
Ingénieurs et entrepreneurs, pouvons-nous être acteurs de l’innovation responsable ?
Fort de son expérience d’ingénieur et d’entrepreneur, Jean-David Guedj part du constat simple que chacun peut prendre la responsabilité professionnelle de « faire sa part », afin de participer à sa mesure à un engagement collectif et responsable.
Défi climatique de plus en plus pressant, ingénieurs d’AgroParisTech en rupture, émergence du groupe des « Capitalistes Anonymes » … Chaque jour, la question de nos responsabilités individuelles et professionnelles se pose plus fortement. Peut-on, en tant qu’ingénieur ou entrepreneur, prétendre jouer un rôle positif dans la transition écologique ? Voici quelques éléments clés, qui peuvent baliser un cheminement pour devenir un acteur de l’innovation responsable.
Prendre conscience de son double impact : professionnel comme personnel
Comme pour beaucoup de chefs d’entreprises, mon engagement part d’abord d’une prise de conscience individuelle. Il y a quelques années, j’ai commencé à réfléchir sérieusement à mon empreinte carbone personnelle et ce processus m’a amené à comprendre que chacune de mes actions, en tant qu’individu, qu’entrepreneur et qu’ingénieur, avaient des répercussions bien au-delà de moi-même.
Progressivement, réduire mon propre impact n’a plus été suffisant : je me suis alors également intéressé à l’empreinte de mon entreprise ainsi qu’à celle de mes collaborateurs.
C’est ainsi que nous avons commencé à évaluer non seulement les émissions générées par nos activités professionnelles, mais aussi celles provenant de la vie quotidienne des équipes. Côté professionnel, c’est un bilan carbone à réaliser avec un organisme indépendant, et côté personnel, nous nous sommes appuyés sur la moyenne nationale (9,2 tonnes de CO2 en 2022[1]) publiée par le gouvernement, pour compléter une étude interne.
Comme chef d’entreprise, je considère qu’être responsable quant aux enjeux d’empreinte carbone, implique de considérer celle-ci dans son ensemble, sur le volet personnel et professionnel. Mais une fois les études et bilans faits, il est nécessaire d’agir.
Agir directement : « faire » et pas seulement « faire faire »
Être un acteur de l’innovation responsable, c’est « vouloir faire », plutôt que « faire faire ». Il est facile pour une entreprise d’acheter des crédits carbones pour compenser son impact, mais cela ne fait que délocaliser une responsabilité… sans répondre à notre envie d’action.
Les exemples du Fonds MAIF Forêt, ou de Sebastio Salgado et de sa plantation à Minas Gerais ont été pour nous des inspirations décisives. Nous avons choisi d’agir directement et avons ainsi lancé un programme propriétaire de plantation d’arbres qui compense l’empreinte carbone de nos équipes et qui contribue aussi à la restauration des écosystèmes : nous en sommes à plus de 14 000 arbres et avons démarré cette année des plantations sur des terrains qui appartiennent au groupe. Faire directement, avec les équipes, permet également de saisir la valeur de l’effort à accomplir pour compenser. C’est aussi pour un ingénieur comprendre qu’il y a, derrière un projet qui peut paraître simple comme planter des arbres, des complexités à résoudre et des leviers d’optimisation.
Faire directement, agir concrètement sur l’empreinte, comme ingénieurs, c’est aussi choisir d’exercer sur des projets à impact. C’est précisément dans les secteurs industriels que nous pouvons agir de manière significative.
L’industrie, un terrain d’action pour l’innovation responsable
L’industrie, souvent perçue comme l’un des principaux responsables des émissions de carbone, est paradoxalement le lieu idéal pour agir. En tant qu’ingénieur, j’ai souvent entendu que travailler dans un secteur industriel à forte empreinte carbone était incompatible avec une démarche écologique. Pourtant, c’est précisément là que nous avons la plus grande opportunité d’innover et de faire évoluer les choses.
Les industries lourdes sont confrontées à des défis colossaux en matière de décarbonation, c’est précisément là que les ingénieurs peuvent jouer un rôle crucial. Nous avons les compétences pour repenser les systèmes de production, imaginer des solutions plus économes en énergie et trouver des alternatives aux pratiques polluantes. L’ingénieur responsable doit voir l’industrie non pas comme un frein, mais comme une opportunité unique d’innover et de répondre aux défis de la transition écologique.
Prendre conscience de son empreinte personnelle et professionnelle, faire, et pas seulement « faire faire », s’engager dans des secteurs à impact carbone importants : voilà quelques-unes des clés qui peuvent permettre à des ingénieurs et à des entrepreneurs de s’engager dans une démarche d’acteurs de l’innovation responsable.
Jean-David Guedj
Ingénieur et président d’Awake Group
_________________________________________________________________
[1]Données et études statistiques, pour le changement climatique, l'énergie, l'environnement, le logement, et les transports, sur le site Statistiques.developpement-durable.gouv.fr : ici.
Article proposé par :
Jean-David Guedj
Ingénieur et président d’Awake Group
Les tribunes sont un espace de libre expression des abonnés ou invités d'Actu-Environnement.
Leurs contenus n'engagent pas la rédaction d'Actu-Environnement.
Solutions & Innovations
Commentez ou posez une question à Jean-David Guedj
- titulaires d'un abonnement (Abonnez-vous)
- inscrits à la newsletter (Inscrivez-vous)