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Dans le Finistère, le futur des aimants permanents s'écrit sans terres rares

Changer complèment de paradigme sur le marché des aimants permanents : telle est la modeste ambition de Hit Mag, jeune pousse bretonne qui entend remplacer les terres rares de ces aimants par des ferrites revisitées et des nitrures de fer.

TECHNIQUE  |  Déchets  |    |  C. Lairy
Dans le Finistère, le futur des aimants permanents s'écrit sans terres rares
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Il serait erroné d'écrire que, dans le Finistère, on n'a pas de terres rares. Ce qui n'empêche pas d'avoir aussi des idées sur ce que doit être l'avenir des aimants permanents. C'est le cas chez Hit Mag (pour Hexaferrites Innovative Technological Magnets), jeune pousse créée mi-octobre 2025 à Brest (cf. encadré), où une poignée d'ingénieurs travaillent à concevoir ce qu'ils considèrent comme la future génération d'aimants permanents. « Sans terres rares, mais avec un potentiel d'aimantation deux fois supérieur au moins à ce que proposent les meilleurs [aimants] néodyme fer-bore du marché », selon Arnault Trac, CEO de l'entreprise.

Plus d'un million d'euros levés

En décembre 2025, soit deux mois après sa création officielle, la société Hit Mag a réalisé une levée de fonds préparée dans le cadre de sa maturation dans le giron de la SATT Ouest Valorisation. Ont participé la société d'investissement Lita, via sa plateforme participative, le fonds régional BreizhUp opéré par UI Investissement, ainsi que les associations de business angels de l'Ille-et-Vilaine et du Finistère. « Nous avons fait une levée de 800 000 euros en dilutif, indique Arnault Trac, CEO de l'entreprise. Et le tour de table a été complété par Bpifrance avec des obligations convertibles French Tech Seed, à hauteur de 400 000 euros. Soit un tour complet à 1,2 million d'euros sans compter les apports de la SATT, qui se chiffrent à quasiment 400 000 euros. »
La promesse est particulièrement excitante dans le contexte que l'on sait de dépendance où se trouvent la France et l'Europe vis-à-vis de la Chine, alors que la demande en aimants ne cesse de progresser. « Le marché croît de 8 à 10 % par an, rappelle le patron de Hit Mag, et double tous les dix ans en volume et en valeur. » En cause notamment, l'électrification des usages (véhicules électriques, éoliennes), ou encore le développement des robots : « Dès que vous avez une articulation, vous avez souvent un moteur, explicite Arnault Trac. Or qui dit moteur, dit aimant. » Des aimants, il y en a donc partout : dans la mobilité, les télécoms, l'électroménager, l'industrie spatiale, etc. « Et à plus de 90 %, tous ces aimants sont produits en Chine, avec des terres rares », souligne l'entrepreneur.

Les hexaferrites pour les petites et moyennes puissances

Les aimants les plus puissants à ce jour sont des alliages de néodyme-fer-bore (NdFeB). Inventés par les Japonais à la fin des années 80, et au début des années 90, ils constituent la dernière génération d'aimants. « Ils sont absolument partout », constate Antoine Hoëz, directeur R&D de Hit Mag. Autrement dit : ils sont présents dans des applications qui ne requièrent pas nécessairement une telle puissance. Au point que l'on fait aujourd'hui rimer « aimants » avec « néodyme-fer-bore ». À tort, selon le chercheur : « De nombreuses entreprises ou start-ups utilisent les aimants NdFeB non pas parce qu'elles ont besoin de la puissance qu'ils délivrent, mais parce qu'elles n'en connaissent pas d'autres. Or, dans un grand nombre de cas, ces aimants peuvent être remplacés par des hexaferrites de strontium. »

