
Développer l’énergie solaire sera-t-il l’enjeu des prochaines élections municipales ?
Quelle énergie pour demain ? Richard Loyen (Enerplan) mise sur le solaire et parie sur son entrée dans les programmes électoraux, suivant en cela une volonté populaire, capable d’influencer les élus pour engager durablement la transition localement.
Dans toutes les communes de France, on peut produire de l’électricité solaire – et en bénéficier directement.
La démarche contribue à la décarbonation du mix énergétique du pays en poussant à l’électrification des usages, et permet localement des retombées économiques et sociales directes. C’est un levier puissant d’autonomie, de pouvoir de vivre collectif et de mobilisation du territoire. L’électricité solaire, durablement compétitive désormais, offre une visibilité de long terme, raison pour laquelle le photovoltaïque est la locomotive de la transition mondiale. Il peut l’être aussi dans les communes, si les élus locaux le décident. Mieux : c’est une perspective massivement soutenue par les citoyens.
Répondre aux attentes des citoyens
Ainsi, selon un récent sondage de l’Observatoire de la transition énergétique des territoires, réalisé par Ipsos pour Idex et Villes de France et publié en juin dernier, la très grande majorité des Français - 87 % ! - fera de la transition énergétique un enjeu important de son vote lors des élections municipales de mars prochain. L’étude montre par ailleurs que :
- 80 % approuvent la rénovation énergétique des bâtiments publics ;
- 77 % soutiennent l’installation de panneaux solaires sur les bâtiments publics ;
- 75 % jugent qu’un programme de solarisation du patrimoine public est important ou prioritaire.
Les résultats de cette enquête sont très clairs : les Françaises et les Français souhaitent que leur prochain(e) maire puisse accélérer la transition énergétique sur leur commune et plébiscitent l’énergie solaire comme solution locale concrète pour y parvenir. Avec un tel niveau de demande en faveur de la transition, les élus locaux peuvent engager un vrai mandat d’action pour développer l’énergie solaire au bénéfice de leur territoire. Concrètement, cela supposera de faciliter les projets solaires sur les zones d’accélération identifiées en réponse à la loi Aper de 2023, en associant la population à leur émergence afin d’assurer leur acceptabilité, en invitant même les habitants à y investir. Notez que la publication d’un nouvel arrêté tarifaire « photovoltaïque petit sol » va permettre de mobiliser du foncier délaissé pour déployer jusqu’à 1 MW de capacité solaire sur l’équivalent de surface d’un terrain de football. L’agrivoltaïsme, qui consiste à conjuguer l’activité agricole avec la production d’électricité solaire, en installant des panneaux solaires au-dessus des cultures ou des pâturages, est une innovation encadrée par les pouvoirs publics qui pourrait également intéresser certaines communes.
Ne pas hésiter à anticiper la règlementation
Le cadre général invite d’ores et déjà à la solarisation du parc bâti et des parkings et au déploiement de bornes de recharge de véhicules électriques. Dans ces perspectives, il va s’amplifier. Ainsi, la réglementation française impose déjà pour certains bâtiments, publics ou privés, des obligations de solarisation ou de végétalisation lors de la construction ou lors de travaux d’extension ou de rénovation lourde. La directive européenne sur l’efficacité énergétique du bâtiment (EPBD), qui devra être transposée en droit national d’ici à fin mai 2026, prévoit une obligation de solarisation des bâtiments publics neufs et existants avec des exigences croissantes d’ici à 2030, tout comme pour les bâtiments privés qui seront construits ou rénovés. Produire – pour la consommer directement – de l’énergie solaire en toiture, voire en façade, pour répondre à une part des besoins d’énergie du bâtiment va devenir la norme à l’échelle européenne. La loi Aper oblige les parkings à ciel ouvert de plus de 1 500 m² à couvrir au moins 50 % de leur surface par des panneaux photovoltaïques ou à disposer d’un système de végétalisation sur la canopée. Le délai de mise en conformité est proche, 2028 pour les parkings entre 1 500 et 10 000 m² avec une sanction financière en cas de retard. La loi d’orientation des mobilités (LOM) encourage par ailleurs la création de nouvelles bornes de recharge sur le domaine public, notamment dans les parkings publics, et favorise également leur installation dans les collectivités propriétaires et les parkings privés. Profiter de la solarisation des parkings pour les équiper de bornes optimisera le coût de l’opération et incitera les habitants à choisir la mobilité électrique. Un bon combo climatique, où rouler au solaire à la place du pétrole importé fait particulièrement sens. Une opportunité de profiter des innovations qui arrivent, tant au niveau du stockage stationnaire que de la charge bidirectionnelle.
Rejoindre la dynamique de l’autoconsommation
Si la solarisation des bâtiments et des parkings est un enjeu réglementaire, c’est aussi une solution économique et écologique pour l’exploitation des bâtiments pour les prochaines décennies. Avec l’autoconsommation collective, l’électricité solaire en surplus des besoins des bâtiments peut être partagée en circuits courts. La France compte aujourd’hui plus de 1 000 opérations d’autoconsommation collective en fonctionnement, dont une bonne moitié tient aux communes et aux intercommunalités. En quelques années, c’est une formidable dynamique qui s’est levée. Mais c’est toutefois encore peu, rapporté aux 35 000 communes de notre pays. Or, toutes les communes ont à gagner à l’autoconsommation, pour maîtriser leur facture d’abord, celles des foyers et des entreprises ensuite, dans une stratégie inclusive de boucles locales de l’énergie. D’autant que le contexte est bien plus facilitant qu’il y a peu encore (depuis le 21 février), les EPCI peuvent bénéficier d’une dérogation sur le seuil et le périmètre de leurs opérations d’autoconsommation collective, pour aller jusqu’à 10 MW et couvrir tout leur territoire. En effet la règlementation permet désormais de se dispenser d’une régie ou d’un compte annexe pour l’ACC. Le cadre d’opportunités est plus ouvert, les retours d’expérience plus nombreux, les modèles économiques et juridiques robustes. C’est le moment de se lancer ! Pour conclure cette tribune, je souhaite rappeler que dans le photon, tout est bon pour faire transition, la calorie et l’électron ! Réduire la dépendance aux fossiles sur un mandat passera par deux chemins complémentaires : l’électrification des usages avec plus d’énergies renouvelables électriques, d’une part, et la forte montée en puissance de la production de chaleur renouvelable et de biogaz, d’autre part. Une stratégie solaire municipale efficace devra donc marcher sur deux jambes, le photovoltaïque et le solaire thermique.
Richard Loyen,
Délégué général d’Enerplan
Article proposé par :
Richard Loyen
Délégué Général d'ENERPLAN
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Crédits photos : AdobeStock scharfsinn86
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1 Commentaire
Ouragan
Le 21/11/2025 à 15h33
Et oui, mais chez nous aucune ligne n'est capable d'absorber le moindre Kilowatt!
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