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AccueilMaël GouretLe marché de l’hydrogène renouvelable européen peine à passer de la théorie à la pratique.

Le marché de l’hydrogène renouvelable européen peine à passer de la théorie à la pratique.

Dans sa volonté de remplacement des énergies fossiles, l’Europe affiche l’hydrogène comme un levier stratégique de choix. Cependant Maël Gouret, analyste chez Enerdata, nous présente un constat bien plus nuancé sur le terrain.

Publié le 08/10/2024

Depuis plusieurs années déjà, l’Europe tente de définir une place et des ambitions au secteur de l’hydrogène, l’heure est aux premiers constats. 

En 2020, la Commission européenne dévoile sa stratégie pour l’hydrogène, un pilier essentiel de la transition énergétique, visant à atteindre l'objectif ambitieux de 10 millions de tonnes d’hydrogène renouvelable d’ici 2030. Deux ans plus tard, avec le plan REPowerEU, cet objectif double, intégre l'importation de 10 millions de tonnes supplémentaires, avec pour but de réduire la dépendance du vieux continent aux combustibles fossiles (notamment russes) et à accélérer la transition vers une énergie propre. Cependant, un défi crucial s’est imposé dès le départ : comment définir ce que signifie exactement « hydrogène renouvelable » ? La réponse est finalement apparue en février 2023, avec la publication de deux actes délégués, issus de la directive sur les énergies renouvelables II

Ces actes, bien qu'attendus, constituent une étape nécessaire pour cadrer un marché encore balbutiant. Ils définissent précisément les critères permettant de considérer l’hydrogène comme un carburant renouvelable d'origine non biologique (RFNBO). Trois exigences fondamentales y sont énoncées : la corrélation temporelle (l’hydrogène doit être produit lorsque l’électricité renouvelable est disponible), la corrélation géographique (la production doit être liée à une région alimentée par de l’énergie renouvelable), et l’additionnalité (la production ne doit pas cannibaliser les capacités renouvelables existantes).  

Ces critères, bien qu’indispensables pour un cadre réglementaire solide, ne suffisent pourtant pas à résoudre toutes les questions soulevées par le développement du marché de l’hydrogène renouvelable.  

La véritable problématique aujourd’hui réside dans la mise en œuvre pratique de ces principes théoriques, et plus encore, dans l'incertitude quant à l'échelle que ce marché pourra atteindre à l’horizon 2030. Si l’on observe la situation actuelle, sur 150 GW de projets d’électrolyse identifiés dans l’UE, moins de 2 % ont dépassé le stade de la décision finale d’investissement (DFI). 

Un chiffre qui met en lumière les défis que rencontrent les développeurs de projets : coûts élevés, incertitudes technologiques et cadre réglementaire encore en ajustement. La publication des actes délégués est donc un pas important, mais elle révèle aussi des failles dans la gestion actuelle du secteur. Les exemptions pour certaines zones d’appel d’offres, où les critères peuvent être assouplis, soulèvent notamment des questions sur la capacité à garantir un véritable alignement entre ambition écologique et développement industriel. 

Prenons l’exemple de la Suède, leader européen en matière d’hydrogène renouvelable. Ce pays tire parti d’un mix électrique majoritairement renouvelable et de zones d’appel d’offres spécifiques, où les exigences en termes de carbone sont largement satisfaites. Cela permet à des projets ambitieux comme H2 GreenSteel ou Hybrit, deux acteurs majeurs dans la production d'acier bas-carbone, de s’épanouir au travers de contrats de fourniture avec des constructeurs automobiles, stimulant activement la demande de ces produits sidérurgiques bas-carbone. Si le secteur de l'acier est en première ligne, des projets similaires peuvent être observés dans les raffineries et la production d'engrais, les deux plus grands consommateurs d'hydrogène à l'échelle mondiale aujourd'hui. 

Mais cette situation demeure exceptionnelle et pour de nombreux autres États membres de l’Union Européenne, la route vers une production de cette énergie à grande échelle est encore longue et semée d’embûches et les incertitudes persistent. Les projets en cours peinent à trouver des modèles économiques viables et à sécuriser des financements, notamment en raison des coûts encore élevés de l’hydrogène renouvelable. Par exemple, TotalEnergies, malgré son ambition de sécuriser 500 000 tonnes d’hydrogène renouvelable pour ses raffineries, a vu les offres de prix dépasser largement les estimations de 3 à 5 €/kg d’hydrogène. 

Le développement de l’hydrogène renouvelable repose en effet sur un écosystème complexe où les interactions entre producteurs, consommateurs et régulateurs doivent être optimisées.  

Reste que l’Union européenne s’érige en pionnière dans la réglementation de l'hydrogène vert et semble être sur le point de poser des bases solides pour structurer un marché global. Sa définition de l’hydrogène renouvelable pouvant bien devenir un standard de référence à l’échelle mondiale. D’ailleurs, l'influence de cette législation dépasse déjà nos frontières, notamment aux États-Unis, où le Trésor américain s’est inspiré des critères européens pour la mise en place de sa propre réglementation sur l’hydrogène dans le cadre de l’Inflation Reduction Act (IRA, loi américaine sur la réduction de l'inflation). 

L’hydrogène renouvelable est une des technologies incontournables favorisant la transition énergétique en Europe, mais son potentiel reste largement à concrétiser. Si l’ambition est là, la mise en œuvre pratique, elle, reste laborieuse. Il est impératif que les régulations favorisent un développement rapide et réaliste des projets à grande échelle. L'Europe, forte de son avance réglementaire, peut et doit continuer sur cet élan et jouer un rôle de leader mondial dans ce domaine. Mais ce leadership ne prendra forme que si les actes politiques se traduisent en pratiques industrielles et environnementales viables et concrètes.   

 

Maël Gouret,

Analyste de l’énergie chez Enerdata

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Leurs contenus n'engagent pas la rédaction d'Actu-Environnement.

2 Commentaires

Albatros

Le 09/10/2024 à 16h15

Cher Monsieur.
Ce n'est pas le marché qui peine, c'est juste la réalisation d'une offre industriellement pertinente.
Ne met-on pas encore la charrue avant les boeufs au prétexte du "vert" qui couvre toutes les bêtises possibles et imaginables et qui pompe un "pognon de dingue" qui serait bien mieux employé à d'autres fins ?
Non ?

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Albatros

Le 09/10/2024 à 16h22

"L'Europe, forte de son avance réglementaire"
DEFENSE DE RIRE

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