Le secteur du jouet prend un virage plus « vert » et veut le faire savoir. Jeudi 9 avril, la Fédération française des industries du jouet et de la puériculture (FFJP), la Fédération des commerces spécialistes des jouets et des produits de l'enfant (FCJPE) et Ecomaison, l'éco-organisme de filières de responsabilité élargie des producteurs (REP) de jouets, ont fait le point sur la fin de vie des jeux et jouets, trois ans après le lancement de la REP. Deux sujets se dégagent clairement : la volonté des professionnels d'accompagner le réemploi et la recherche d'un cadre favorable au recyclage en boucle fermée des plastiques.
Un taux de collecte réglementaire de 26 %
Après trois ans d'activité, la « branche jouets » d'Ecomaison collecte 35 millions d'euros d'écocontributions auprès de 3 500 fabricants et distributeurs de jouets. « C'est beaucoup plus qu'estimé au lancement de la filière », constate Dominique Mignon. La présidente d'Ecomaison, précise que cela s'explique par des mises en marché supérieures à l'estimation de l'Agence de la transition écologique (Ademe). Son étude de préfiguration misait sur 110 000 tonnes de jouets mis en marché, alors qu'Ecomaison en comptabilise aujourd'hui 155 000 tonnes.
Côté collecte, l'éco-organisme a déployé 6 000 points de reprise, dont 3 400 en déchèteries publiques, 1 200 en magasins de jouets, 700 via les acteurs du réemploi solidaires spécialistes du jouet, ou encore dans 340 écoles. À cela s'ajoutent 600 points de collecte saisonniers. En 2025, 40 000 tonnes ont ainsi été collectées, soit 26 % des volumes mis en marché ou près de 60 % d'un gisement de déchets estimé à 70 000 tonnes (source Ademe).
Rappelant qu'aucune collecte n'existait en 2022, l'éco-organisme juge être en bonne voie pour atteindre l'objectif règlementaire de collecte de l'équivalent de 45 % des mises en marché fixé pour 2027, l'échéance de son agrément. Pour y parvenir, Ecomaison va devoir convaincre les particuliers qui conservent des jouets inutilisés de s'en séparer et détourner du bac gris ceux qui sont jeté avec les ordures ménagères.
Opération « réemploi »
En termes de valorisation, le réemploi intéresse au plus haut point les fabricants de jouets et Ecomaison. Aujourd'hui, 10 000 tonnes sont confiées aux acteurs du réemploi et 4 000 tonnes sont effectivement réemployées. En 2027, se sont 9 000 tonnes supplémentaires qui devront être réemployées pour atteindre l'objectif fixé par les pouvoirs publics (9 % des mises en marché).
Sans surprise, le potentiel est là : 67 % des jouets dont les Français se séparent sont encore parfaitement fonctionnels. Et Ecomaison estime que l'occasion représente déjà 7,3 % du marché. Mais seulement 8 % des ventes d'occasion transitent par des acteurs spécialisés. Les 82 % restant s'échangent entre particuliers et ne sont donc pas comptabilisés dans les chiffres officiels, faute de traçabilité.
Au-delà de l'objectif, les distributeurs ont bien compris l'importance de ce marché et l'ont investi. King Jouet déploie des enseignes King Okaz qui présentent ensemble, par catégorie, des produits neufs et d'occasion, Joué Club propose Troc O Joué, un espace de seconde main, tout comme par Oxybul avec ses espaces IDTROC. Et pour « attirer » à eux des jouets réemployables, et contrer les plateformes de revente, ils misent sur la proximité : les distributeurs ambitionnent de multiplier par deux ou trois les points de collecte et la « grande collecte solidaire » de novembre pourrait aussi être organisée une deuxième fois chaque année.
Privilégier la boucle fermée
Comme pour beaucoup de secteurs, la question du plastique, de son recyclage et de l'incorporation de la matière recyclée occupe les esprits. D'autant que les producteurs de jouets sont, proportionnellement, de gros consommateurs de plastique, essentiellement du polyéthylène (PE), du polypropylène (PP) et de l'acrylonitrile butadiène styrène (ABS).
Aujourd'hui, certains producteurs incorporent déjà d'importantes quantités de plastique recyclé dans leurs produits. C'est le cas de Smoby dont environ la moitié du plastique consommé est issue du recyclage (il produit notamment de « gros » jeux d'extérieur comme des cabanes ou des tobogans qui permettent cet usage important).
Pour Ecomaison, l'enjeu est clairement identifié : favoriser l'émergence de boucles fermées pour que les jouets en plastique en fin de vie trouvent une « seconde vie » dans les jouets neufs. Pour y parvenir, l'éco-organisme a consacré 500 000 euros à la R&D sur le tri, le recyclage et l'incorporation de plastique recyclé dans les jouets. Ces essais ont été menés avec PlastiLoop, du groupe Veolia, et un site du groupe Excoffier Recyclage.
Contrats tripartites
Concrètement, il s'agit de garantir la stabilité et la conformité de la qualité des résines recyclées dans le temps afin de répondre aux attentes des fabricants de jouets. Ce point est aujourd'hui le principal frein pour une industrie qui tient particulièrement à certains aspects esthétiques de la matière (comme sa couleur) et doit répondre à des contraintes sanitaires (du fait de la mise à la bouche de certains jouets, par exemple).
Pour l'instant, tous les détails ne sont pas arrêtés. Mais, dans les grandes lignes, l'éco-organisme évoque des accords tripartites : Ecomaison apportera la matière à recycler et financera une partie du dispositif (via un soutien financier à l'incorporation basé sur la prime règlementaire) ; les recycleurs et transformateurs s'engageront à fournir des matières recyclées conformes au cahier des charges des fabricants de jouets ; et les producteurs s'engageront à commander des volumes de plastiques recyclés prédéfinis. « On n'a jamais été aussi loin pour soutenir le recyclage », prévient Dominique Mignon.





