
Climat, énergies renouvelables : la désinformation vise désormais les solutions
Les fausses informations ne ciblent plus uniquement la science du climat, mais les solutions de la transition énergétique. Pour Emmanuel Vincent (Science Feedback), elles exigent une réponse collective fondée sur la transparence et la rigueur.
Il y a dix ans, les messages climatosceptiques remettaient en cause la réalité du réchauffement. Si cette forme de déni scientifique reste d’actualité, elle a également évolué et vise désormais également les solutions : les énergies renouvelables, la mobilité électrique, l’efficacité énergétique… etc.
Autrement dit, l’objet du climatoscepticisme n'est plus uniquement « le climat se réchauffe-t-il ? » mais « les réponses proposées sont-elles crédibles, acceptables, efficaces ? ».
Chez Science Feedback, nous observons ce glissement depuis cinq ans : plus de 90 % des contenus trompeurs que nous avons détecté dans les médias en France en 2025 concernent les solutions au changement climatique..
Les récits dominants cherchent moins à contester la science qu’à saper la confiance dans la capacité collective à agir. Ils décrivent une transition coûteuse, inefficace, menaçante pour l’économie ou les paysages, souvent à coups d’arguments décontextualisés ou fabriqués de toutes pièces.
Des vagues de désinformation calées sur le calendrier politique
Ce phénomène suit une logique prévisible : les vagues de désinformation se déclenchent en amont des décisions politiques. À chaque consultation publique, à chaque révision de la programmation pluriannuelle de l’énergie ou débat parlementaire, les affirmations fausses ou manipulées se multiplient. Elles circulent d’abord sur les réseaux sociaux, puis sont reprises dans certaines émissions de télévision ou tribunes d’opinion.
Nos analyses montrent qu’en France, la désinformation climatique se concentre dans quelques canaux médiatiques très visibles. Entre janvier et août 2025, nous avons recensé plus de 140 cas sur une seule chaîne d’info en continu, où des déclarations erronées sur les coûts, l’intermittence ou l’efficacité des renouvelables ont été diffusées sans vérification. Le résultat est concret : ces messages finissent par influencer l’agenda politique. Certains arguments mensongers sur le prix du solaire ou de l’éolien se retrouvent presque mot pour mot dans des amendements parlementaires ou des discours publics. Ce brouillage de l’information a un coût démocratique : il nourrit la méfiance et décourage l’action.
Un système médiatique qui favorise les sources les moins fiables
La désinformation ne prospère pas par hasard. Elle s’appuie sur les logiques d’audience qui régissent nos écosystèmes médiatiques et numériques. Les plateformes sociales valorisent les contenus qui génèrent le plus d’engagement, c’est-à-dire ceux qui suscitent les réactions les plus vives. Or les messages trompeurs, polarisants ou simplistes sont naturellement plus viraux que les explications nuancées.
Une étude européenne menée par Science Feedback a montré que les comptes diffusant régulièrement des informations fausses voient leur visibilité boostée en comparaison des comptes crédibles. Les algorithmes de recommandation, fondés sur le taux d’interaction, créent un biais structurel en faveur du sensationnalisme.
Les médias traditionnels ne sont pas épargnés : la pression du temps réel et le manque de culture scientifique des rédactions conduisent souvent à relayer sans contre-expertise des affirmations infondées. Ainsi se construit un écosystème où la qualité de l’information ne détermine plus sa visibilité. Dans cet environnement, la désinformation devient un produit rentable.
Fact-checking : rétablir la traçabilité du vrai
Chez Science Feedback, nous identifions les affirmations publiques relatives au climat, à la transition énergétique ou à la santé et les confrontons à la littérature scientifique. Depuis début 2025, 529 cas de mésinformation climatique ont été détectées dans les médias en France : nous avons vérifié que chacun de ces cas contient effectivement des affirmations fausses ou trompeuses.
Le processus combine outils numériques et expertise humaine. Des systèmes d’IA repèrent les signaux faibles – les publications virales, les vidéos émergentes – puis des scientifiques et journalistes spécialisés valident les conclusions. Cette hybridation permet de traiter plus de volume sans renoncer à la rigueur. Mais la crédibilité repose sur une exigence fondamentale : la transparence méthodologique. Nous citons les études, décrivons les incertitudes et reconnaissons nos limites. C’est cette honnêteté intellectuelle qui redonne du sens au mot “vérité” dans le débat public.
Pour une responsabilité partagée de l’information
La lutte contre la désinformation n’est pas seulement technique, elle est systémique. Le Digital Services Act européen marque une avancée majeure : les grandes plateformes doivent désormais publier des indicateurs sur la diffusion de contenus trompeurs et collaborer avec des vérificateurs indépendants. Mais ces obligations ne suffiront pas si l’ensemble des acteurs – journalistes, scientifiques, enseignants, citoyens – ne se mobilisent pas.
L’information environnementale n’est pas un sujet comme un autre. Elle façonne nos choix collectifs, nos politiques publiques, nos comportements. En garantir la qualité est donc une question de santé démocratique. La responsabilité ne repose pas sur quelques fact-checkers : elle est partagée entre ceux qui produisent, relayent et consomment l’information. Chacun peut exercer son sens critique, vérifier la source, interroger le contexte, refuser la manipulation.
