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Efficacité énergétique : les leviers pour que les entreprises s'y intéressent davantage

Anas Benslimane de Sunvalor dresse un inventaire des freins aux investissements en efficacité énergétique. Certaines démarches de la part des prestataires pourraient pourtant ouvrir le marché. Avec plus d'efficacité que certains systèmes de financement.

Avis d'expert  |  Energie  |    |  Actu-Environnement.com

Les spécialistes de l'énergie s'accordent à reconnaître le potentiel que présente l'efficacité énergétique pour réduire les dépenses dans nos industries et bâtiments. Mais réaliser des gains via des actions d'efficacité énergétique est rarement jugé "attractif" pour différentes raisons : 1- perception d'une démarche contraignante, longue et incertaine, 2- action souvent intangible qui ne génère pas directement de cash.

Il reste beaucoup à faire en matière d'efficacité énergétique !

A la suite d'un audit énergétique détaillé en milieu industriel, environ 25% des préconisations issues de l'audit énergétique sont effectivement réalisées, et beaucoup de ces réalisations ne sont pas suivies dans le temps pour s'assurer que l'économie annoncée est bien réelle.

Rappelons que le gisement d'économie d'énergie identifié dans l'industrie française est de 64Twh (CEREN 2011). Dans 47% des cas (soit 30Twh) il peut être réalisé avec un retour sur investissement de moins de 3 ans à coût énergétique stable (50€/Mwh). Cela veut dire qu'un potentiel de 1.5Md € d'économie peut être réalisé dans l'industrie avec moins de 4.5Md € d'investissement.

Quand on regarde les économies d'énergie générées en 2011 par l'industrie, à travers le dispositif des CEE, soit environ 100Gwh sur un total de 2Twh, cela équivaut à 5.2 millions d'euros d'économie annuelle générée par ces investissements. Une fois rapportée au potentiel de 1.5 milliard d'euros, cela représente seulement 0.34%. En outre, le bonus récupéré par les industriels, à travers le dispositif des CEE, est de 2.9 millions d'euros, soit 0.56€ de subvention par euro économisé.

Bien que coûteuses, les incitations financières sont parfois les bienvenues pour encourager les maîtres d'ouvrage à passer à l'acte. Mais les freins ne sont pas toujours d'ordre financier, loin s'en faut !

Favoriser la perception de l'économie d'énergie

Une économie d'énergie est une quantité non mesurable, du moins pas directement, car on ne mesure pas une ‘non consommation d'énergie' mais plutôt le coût qu'on n'aurait pas pu éviter si l'action d'efficacité énergétique n'avait pas été réalisée.

A la suite d'une action d'efficacité énergétique, ce coût évité fait augmenter la valeur ajoutée et donc la marge nette de l'entreprise. La question à se poser pour une entreprise hésitant à faire l'investissement est : de combien devrait elle augmenter son chiffre d'affaires pour générer une marge nette équivalente ? La réponse est certainement incitative en ces temps de stagnation voire de baisse de chiffre d'affaires et de marges.

Garantir la performance énergétique

‘Rassurer' devrait être le maître mot pour encourager l'investissement, et surtout apporter la garantie qu'une action d'efficacité énergétique délivrera les économies escomptées. Cela est certainement un accélérateur du financement de ces investissements, surtout vis à vis d'un tiers financeur ou simplement de son propre banquier.

Une fois cette garantie établie et certifiée, et pourquoi pas assurée par un assureur, le financement obéira aux règles habituelles de l'évaluation de faisabilité financière et du risque encouru.

Miser sur le renchérissement du prix de l'énergie

Une autre incitation est celle induite par l'augmentation du prix de l'énergie. Ce dernier est l'élément le plus déterminant dans l'attractivité des actions d'efficacité énergétique.

À titre d'exemple, en Allemagne, les industries électro intensives ont investi massivement durant les 10 dernières années pour améliorer leur consommation spécifique (Mwh/Tonne d'acier, ciment ou papier). À ce jour la consommation spécifique allemande est de 15 à 30% inférieure aux valeurs françaises. Cela est principalement dû à l'avance prise par les allemands défavorisés par un coût d'électricité plus cher.

Alors que le coût bas de l'énergie a empêché les électro intensifs français d'investir dans l'efficacité énergétique durant la même période - source Roland Berger consultants : efficiency enhancement in electricity intensives industries 2011 -, les incitations que représente l'accompagnement au changement, en France, ne peuvent être que bénéfiques pour éviter de prendre plus de retard. Toutefois, la hausse annoncée du prix de l'énergie sera bien le levier déterminant dans les années à venir.

Démocratiser le comptage énergétique

La disponibilité d'un comptage divisionnaire dans l'entreprise est rarissime, alors que l'évaluation d'une économie d'énergie future est impérative pour inciter à la réalisation d'une action d'efficacité énergétique, et produire les conclusions des audits énergétiques avant / après.

