« Avec le projet LUMD (Logistique urbaine mutualisée durable), nous visons en Ile-de-France une diminution de 50 % du ratio kg CO2/tonnes ou m3 transportés, nous souhaitons atteindre 25 % de transport modal et améliorer de 30 % le remplissage des camions », explique Céline Bernard, en charge du comité opérationnel du projet. Les autres gains attendus : une réduction de 30 % des km parcourus, un essor du commerce de proximité, une réduction des nuisances (sonores, congestions, etc.) et une optimisation des espaces logistiques.
Pour obtenir ces résultats, les partenaires(*) de LUMD misent sur la mutualisation des services logistiques grâce à l’utilisation d’une plate-forme logicielle. Pour eux aujourd’hui, les capacités de stockage des entrepôts ne sont pas optimisées, de nombreux trajets routiers se font encore à vide, les transports de type ferrés ou fluviaux sont sous-exploités et les échanges modaux restent faibles.
À l’image d’une bourse de fret, l’outil LUMD proposera une mise en relation entre les différents acteurs pour réaliser une adéquation entre les offres de service de transport ou de stockage et les demandes. Dans leur réflexion, les partenaires se penchent plus particulièrement sur les derniers km de la livraison. Ils souhaitent notamment promouvoir des transports plus respectueux de l’environnement, avec par exemple des véhicules électriques ou triporteurs pour les 500 derniers m de la livraison (cf schéma p. suiv.).
« Nos cibles, les entreprises qui ont des besoins de distribution en milieu urbain, connaissent aujourd’hui des coûts élevés et une productivité faible, note Céline Bernard ; bien souvent, elles ont des difficultés à mettre en place des transports retour (emballages, invendus, etc.) ; nous souhaitons proposer des solutions ».
Avec ce système, le suivi de la marchandise devrait être possible jusqu’à la preuve de la livraison.
Créer un label
Que ce soit dans le cas de livraisons alternatives (grâce à des vélo, triporteurs avec assistance électrique, etc.) proposées par l’entreprise la « Petite Reine, » ou du choix de Monoprix d’un transport de marchandises par voie fluviale et réseau RER pour Monoprix, par exemple, l’outil veut également jouer un rôle centralisateur et permettre la valorisation de ce type d’initiatives vertueuses. LUMD compte ainsi en effet de s’imposer comme une marque garante d’un transport respectueux de l’environnement.
« Nous travaillons avec la mairie de Paris et les collectivités territoriales pour constituer dans le futur une sorte de label LUMD qui montrera que ces opérateurs s’imposent des règles environnementales contraignantes, souligne la responsable, par exemple un plus grand respect des zones de livraison et de l’espace urbain public, une recherche dans l’amélioration des motorisations, etc. ».
Après une assez longue période de montage du projet (2007-2008), le pôle de compétitivité Advancity ville et mobilité durable a labellisé LUMD (août 2008). Ce dernier est structuré en trois comités : technique (développement de la place de marché et de la plate-forme), scientifique (recherche opérationnelle et aide à la décision) et opérationnel (conception et développement des services, tests et validations). Son budget s’élève à près de 4,5 millions d’euros. A l’origine du projet, le cabinet Headlink Partners veillera à ce que la chaîne d’approvisionnement devienne « durable ».
La société NMPP (Nouvelles messageries de la presse parisienne), chef de file du projet, s’assurera que les résultats sont conformes aux attentes pour les différents types d’acteurs : — les espaces logistiques (maximiser l’utilisation de l’espace, considérer l’ensemble des possibilités de stockage urbain) ; — les transporteurs (maximiser l’utilisation de l’espace via la mutualisation, intégrer l’ensemble des possibilités de transport urbain, développer un « flux local » assuré par les petits transporteurs locaux, collecter le fret et le transporter vers des plates-formes de regroupage pour un acheminement par les transporteurs nationaux/internationaux) ; — les chargeurs et les commerces de proximité (satisfaire l’attente d’une distribution urbaine de qualité).
Depuis le début de l’année, le projet a démarré avec une phase de veille et d’actualisation des données de travail (technologies existantes, marché, initiatives innovantes, etc.). LUMD se déroulera ensuite en trois étapes sur trois ans. Fin 2009, les partenaires prévoient de lancer un premier niveau informatif de l’outil « LUMD Basic ». Celui-ci proposera une première mutualisation multimodale à destination de desserte récurrentes et régulières telle que la livraison de magazines de presse par NMPP chaque jour dans un créneau de temps défini.
La seconde étape, en 2010, vise une intégration de l’imprévisibilité (LUMD Plus). Des flux combinés des livraisons de commandes réalisées via Internet entreront dans la boucle.
« Nous nous sommes rendu compte qu’une forte proportion d’indépendants ne font pas partie des chaînes et n’ont pas les moyens d’organiser leurs transports, leurs achats et leurs approvisionnements, constate Céline Bernard, Nous souhaitons proposer une offre de livraison en B to C - Business to Customer – pour notre troisième niveau ».
Cette dernière étape vers la plate-forme commerciale « LUMD Premium » prend en compte l’ensemble des flux y compris les urgences (programmation à 2 heures). L’outil réalisera des prévisions, des négociations et des déterminations de risques automatiques. « Aujourd’hui, nous expérimentons la solution, nous construisons ce que nous allons livrer tout en avançant », précise Céline Bernard.
Article publié le 01 juin 2009


