
Notre économie doit devenir intelligente dans le domaine de l’eau
L’eau est devenue un sujet d’envergure pour l’Union européenne, qui se veut le fer de lance d’une gestion résiliente de l’eau. La commissaire Jessica Roswall décrit la nouvelle feuille de route : son but, optimiser l’accès à cette ressource précieuse.
En France, 82 % des habitants souhaitent que l’Union européenne prenne davantage de mesures pour résoudre les problèmes liés à l’eau. C’est précisément ce que l’UE fait en présentant sa nouvelle stratégie européenne de résilience pour l’eau.
Pendant de trop longues années, nous avons considéré l’eau comme un bien acquis. Or, nos eaux sont polluées, les inondations ainsi que les sécheresses deviennent la nouvelle normalité, et la demande croissante d’eau pèse sur les ressources hydriques de l’Europe. Le nombre d’Européens touchés par une pénurie d’eau a presque doublé au cours des dix dernières années. L’Europe est soumise à un stress hydrique. Nous devons donc faire en sorte que la demande d’eau ne dépasse pas l’offre.
Notre économie doit devenir intelligente dans le domaine de l’eau et nous devons par conséquent commencer à utiliser l’eau de manière intelligente. Le reste du monde observe l’Union européenne pour s’en inspirer et trouver des solutions, car le stress hydrique constitue un défi d’ampleur mondiale. C’est pourquoi l’UE propose une stratégie globale de résilience pour l’eau. Cette stratégie expose la manière dont l’Europe peut devenir intelligente dans le domaine de l’eau, au bénéfice de nos citoyens, de nos entreprises, de notre compétitivité et de nos écosystèmes. Elle repose sur le principe consistant à donner la « priorité à l’utilisation rationnelle de l’eau », qui implique de réduire la demande avant d’augmenter l’offre. Nous aiderons les pays à agir à tous les niveaux et dans tous les secteurs pour économiser l’eau avant de puiser dans davantage de ressources. L’eau est gérée à de nombreux niveaux ; les municipalités et les régions sont souvent les mieux placées pour agir.
Un plan innovant
Le plan proposé s’appuie sur une multitude d’actes législatifs qui existent déjà dans le domaine de l’eau et sur un secteur de l’eau de premier plan au niveau mondial. Mais nous devons aller plus loin. Premièrement, nous devons restaurer et protéger le cycle de l’eau, qui ne fonctionne plus correctement. Comment ? En veillant à ce que nos écosystèmes soient sains, afin qu’ils stockent et purifient naturellement l’eau. En réduisant la pollution, mais aussi en éliminant la pollution déjà présente dans nos eaux. Deuxièmement, nous devons favoriser une économie européenne circulaire, compétitive et intelligente dans le domaine de l’eau. L’Europe abrite de nombreuses entreprises innovantes dans le domaine des technologies de l’eau, qui détiennent 40 % des brevets relatifs à ces technologies, mais il faut encore libérer le potentiel de création d’entreprises et d’emplois supplémentaires dans les industries liées à l’eau. Nous devons renforcer et exploiter ce potentiel sur notre territoire et sur les marchés mondiaux. Troisièmement, nous devons garantir à tout un chacun une eau propre et abordable et un système d’assainissement efficace. Nous avons tous besoin d’eau propre pour nous développer correctement : citoyens, entreprises, industries, agriculteurs.
Les objectifs en la matière sont liés les uns aux autres. Des écosystèmes sains préservent notre cycle de l’eau, qui alimente notre économie, tout en nous protégeant des effets du changement climatique. Un secteur de l’eau fort, qui accorde la priorité à l’utilisation rationnelle de l’eau, à la circularité et à l’innovation, est plus compétitif à l’échelle mondiale et contribue à rendre les services liés à l’eau abordables et accessibles. Un système avancé d’assainissement garantit que l’eau usagée est traitée avant de retourner dans la nature, ce qui préserve les écosystèmes mêmes qui soutiennent le cycle de l’eau.
Pour y parvenir, la stratégie de résilience pour l’eau propose une boîte à outils, afin d’aider les États membres à mieux gérer l’eau, tout en mettant l’accent sur la simplification.
Chaque pays se trouve dans une situation différente. Ainsi la France fait face à la fois à des canicules, des feux de forêts d’ampleur et des inondations dévastatrices, qui sont autant de défis pour la préservation de la qualité de l’eau. La France investit massivement dans la préservation des ressources hydriques, dans la mise à jour des infrastructures et dans l’amélioration du traitement des eaux usées. Malgré le financement de l’UE dans le domaine de l’eau, le déficit d’investissement reste important. C’est la raison pour laquelle la stratégie mettra également l’accent sur la mobilisation de nouveaux fonds publics et privés pour moderniser les infrastructures et développer de nouvelles technologies. Le potentiel d’amélioration est énorme, en particulier grâce à la numérisation.
Tous les États membres doivent redoubler d’efforts pour protéger leurs réseaux de distribution d’eau, lutter contre la pollution, gérer le changement climatique et renforcer la gestion des risques d’inondation. Certains doivent en faire davantage pour moderniser leurs infrastructures hydriques. Il convient que les pays concernés donnent la priorité aux secteurs qui consomment le plus d’eau ou dans lesquels il est possible de réaliser les économies les plus importantes.
Les Européens nous ont demandé de protéger et de restaurer nos écosystèmes aquatiques. Grâce à la stratégie de résilience pour l’eau, nous disposons désormais d’un plan pour enclencher ce processus. L’eau est un bien public et elle implique une responsabilité commune. La coopération et le partage équitable des charges entre les utilisateurs de l’eau tout au long du cycle de l’eau sont essentiels, et il convient de les améliorer à l’avenir. Réduire sa consommation d’eau à domicile peut sembler une action trop modeste par rapport à tout ce qu’il y a à faire. Mais chaque geste et chaque goutte comptent. Si nous les conjuguons à des changements structurels concernant la manière dont nous utilisons et valorisons l’eau, dans tous les secteurs et dans tous les pays, nous pouvons faire en sorte que l’offre réponde à la demande pour les années à venir. Nous avons besoin de la contribution de toutes et tous pour remédier aux problèmes que rencontre notre cycle de l’eau, pour stimuler notre économie et pour garantir à tout un chacun une eau propre.
Jessika Roswall,
Commissaire européenne à l’environnement, à la résilience en matière d’eau et à l’économie circulaire compétitive
Article proposé par :
Jessika Roswall
Commissaire européenne
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1 Commentaire
Albatros
Le 04/06/2025 à 10h14
"Le reste du monde observe l'UE". Non mais quelle rigolade !
Signaler un contenu inappropriéJe pense qu'il observe effectivement le suicide de l'UE mené par cette bureaucratie impotente, incapable de produire autre chose que des normes dont le résultat est le plus souvent l'inverse de l'intention annoncée.
Cette petite dame fonctionnaire a-t-elle entendu parler de la notion de subsidiarité ?
L'eau est un sujet en grande majorité local qui doit être géré au niveau de chaque bassin voire sous-bassin hydrique, comme l'a intelligemment défini la loi sur l'eau de 1964 en France, créant les agences de bassins, devenues agences de l'eau.
Nous n'avons besoin de structure supranationale que lorsque les bassins dépassent les frontières inter-étatiques.
Sincères salutations.