Lundi 4 mai, le Syndicat national des régénérateurs de matières plastiques (SRP) a présenté les chiffres de l'année 2025. Celle-ci a été a été « mauvaise », résume Rémy Belval, son président, expliquant que les volumes sont stables. En 2025, 627 359 tonnes de matières plastiques recyclées ont été produites, en très légère hausse par rapport à 2024 (+0,6 %). Et cela dans un contexte de baisse des prix de vente pour maintenir les parts de marché face à des résines vierges importées à bas coût.
Trouver des volumes
Les recycleurs ont l'habitude de hauts et de bas, mais l'activé reste atone, enlisée sur « un plateau bas », loin du million de tonnes de capacité de production de plastique recyclé disponible en France. Conséquence : des industriels ont réduit leur activité, ont modifié leur process et, surtout, six sites ont fermé ce qui constitue la première vague de fermeture en 15 ou 20 ans. Pour l'instant, l'impact est moindre que celui subi par certains pays, et notamment les Pays-Bas qui a vu disparaître 25 % de ses capacités de recyclage.
Mais la situation pourrait basculer en 2026. Depuis 2020, les recycleurs ont investi pour déployer les capacités industrielles permettant de répondre aux engagements volontaires pris au début des années 2020. Mais, aujourd'hui, si la capacité de recyclage est disponible, la demande ne décolle pas et la consommation française de plastique recyclé reste quasi inchangée. Pire, les ventes en France ont même fléchi de 2 %, à 447 762 tonnes.
Quid de l'Europe ?
À l'échelle européenne, estime le SRP, la chaîne de valeur du recyclage sera dans une impasse si l'on ne protège pas les sites de régénération. Le recyclage est la raison d'être de la collecte séparée en amont. Et, à l'aval, en 2030, les metteurs en marché pourraient rencontrer des difficultés à répondre à leurs obligations d'incorporation de plastique recyclé si les installations européennes sont laminées. L'enjeu, pour Bruxelles est donc de s'assurer que l'objectif politique des taux d'incorporation permette de traiter les déchets européens.
Comment ? Certains États membres, comme l'Allemagne, la Belgique, l'Espagne ou l'Italie regardent attentivement la mise en œuvre de la prime à l'incorporation française. Et plus globalement, l'Union européenne privilégie l'incorporation de PET recyclé « made in Europe » pour répondre, jusqu'en novembre 2027, à l'obligation d'incorporation de 25 % dans les bouteilles. Cette démarche pourrait être étendue avec l'adoption du « winter package ». Le SRP y est très favorable, car le coût du recyclage en Europe est quatre à cinq fois plus élevé que celui constaté en Asie. « Aujourd'hui, on investit en Europe uniquement si un marché captif est identifié », constate Rémy Belval, qui juge qu'« il y a une prise de conscience à Bruxelles ».
Le SRP explique que certains de ses membres sont prêts à jeter l'éponge. Le groupe Suez a déjà vendu deux de ses trois sites français et d'autres recycleurs y pensent sérieusement. « L'année 2026 sera décisive », explique le syndicat, ajoutant que « l'arrêté IMPR [pour incorporation des matières plastiques recyclées] suscite d'énormes attentes ». En clair, certains acteurs « serrent les dents » en attendant que le texte règlementaire produise ses effets.
Aujourd'hui, la plupart des recycleurs sont prêts. Ils sont notamment en mesure de certifier l'origine des déchets qu'ils traitent pour répondre au principe de proximité posé par l'arrêté IMPR. Mais pour l'instant, l'effet du dispositif de soutien se fait attendre. Certains recycleurs craignent que les metteurs en marché continuent à incorporer du plastique recyclé en Asie pour répondre à l'obligation règlementaire (pour le polytéréphtalate d'éthylène - PET - des bouteilles) et n'achètent du plastique recyclé en Europe qu'en complément lorsque la prime représente un avantage.
Ormuz : un sursaut conjoncturel
Bien sûr il y a le sujet du moment : la fermeture du détroit d'Ormuz. La crise a apporté une bouffée d'air aux recycleurs avec une hausse modérée de la demande de matière recyclée pour répondre à « l'explosion des prix des résines vierges ». En mars, le prix de nombreuses résines a progressé d'un tiers et le prix du PET de 28 %. Mais pour autant, l'inquiétude persiste, car cette hausse est récente (avril 2025) et est surtout le fait de leurs clients habituels.
En clair : les acteurs qui ont déjà basculé vers l'incorporation de plastique recyclé ont amorti la hausse des prix du vierge, mais, pour l'instant, les nouveaux clients restent rares. En outre, ce sursaut de la demande ne s'accompagne pas forcément d'une amélioration de la situation financière des recycleurs. À l'aval, le prix des déchets en plastique a lui aussi augmenté, tout comme les coûts de transport.
Une année 2025 calquée sur 2024
Quant aux données chiffrées de 2025, elles restent dans la droite ligne de celle de l'année précédente. Le PET clair, avec 105 056 tonnes sous forme de paillettes (-25 % en un an) et 139 492 tonnes sous forme de granulés (+ 17 %), le polyéthylène (PE) basse densité, avec 101 742 tonnes recyclées (+2 %), et le polypropylène (PP), avec 114 989 tonnes (-3 %) restent les trois résines les plus recyclées.
Les principaux clients restent le secteur de l'emballage (il représente 44 % de la demande, en recul de trois points), puis la construction (18 %, en recul d'un point) et l'automobile (11 %, stable).
Et l'origine des déchets est essentiellement nationale, avec 79 % des 814 586 tonnes transformées provenant de France. Les filières de responsabilité élargie des producteurs (REP) constituent toujours une source importante, avec 62 % des approvisionnement.





