivité. Mettre en pause la production renouvelable reviendrait à perdre du temps, de la confiance et du capital industriel - trois choses que la France ne peut plus se permettre.

Concilier rigueur budgétaire et continuité du développement

Personne ne conteste la nécessité de maîtriser la dépense publique. Mais le développement des EnR ne doit pas seulement être assimilé à un coût : c’est un investissement stratégique et une couverture assurantielle en cas d’envolée des prix. Chaque mégawatt renouvelable installé réduit la dépendance aux énergies fossiles importées, renforce notre souveraineté énergétique, stabilise les prix de long terme, et contribue au budget de l’Etat quand le prix de marché est haut comme ce fut le cas pendant la crise de l’énergie entre 2021 et 2023. C’est également un levier puissant pour l’économie française et les territoires. Dans un système où le rythme de développement dans l’éolien terrestre et le solaire est maintenu, 1 € de soutien de l’Etat[1] génère 6 € de retombées économiques, par des achats d’équipements, des travaux de construction, de la fiscalité, des loyers, des prestations d’exploitation et de maintenance...

Cela ne signifie pas qu’il faille ignorer le contexte budgétaire. Il faut désormais construire un modèle plus frugal : activer tous les leviers de compétitivité, poursuivre les appels d’offres pour stimuler la concurrence, tout en veillant à l’efficience économique, notamment grâce à la combinaison des énergies renouvelables, du stockage et de nouvelles formes de flexibilité, tant de la production que de la consommation. Le déplacement des heures creuses et les nouvelles offres de fournisseurs, comme les Happy Heures Vertes d’ENGIE, sont la preuve que l’on peut adapter notre manière de consommer aux nouveaux modes de production.

Le soutien de l’État doit se concevoir non pas comme une subvention permanente, mais comme un levier de transition vers une compétitivité accrue et un soutien affirmé à l’électrification des usages. L’enjeu sur la production renouvelable n’est donc pas de ralentir, mais d’optimiser : faire mieux, plus intelligemment, sans casser la dynamique. Par contre, il est urgent d’inverser la dynamique sur l’électrification, et de rassurer sur la trajectoire poursuivie pour stimuler le changement d’usage.

Lier production, consommation et souveraineté industrielle

Au-delà des chiffres, l’enjeu est politique. Produire plus d’électricité bas carbone, c’est soutenir la réindustrialisation de la France : usines de batteries, sites d’électrolyse, data centers, mobilité électrique. Ces secteurs ne s’implanteront durablement que si l’énergie qu’ils consomment est abondante, compétitive et décarbonée.

Les renouvelables, en s’appuyant sur une chaîne de valeur européenne, participent directement à la souveraineté énergétique du continent. Elles limitent la dépendance aux combustibles importés, tout en ancrant la valeur sur les territoires. Pour cela, il faut de la visibilité : les investisseurs – publics comme privés – ont besoin de trajectoires stables, de cadres réglementaires lisibles et d’un cap de long terme.

La crédibilité de la France sur le plan énergétique se joue donc maintenant : dans sa capacité à maintenir une politique cohérente et continue, loin des oscillations politiques.

[1] Hypothèse d’un prix de marché de 40 €/MWh


Article publié dans le cadre de l'entretien de préparation du 15e Colloque France Renouvelables avec David Ascher, directeur de publication d'Actu-Environnement et animateur de l'événement. Texte rédigé avec le concours de l'IA.

Les tribunes sont un espace de libre expression des abonnés ou invités d'Actu-Environnement.

Leurs contenus n'engagent pas la rédaction d'Actu-Environnement.

Crédits photos : ENGIE

1 Commentaire

Studer

Le 20/11/2025 à 15h06

Ce plaidoyer pour la poursuite "à fond la caisse" de l'installation d'EnR intermittentes n'est pas crédible.
D'abord parce qu'il prend comme argument qu'il faut "booster" l'électrification des usages, ce qui n'est pas contestable : or la consommation reste stable et surtout la France produit 25 % d'électricité de plus qu'elle ne consomme, et qu'elle doit exporter à un prix peu rémunérateur. On a donc largement le temps de voir venir une éventuelle remontée de la consommation et de décider de construire d'autres parcs éoliens ou PV. Et le nouveau nucléaire est attendu à partir de 2038.
L'auteur parle en outre d'énergie "décarbonée, abordable et disponible à la demande" : mais ce n'est en aucun cas de l'énergie solaire ou éolienne ! Car leurs coûts complets sont largement supérieurs à ceux du marché (par ex au moins 150 €/MWh pour les futurs parcs offshore de Normandie alors que le marché stagne autour de 50-60 €). Quant au terme "disponible à la demande", il est évident qu'il en s'applique pas à des énergies qui dépendent de la météo !!!
En réalité, ce lobbying pour les EnR vise à maintenir les subventions publiques à ces énergies, dont le prix d'achat garanti est très supérieur au marché et qui imposent donc à la puissance publique (donc aux contribuables) de payer la différence, pour un produit dont l'urgence est très loin d'être démontrée.
A l'heure où l'élaboration d'un budget à l'équilibre pour la France est mission impossible, augmenter encore l'addition (c'est-à-dire in fine notre dette) n'est tout simplement pas raisonnable.

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