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Paysages : éviter la saturation pour faciliter l'acceptation

Eolien : la filière conforte ses atouts pour la transition écologique des territoires Actu-Environnement.com - Publié le 22/10/2018

Pour éviter une opposition systématique aux futurs projets, la prise en compte du paysage est primordiale. Mais comment appréhender et quantifier une notion si subjective ? L'Ademe va accompagner des collectivités volontaires sur ce sujet.

Eolien : la filière conforte ses atouts...  |    |  Chapitre 7 / 17
Paysages : éviter la saturation pour faciliter l'acceptation
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Le fort développement de l'éolien ces dernières années a fait naître, dans certains territoires, une opposition de plus en plus vive. Chef de file des contestataires : Xavier Bertrand, président du Conseil régional des Hauts-de-France. Sa région est championne de l'éolien en France, avec 3.367 MW installés fin 2017, et plus de 2.000 MW de projets dans les cartons. Un titre loin de faire sourire l'élu, bien au contraire. Fin juin, il a lancé un observatoire de l'éolien, pour “mieux contrôler” le développement de projets dans la région. Cette énergie “défigure complètement les paysages” et “coûte les yeux de la tête”, déclarait-il alors. La direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement (Dreal) des Hauts-de-France envisagerait d'ailleurs de prendre en compte la notion de “saturation des paysages” lors de l'examen des demandes d'autorisation de parcs éoliens, en plus des notions de covisibilité et d'effets cumulés qui figurent déjà dans le volet paysager de l'étude d'impact d'un parc éolien. Cet argument risque-t-il de devenir récurrent ? En janvier 2017, le Conseil d'Etat a confirmé une décision de la préfecture du Pas-de-Calais, qui avait refusé d'autoriser l'implantation de six éoliennes dans un secteur déjà très prisé, au motif d'un risque de saturation visuelle du paysage...

Distinguer grand paysage et paysage du quotidien

La notion de saturation n'est pas nouvelle. Mais elle peut être difficile à appréhender, sujette à différentes subjectivités. La direction régionale de l'environnement (Diren) de la région Centre a réalisé, en 2007, une étude de cas qui fait référence depuis : “La multiplication des projets éoliens dans des paysages de grande plaine où ces installations se voient jusqu'à 15 km, comme la Beauce ou la Champagne berrichonne, provoque un risque de saturation visuelle. En Beauce d'Eure-et-Loir, quel que soit le point d'observation, on peut théoriquement voir au moins un parc éolien à moins de 10 km”, indiquaient les auteurs en préambule de l'étude. Et de proposer “une méthode d'objectivation des effets de saturation visuelle des horizons et d'encerclement des villages, fondée sur l'étude de situations réelles”. L'idée : définir des critères les moins subjectifs possibles pour évaluer l'impact visuel d'un ou plusieurs parcs.

 
Quid du paysage nocturne ? Les éoliennes sont plus ou moins visibles de jour, selon la clarté du temps. En revanche, la nuit, en l'absence de relief ou d'obstacle visuel, leurs flashs clignotants sont visibles à des kilomètres. Obligatoire pour des raisons de sécurité aérienne, ce balisage lumineux va cependant évoluer pour limiter les nuisances visuelles. L'arrêté du 23 avril 2018 redéfinit les exigences. Il impose une synchronisation des balisages lumineux pour limiter la gène. Il ouvre également la possibilité d'un “balisage circonstancié” des parcs, limité à leur périphérie (les éoliennes situées à l'intérieur d'un parc pourraient en être dépourvues), mais aussi d'un balisage fixe. En parallèle, dans le cadre du plan de libération des énergies renouvelables, un groupe de travail a été lancé pour évaluer différentes solutions technologiques. Il est piloté par la direction générale de l'aviation civile (DGAC) et le ministère de la Défense.
 

Trois villages “menacés d'encerclement” sont étudiés : Tournoisis dans le Loiret, Guillonville et Poinville en Eure-et-Loir. “La saturation visuelle peut être évaluée depuis deux points de vue : celui d'une personne traversant un secteur donné ou celui des habitants d'un village. Ainsi, à Tournoisis, la saturation visuelle se ressent davantage depuis l'intérieur du bourg que dans le grand paysage, tandis qu'à Poinville, l'intérieur du village est relativement préservé en comparaison de la saturation évidente du paysage avoisinant”, analysent les auteurs.

Définir des critères objectivés

De cette analyse ressortent des critères d'évaluation de la “pollution” visuelle. Pour les habitants, la saturation “doit se mesurer sur les lieux de la vie quotidienne (espaces publics et sorties du village). S'il est évidemment impossible de supprimer les vues dynamiques sur des éoliennes dans les paysages ouverts, l'enjeu est d'éviter que la vue d'éoliennes s'impose de façon permanente et incontournable aux riverains, dans l'espace plus intime du village”. Pour le grand paysage, l'étude propose de prendre en compte plusieurs indices : étendue occupée sur l'horizon, densité sur les horizons occupés, espace de respiration (sans éoliennes)… “Le champ de vision humain correspond à un angle de 50 à 60°, mais il va de soi que cet angle est insuffisant compte tenu de la mobilité du regard. Un angle sans éolienne de 160 à 180° (correspondant à la capacité humaine de perception visuelle) paraît souhaitable pour permettre une véritable « respiration » visuelle”.

La position qu'occupe le parc dans l'espace est également primordiale. Le rapport d'échelle entre les éoliennes et le relief est-il équilibré ? Les éoliennes épousent-elles les lignes de force du paysage ? Ainsi, des éoliennes installées de manière irrégulière le long d'une infrastructure routière peuvent perturber la lisibilité du paysage, tandis qu'une ligne soulignant l'axe de la route peut créer un espace plus harmonieux.

Une aide à l'assistance paysagère pour les collectivités

Conscient du risque croissant d'opposition aux projets renouvelables, le gouvernement a présenté, dans le cadre du plan de libération des énergies renouvelables, des mesures pour accompagner les territoires qui souhaiteraient travailler sur une approche paysagère de la transition énergétique. “Le déficit d'assistance à maîtrise d'ouvrage est un obstacle pour des territoires qui souhaiteraient se lancer dans une réflexion sur la transition énergétique. Les structures aptes à accompagner les territoires existent (les paysagistes concepteurs ou les écoles de paysages par exemple), mais les difficultés de mise en œuvre tiennent à la mobilisation des financements”, soulignait le ministère. L'Ademe va donc financer les démarches de collectivités volontaires, constituer un réseau de professionnels et relayer les retours d'expérience. En parallèle, la direction générale de l'aménagement, du logement et de la nature (DGALN) prépare une feuille de route qui recensera les méthodologies éprouvées, les bonnes expériences, travaillera à l'émer-gence d'un réseau d'animateurs, à la sensibilisation aux évolutions des paysages et à l'accompagnement de projets de territoire.

Sophie Fabrégat

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Reproduction interdite sauf accord de l'Éditeur.

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