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AccueilOlivier PerotFixons le prix avant les contraintes : pour une électricité réellement compétitive en France

Fixons le prix avant les contraintes : pour une électricité réellement compétitive en France

La France veut réindustrialiser mais ses choix techniques et réglementaires renchérissent le prix de son électricité. Il conviendrait d'inverser la logique : définir un objectif de prix compétitif puis lever les contraintes qui l’empêchent d’être atteint.

Publié le 17/12/2025

La France veut redevenir une nation industrielle, mais elle oublie souvent le premier ingrédient de toute production compétitive : le coût de l’énergie.
L’électricité, en particulier, conditionne la survie de pans entiers de notre économie : métallurgie, chimie, hydrogène, production d’équipements bas-carbone… Pourtant, son prix est devenu imprévisible, souvent élevé, et son évolution alimente un sentiment d’instabilité chez les industriels.

Aujourd’hui, le prix de l’électricité n’est pas le reflet d’un choix politique, mais le résultat  d’un empilement de contraintes réglementaires, environnementales, sociales et politiques. Si nous voulons une réindustrialisation durable, il faut changer de logique : le prix de l’électricité doit devenir un objectif politique, pas une variable d’ajustement.


Sortir du piège des contraintes cumulées

Nous faisons tout pour que l’électricité soit chère. Ce constat peut paraître provocateur, mais il résume une réalité.
L’éolien offshore, par exemple, est développé de plus en plus loin des côtes : les coûts d’installation, de maintenance et de raccordement s’envolent. Le solaire, souvent limité à des projets agrivoltaïques complexes, se prive de vastes surfaces disponibles pourtant simples à équiper.

Sur l’éolien terrestre, les contraintes d’implantation réduisent la taille des machines et donc leur rendement. Pour donner un exemple concret, l'installation d'une éolienne moderne telle que la E-175 d'ENERCON (rotor de 175 mètres, puissance nominale de 7 MW, hauteur totale de 200 mètres ou plus) conduit à une baisse majeure (40 à 50%) du coût du mégawattheure par rapport aux machines de génération antérieure. En d'autres termes, lorsque les contraintes de planification spatiales le permettent, la dernière génération d'éoliennes terrestres conduit à un coût de l'électricité très compétitif.

Cette inversion des priorités nous condamne à l'impuissance. Nous construisons un système énergétique où chaque choix répond à une contrainte avant de répondre à un objectif de compétitivité. Nous multiplions les procédures, les concertations, les précautions… sans jamais poser la question centrale : combien voulons-nous payer notre électricité ?


Fixer un cap de compétitivité : inverser la logique

Il faut inverser la méthode : définir d’abord le prix cible de l’électricité, puis adapter les contraintes et les moyens pour y parvenir. Cela suppose de considérer le coût moyen actualisé de l’électricité (LCOE) comme une boussole, pas comme un résultat subi. Fixons des objectifs clairs – 50/60 euros le MWh - et construisons les politiques publiques en conséquence.
Les leviers existent. Les technologies progressent vite : les nouvelles générations d’éoliennes, particulièrement puissante et efficace permettent d’atteindre ces objectifs de coût.

Mais ces avancées techniques ne servent à rien si nous continuons à empiler les contraintes. L’innovation doit être accompagnée d’une simplification administrative, d’une planification stable et d’un partage plus rationnel des infrastructures (raccordements, ports, logistique, etc.). Le jour où la France décidera qu’elle veut une électricité compétitive, elle devra s’en donner les moyens. L’industrie des renouvelables, elle, est prête à jouer le jeu.


Les conditions d’une réindustrialisation durable

Un pays qui veut produire doit d’abord offrir à ses industriels une énergie abordable et prévisible. Sans cela, chaque nouvelle usine devient un pari risqué, chaque investissement un calcul d’incertitude. Les filières industrielles européennes sont prêtes à investir, à innover, à décarboner - mais elles ont besoin d’un environnement cohérent.
L’électricité ne peut pas être tout à la fois : propre, locale, bon marché d’une part sans impact visible et complexe à déployer d’autre part. À force de vouloir tout concilier, nous perdons sur tous les tableaux.
Il faut accepter de hiérarchiser nos priorités : d’abord la compétitivité et la sécurité d’approvisionnement, ensuite la perfection réglementaire. Ce n’est pas renoncer à l’exigence environnementale ; c’est la condition même de sa durabilité. Une transition qui ruine son tissu industriel ne durera pas.

La France ne manque ni d’ingénieurs, ni de technologies, ni d’ambition. Ce qui lui manque, c’est une vision politique et économique claire : à quel prix voulons-nous l’électricité qui fera tourner nos usines ? Tant que nous ne répondrons pas à cette question, nous continuerons à produire trop peu, trop cher, trop lentement.

Pour réussir la transition énergétique et la réindustrialisation, il faut un cap simple : favoriser la compétitivité avant d’ajouter les contraintes. Les solutions technologiques pour réduire drastiquement le coût de l’électricité sont disponibles. Facilitons leur déploiement !


Article publié dans le cadre de l'entretien de préparation du 15e Colloque France Renouvelables avec David Ascher, directeur de publication d'Actu-Environnement et animateur de l'événement. Texte rédigé avec le concours de l'IA.

Les tribunes sont un espace de libre expression des abonnés ou invités d'Actu-Environnement.

Leurs contenus n'engagent pas la rédaction d'Actu-Environnement.

Crédits photos : Enercon

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