Cette évaluation peut se faire de manière conforme au protocole IPMVP et contribuera à appuyer le sérieux de la démarche auprès d'un financeur ou tout simplement vis a vis de son management. La première étape est la mise en place d'un comptage énergétique ponctuel ou permanent à l'aide d'instruments spécifiques.

Désormais, le comptage énergétique se démocratise et tend à devenir bon marché. Il est donc opportun de s'équiper. En revanche, l'interprétation des résultats statistiques et l'évaluation des incertitudes sur les mesures est une étape décisive, qui doit être réalisée au cas par cas, par un expert formé et compétent.

Dans les utilités, la mesure instantanée et l'interprétation des résultats, en intégrant la charge de production, est une nécessité car les enjeux sont importants.

Dans le cas de l'air comprimé, la mesure du débit d'air comprimé à la source et au niveau de chaque utilisateur, la mesure de l'appel de puissance de l'ensemble compresseur/sécheur, de la température, de la pression et du point de rosée permettent d'identifier la consommation spécifique par Nm3 d'air comprimé, mais également le pourcentage de fuite, de perte de charge du réseau et les usages qui consomment le plus.

Le coût prohibitif de l'air comprimé justifie largement l'investissement dans le comptage énergétique, à minima de manière ponctuelle pour identifier les marges de manœuvres et les économies possibles.

Ce raisonnement est tout à fait vrai également pour le conditionnement d'ambiance et le renouvellement d'air, car c'est bien là que les économies sont les mieux cachées. Il est souvent constaté une possible économie d'énergie de 20% avec peu d'investissement dans les entreprises où aucune démarche d'audit énergétique n'a été menée dans les 2 précédentes années.

Rappelons toutefois que, dans certains cas, il est possible de se dispenser des appareils de mesure, grâce à l'utilisation d'algorithmes sophistiqués pour interpréter les courbes d'appels de puissance. C'est possible, par exemple, dans un atelier de plasturgie équipé d'une multitude de machines : une analyse statistique peut être assez proche de la réalité, la répartition de la consommation énergétique entre les différentes machines peut être ainsi aisément estimée.

Mais c'est là l'oeuvre d'un expert confirmé, qui, par la suite, propose les pistes d'amélioration : optimisation de l'ordonnancement, amélioration des réglages des machines selon le type de produit et la charge de chaque machine en fonctionnement...

Avis d'expert proposé par Anas Benslimane de Sunvalor

Réactions4 réactions à cet article

 

Bonjour,

Merci pour cet article très instructif. Effectivement, les économies sont partout, mais il faut les trouver.

Vous citez l'utilisation d'algorithmes sophistiqués pour étudier les consommations. Il existe en France un leader bien implanté pour ce type de technologie dont smart-impulse.

Par ailleurs, vous estimez à 20% les économies possibles avec peu ou pas d'investissement : c'est non négligeable, surtout une fois ramené à l'ensemble du territoire national.

Il me semble essentiel qu'une dynamique globale soit mise en oeuvre, et que des incitations facilitent et accélèrent l'amélioration de l'efficacité énergétique.

Laurent | 14 octobre 2014 à 10h13
 
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Interrogeons nous sur la pertinence et sur les méthodes de l'officine CEREN dont il est démontré qu'elles sont loin d'être irréprochables: questionnaires bidons, enquêteurs douteux, amalgames techniques, erreurs indignes de débutants par ignorance des principes de la thermodynamique. En tous cas, les conclusions concernant les secteurs industriels sont nulles et non avenues, c'est démontré.
Mis à part ce détail, je ne conteste aucunement les propos tenus.

Albatros | 14 octobre 2014 à 15h03
 
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Cette seule phrase : "Une économie d'énergie est une quantité non mesurable, du moins pas directement, car on ne mesure pas une ‘non consommation d'énergie' mais plutôt le coût qu'on n'aurait pas pu éviter si l'action d'efficacité énergétique n'avait pas été réalisée", totalement autocontradictoire ruine toute la démonstration.
Quand, en plus, l'expert essaie de montrer l'avantage qu'il y aurait à investir pour améliorer l'efficacité énergétique pour finir par avouer que cela dépend in fine du prix de l'énergie, il y a du souci à se faire.

Le seul calcul de nature à convaincre effectivement serait celui fait en unités d'énergie : dépensée, consommée, économisée, investie, etc… On n'aurait donc plus que des grandeurs comparables.

Jean-Claude Herrenschmidt | 14 octobre 2014 à 18h44
 
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Jean-Claude a raison: c'est vraiment de la bouillie pour les chats, comme disait ma grand-mère. Je voulais être positif, finalement, nous avons affaire encore à un expert autoproclamé opportuniste qui surfe sur la vague d'agitation autour de la panique climatique organisée. Cela commence à faire beaucoup, en plus du CEREN!

Albatros | 15 octobre 2014 à 14h01
 
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