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AccueilValentin GutknechtFace à l’urgence climatique, nouvelles possibilités de stockage du CO2

Face à l’urgence climatique, nouvelles possibilités de stockage du CO2

Dans le cadre de l’objectif neutralité carbone 2050, Valentin Gutknecht, co-fondateur de Neustark, propose l’élaboration de nouvelles stratégies et de mobiliser dès à présent le potentiel des technologies à émissions négatives.

Publié le 01/04/2025

Le 29 novembre, la COP 29 de Bakou s’est conclue sur un constat amer. Selon un rapport de l’ONU publié à cette occasion, les plans d’action initiés à cette date ne peuvent en effet conduire qu’à une réduction de 2,6 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre en 2030 par rapport au niveau de 2019, bien loin des 43 % nécessaires pour espérer limiter le changement climatique au seuil de 1,5° C. Dans ce contexte, les technologies à émissions négatives sont – en plus de la réduction substantielle de nos émissions – essentielles pour atteindre ces objectifs. En plus des méthodes répandues comme le captage direct dans l’air et le stockage géologique du CO2, la technique d'enrichir du béton démoli avec du CO2 pourrait constituer un levier décisif pour la stratégie climatique française, à condition d’être portée tant par une commande publique engagée que par la mobilisation de l’ensemble des acteurs du bâtiment et des travaux publics.

Un potentiel largement inexploité

Ainsi, dans une étude publiée en février 2024, la Commission européenne estime que le déploiement de technologies d’élimination permanente du carbone est indispensable pour atteindre l’objectif de la neutralité carbone en 2050 adopté par les 27 États de l’Union, en complément de la décarbonation de nombreuses industries. Si le développement des énergies renouvelables faiblement émettrices, comme le solaire et l’éolien, fait à juste titre l’objet de toutes les attentions, les technologies à émissions négatives sont encore largement mal connues et sous-exploitées, bien qu’elles aient été mises en avant dès 2020 par le GIEC. Pourtant, ces processus, permettant d’éliminer des émissions de gaz à effet de serre en séquestrant le CO2 atmosphérique dans différents « puits de carbone » (océans, marais, gisements d’énergies fossiles, flux de déchets minéraux comme le béton démoli), sont porteuses d’un potentiel considérable. Si une réduction de 90 % des émissions de CO2 est nécessaire pour atteindre les objectifs fixés par l’Accord de Paris, certaines de ces émissions, comme celles des industries lourdes, sont particulièrement difficiles à restreindre à court ou moyen terme et doivent donc être éliminées par une séquestration de carbone à grande échelle.

Faire du béton un allié

Parmi ces techniques, la minéralisation du CO2 dans le plan grand flux de déchet du monde, le béton démoli, est l'une des plus matures et prometteuses, par sa capacité à stocker le dioxyde de carbone de manière permanente sur des centaines de milliers d'années – le CO2 ne pouvant être libéré qu'à des températures supérieures à 600° C ou par des acides très puissants. Elle consiste à injecter du dioxyde de carbone dans du béton préalablement concassé et destiné à être réutilisé. Elle permet à l’heure actuelle de séquestrer 10 kg de CO2 par tonne de béton démoli. Or, environ 50 millions de tonnes de déchets de production et de destruction recyclables sont produits chaque année en France. Ce sont donc 500 000 tonnes de CO2 qui pourraient être éliminées à condition qu’une filière industrielle se structure autour de cet objectif de faire du béton un allié dans la lutte contre le réchauffement climatique. À l'avenir, la capture du CO2 pourra aussi s'appuyer sur d'autres déchets minéraux prometteurs, notamment les scories et les cendres. 

Un levier décisif : la demande publique

Engagés dans une trajectoire visant la neutralité carbone en 2050, les États ont une responsabilité particulière à encourager et mettre en lumière ces technologies au potentiel écologique décisif. Le « réusage » du béton démoli et enrichi en CO2 dans la construction de bâtiments et d’ouvrages publics, est l’une de ces technologies stratégiques. À ce titre, la demande publique peut constituer un levier majeur d’accélération en ouvrant un champ d’expérimentation à grande échelle permettant de faire la démonstration de leur efficacité. La Suisse est à l'avant-garde en matière de construction durable. Le canton de Zurich, en particulier, a mis en place des normes écologiques strictes. Elles favorisent l'utilisation de matériaux durables, notamment le béton recyclé, dans les bâtiments publics. Zurich a également été parmi les premiers à utiliser du béton recyclé enrichi en CO2. En France, les déchets de démolition recyclés sont déjà utilisés comme matériaux pour la construction de routes. Une solution circulaire prometteuse qui peut être développée davantage. Dans ce contexte, un cadre juridique favorisant l’économie circulaire tend à s’imposer à travers des textes comme les réglementations environnementales (RE2020, RE2028, CAP 2030, etc.) introduites par la loi Elan et fixant des seuils de bilan carbone pour les bâtiments neufs, ou encore la loi anti-gaspillage de 2020, adoptant un principe de pollueur-payeur. Cependant, aucune obligation spécifique n’existe encore concernant l’usage de béton enrichi par les entreprises privées ou dans le cadre de commandes publiques pourtant particulièrement stratégiques.

Structurer la filière sans attendre

La montée à l’échelle des technologies de stockage permanent de carbone ne pourra advenir qu’à condition de réunir un soutien public, sous la forme d’un cadre juridique incitatif, et la mobilisation d’acteurs privés visant des objectifs de décarbonation ambitieux. À l’heure où la barre des 1,5° C de hausse des températures globales pourrait être d’ores et déjà dépassée, il appartient donc à la filière du bâtiment et des travaux publics de montrer l’exemple en intégrant les technologies à émissions négatives dans leur arsenal de lutte contre le changement climatique.

Valentin Gutknecht,

Co-fondateur de Neustark

 

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2 Commentaires

Codedecommerce

Le 19/04/2025 à 10h33

Les outils juridiques pour favoriser ce type de technologies sont déjà présents en droit de l'Union européenne dans le cadre du marché ETS (production de granulats de béton à partir de CO2 par exemple) ou alors par le biais du système de certification volontaire du bio-carbone absorbé dans des produits qui ouvre la porte à l'émission de crédits carbone volontaires fiables. Il faudrait en effet que les maîtres d'ouvrage intègrent cela dans leur CCTP dans le cadre de la commande publique.
Denis Voinot
Professeur à l'Université de Lille
denis.voinot@univ-lille.fr

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Ltrace

Le 05/06/2025 à 12h16

Sur le stockage de carbone via le béton : "Elle permet à l’heure actuelle de séquestrer 10 kg de CO2 par tonne de béton démoli.".
Quelles sont les émissions issues du processus permettant cette séquestration ?
Merci

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