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AccueilClément DecoinRecyclage de textile post consommation : les conditions industrielles d’un passage à l’échelle

Recyclage de textile post consommation : les conditions industrielles d’un passage à l’échelle

Avec l’expérimentation menée par Kiabi et Les Tissages de Charlieu, le recyclage mécanique de fibres textiles naturelles n’apparaît pas tant un enjeu d’innovation qu’un défi d’ingénierie industrielle fait d’arbitrages techniques et économiques.

Publié le 27/04/2026

Le recyclage textile est souvent abordé sous l’angle de l’engagement environnemental. Dans les faits, il relève d’abord d’une question très pragmatique et technique : celle de la capacité à innover, aussi bien dans les méthodes que les technologies, pour incorporer à l’échelle industrielle, des matières recyclées dans des produits neufs en répondant aux exigences du marché.

La collaboration engagée entre les deux entreprises françaises, Kiabi spécialiste de prêt-à-porter et Les Tissages de Charlieu fabricant de tissus Jacquard, illustre précisément cette question : il ne s’agit plus seulement de démontrer qu’il est possible de recycler des textiles dits post-consommation (par opposition aux chutes et rebuts de fabrication dits post-industriel). L’enjeu est de déterminer dans quelles conditions il est possible de réincorporer la matière recyclée de manière reproductible, avec un niveau de qualité et de coût compatible avec une production à grande échelle.

Partir du produit, et non du déchet

Là où de nombreuses initiatives abordent le recyclage à partir du gisement disponible, cette expérimentation soutenue par Refashion, l’éco-organisme agréé pour la filière REP des Textiles d’habillement, Linge de maison et Chaussures (TLC), consiste à partir du produit final. Autrement dit, la question qui est posée ici n’est pas : « que peut-on faire avec cette matière recyclée ? », mais bien : « peut-on produire un article répondant aux standards du marché à partir de matière recyclée ? ».

Cette logique a des implications immédiates. Elle impose de définir en amont les caractéristiques du produit - tenue, résistance, confort, aspect - puis de remonter la chaîne de valeur pour identifier les conditions nécessaires à leur obtention.

Dans le cas des fibres naturelles, le recyclage repose sur des procédés mécaniques (tri et préparation matières par Nouvelles Fibres Textiles, et effilochage par Buisson Recyclage). Ceux-ci consistent à effilocher les textiles pour retrouver une fibre réutilisable. Mais ce processus modifie profondément la structure de la matière. Les fibres obtenues sont plus courtes, moins résistantes et présentent une variabilité importante. Cette transformation impose des ajustements à toutes les étapes de production, notamment lors de la filature et du tissage. En pratique, cela signifie que le recyclé ne peut pas être envisagé comme un simple substitut du vierge. Il constitue une matière spécifique, avec ses propres contraintes.

C’est ici que le recyclage devient un sujet d’ingénierie industrielle : produire un textile recyclé implique de trouver un équilibre entre plusieurs exigences souvent contradictoires : maintenir un niveau de qualité satisfaisant, garantir la faisabilité industrielle et contenir les coûts. Dans ce contexte, les choix ne sont pas guidés par un objectif de maximum, mais d’une logique d’optimum.

Chercher à intégrer une part trop élevée de fibres recyclées peut, par exemple, dégrader la qualité du produit ou complexifier excessivement le processus de production. À l’inverse, rationaliser cette proportion permet de sécuriser les performances et la reproductibilité. Cette approche conduit à des arbitrages assumés : mieux vaut un taux de recyclé plus faible mais maîtrisé, qu’un objectif ambitieux difficilement tenable en production.

Industrialiser, c’est passer à l’échelle

Un autre point clé réside dans la capacité à reproduire les résultats. Un prototype réussi ne suffit pas. L’enjeu est de pouvoir produire de manière constante, avec une qualité stable, sur des volumes significatifs. Or, la variabilité des matières recyclées constitue un défi majeur. Elle impose des contrôles renforcés, des ajustements réguliers et une adaptation des procédés. L’industrialisation du recyclage textile passe donc par le développement d’un vrai savoir-faire des acteurs, mais aussi par une meilleure standardisation des flux et des matières.

Face à ces contraintes, une stratégie se dessine : plutôt que de chercher à maximiser la part de recyclé dans un nombre limité d’articles, l’objectif devient d’introduire des proportions maîtrisées dans un plus grand nombre de produits. Cette approche permet de concilier volume, qualité et faisabilité. Elle offre également une trajectoire plus réaliste pour intégrer le recyclé dans les chaînes de production existantes.

Une transformation plus industrielle que technologique

Ce retour d’expérience de Kiabi et des Tissages de Charlieu met en lumière une réalité souvent sous-estimée : le défi du recyclage textile n’est plus uniquement technologique. Il réside aussi dans la capacité à adapter des outils industriels, à maîtriser les processus et à construire des chaînes de production robustes. C’est dans ce contexte que la marque de « mode à petit prix » s’apprête à commercialiser des jeans, foutas, et autres sacs de plage qui incorporent jusqu’à 20 % de fibres textiles recyclées post-consommation.

Article publié dans le cadre d’un entretien entre Clément Decoin, Directeur de Programme circularité chez Kiabi, Emmanuel Pretet, Responsable bureau d'études Circularité, Les Tissages de Charlieu et David ASCHER, directeur de publication d'Actu-Environnement en préparation du Recycle Summit 2026 organisé par Refashion. Texte rédigé avec le concours de l'IA.

Les tribunes sont un espace de libre expression des abonnés ou invités d'Actu-Environnement.

Leurs contenus n'engagent pas la rédaction d'Actu-Environnement.

Crédits photos : Kiabi

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