La connaissance, clé de voute de la lutte contre la désinformation
La désinformation climatique a changé de visage.
Elle ne nie plus seulement la science du réchauffement : elle mine la confiance dans les solutions. Ce glissement est redoutable, car il désarme la société au moment où elle a besoin d’un consensus lucide pour agir. La réponse ne viendra ni d’un algorithme ni d’une loi unique, mais d’un engagement collectif pour la rigueur, la transparence et la responsabilité.
Face à la désinformation, la meilleure arme reste la connaissance : celle que l’on partage, que l’on explique, et que l’on vérifie.
Article publié dans le cadre de l'entretien de préparation du 3e Forum national des énergies renouvelables et de la biodiversité avec David Ascher, directeur de publication d'Actu-Environnement et animateur de l'événement. Texte rédigé avec le concours de l'IA.
Article proposé par :
VINCENT Emmanuel
Fondateur et Directeur de Science Feedback
Les tribunes sont un espace de libre expression des abonnés ou invités d'Actu-Environnement.
Leurs contenus n'engagent pas la rédaction d'Actu-Environnement.
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6 Commentaires
Paco55
Le 18/11/2025 à 12h58
Bjr, la desinformation est partout. Par exemple ,la pub d'EDF qui pretends que l'electricité qu'elle produit est zéro carbone ne choque personne, alors que les chiffres Ademe indique un indice de 66. Le monde politique, lui, demande la suppression de l'Ademe , pas des mensonges.
Signaler un contenu inappropriéNimb
Le 21/11/2025 à 8h21
Chaine(s) d'infaux en continu, zeros sossios, putaclics, manque de culture scientifique des rédactions .... n'en jetez plus, tout est dit, il ne manque plus que l'intelligence artificielle, pour pallier le manque de réelle intelligence humaine.
Signaler un contenu inappropriéIl faut 5 secondes pour balancer une bêtise et 10 ans pour la corriger, comme dit l'autre.
Pourtant, à la base, l'utilisation d'internet ne dépend que de ce que l'on en fait.
Vinh
Le 21/11/2025 à 12h22
Emmanuel Vincent (et donc Science Feedback) confond le déni de la science avec la critique des solutions politiques. […] A partir d'un fait (réchauffement climatique), il y a, en effet, plusieurs solutions politico-economiques. Rejeter les solutions qui déplaisent, au nom de la science, tient de l'obscurantisme.
Signaler un contenu inappropriéDavid ASCHER
Le 22/11/2025 à 10h18
Bonjour Vinh,
Signaler un contenu inappropriéÉvidemment, vous êtes libre de ne pas partager le point de vue de Monsieur Vincent. Mais vos arguments appellent plusieurs mises au point.
D’une part, les détracteurs des « solutions » ne proposent presque jamais d’alternative crédible aux EnR ou aux véhicules électriques. Au mieux, ils préconisent l’immobilisme - la rengaine du « c’était mieux avant » - ou misent exclusivement sur le nucléaire. Or, même les partisans de l’atome convergent aujourd’hui avec ceux des EnR sur un point essentiel : l’électrification est le levier central de la décarbonation.
D’autre part, l’histoire a montré que les dogmes chutent lorsqu’ils sont confrontés aux faits scientifiques.
C’est pourquoi votre posture, qui assimile la science à de l’obscurantisme dès qu’elle bouscule des préférences politico-idéologiques, me semble non seulement contradictoire, mais aussi trompeuse. Pour ne pas dire "désinformante".
Bien à vous, David
Vinh
Le 26/11/2025 à 10h37
Bonjour David Ascher.
Signaler un contenu inappropriéVous dîtes que mon commentaire "assimile la science à de l’obscurantisme dès qu’elle bouscule des préférences politico-idéologiques".
Vous avez mal compris mon propos, qui est exactement le contraire. Je le précise, ici.
Est obscurantiste, et autoritaire sinon anti républicain, tout raisonnement (R) qui assimile à un refus de la science des solutions qui ne plaisent pas à R, de surcroît si R veut empêcher qu'on défende ces solutions devant les citoyens. Question de respect de la démocratie, et de respect de la science.
Petits exemples: la solution du nucléaire, ou celle du captage du CO2, ont été bannies d'expression, par certains militants (parfois journalistes, universitaires ou politiciens) au nom de la science. On est là dans la récupération politique de la science, ou de l'obscurantisme, (dans les exemples pris ici, ce militantisme devrait alors bannir le GIEC, au nom de...la science).
Un autre exemple, pour la route : la dite "Décroissance" est une idéologie politique, elle n'a rien à voir avec une science (face au réchauffement climatique). Il y a aujourd'hui comme un air de rééducation politique permanent(et de censure systémique, donc) qui bannit toute expression critique sur la cause exclusivement humaine du réchauffement climatique, et donc toute solution pratique non "mainstream" permettant d'affronter le réchauffement climatique: et cela est fait sous l'étiquette "Science".
Cordialement,
PS: pour être complet, je suis un scientifique.
Paco55
Le 27/11/2025 à 19h09
Comment peut on porter haut une etiquete de scientifique et faire la promotion de l'electronucléaire basé sur la fission des produits à base d'uranium, alors que ce processus ne porte que des inconvenients sauf peut etre celui d'apporter de la matiere premiere aux bombes? ( si on considere que celà est un bénéfice)
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