Cousines du calcium, les hexaferrites (famille des céramiques) se composent de trois éléments chimiques : des oxydes (strontium ou baryum en fonction de l'application), du fer et de l'oxygène. La Chine en produit, d'ailleurs. « Toutefois, les hexaferrites de strontium produites par les Chinois contiennent une terre rare : le lanthane, indique Antoine Hoëz. Cela sert à doper l'aimant. Même dans les hexaferrites de strontium qui, à la base, ne contiennent et ne nécessitent pas de terres rares, ils en mettent un peu pour améliorer la performance de l'aimant. »

“ À plus de 90 %, les aimants permanents sont produits en Chine, avec des terres rares ” Arnault Trac
« Avec Jean-Luc Mattei [docteur en physique, enseignant chercheur au Lab-STICC (1) de l'Université de Bretagne Occidentale, ndlr], nous avons voulu proposer une méthode concurrente, et produire des aimants de petite et moyenne puissance – des hexaferrites – sans terres rares. » En TRL 6 (niveau de maturité sur une échelle de neuf échelons), ce projet est en passe de devenir la première réussite de Hit Mag, avec des prototypes déployés auprès du CNES, du laboratoire Xlim à Limoges (antennes basse fréquence) et d'Exens Solutions dans le cadre d'un projet avec l'Agence spatiale européenne (ESA).

« La particularité de nos ferrites, qui sont des matériaux connus depuis les années 1950, c'est qu'elles sont sans terres rares. Pour cette raison, elles sont non conductrices et, en ce sens, elles peuvent s'utiliser dans des applications en hyperfréquence, indique Arnault Trac. Nous sommes les seuls à proposer ça dans le monde. » Les hexaferrites de Hit Mag viennent répondre à des besoins identifiés dans les télécoms et l'industrie spatiale – comme la possibilité de customiser les aimants en fonction de l'interaction souhaitée avec les ondes utilisées. Là où, jusqu'à présent, il fallait combiner un aimant dur (pour générer le champ magnétique) et un aimant doux de type oxyde (pour assurer l'interaction avec l'onde), la jeune pousse brestoise propose, avec ses hexaferrites, deux aimants en un seul : « On gagne en poids, en volume et en compacité », résume Antoine Hoëz.

Au-delà de leur usage possible dans tous les petits moteurs auxiliaires (dans les voitures pour actionner les balais d'essuie-glace et les vitres, ou régler les sièges, mais aussi dans tous les produits électroménagers), ces hexaferrites répondent à des besoins qui existaient dans les télécoms et l'industrie spatiale, et rendent possibles de nouvelles applications.

Les nitrures de fer pour les grosses puissances

Le choix du baryum ou du strontium dépend des applications – et donc de la puissance demandée, sachant que « les hexaferrites de strontium sont un peu plus puissantes que celles de baryum », pointe le responsable innovation de l'entreprise. Pour autant, en termes de puissance, les aimants de ce type ne peuvent pas s'aligner sur ceux en néodyme-fer-bore.

Sur ce segment des hautes puissances, les ingénieurs de Hit Mag planchent sur les possibilités offertes par le nitrure de fer, constitué uniquement de fer et d'azote. Connu depuis les années 1970 dans la recherche fondamentale, ce composé présente un potentiel élevé en matière de performance magnétique. Jusqu'à une date récente, son utilisation se heurtait à la difficulté de le produire en grande quantité. « Dans les années 70, il était produit à l'échelle de quelques nanogrammes/microgrammes, confirme Antoine Hoëz. Un seul acteur dans le monde a industrialisé le procédé : il s'agit de Niron Magnetics, qui a construit il y a un an une usine aux États-Unis. » L'équipe française dit avoir développé « une méthode totalement différente, permettant d'obtenir des quantités industrialisables ». La méthode repose sur un matériau, l'hématite oméga, qui a fait l'objet d'un dépôt de brevet début 2026.

Côté performances, les aimants au nitrure de fer promettent une puissance deux fois supérieure à celle des meilleurs néodyme-fer-bore. Sans compter qu'à puissance égale, les premiers seraient, dans le procédé développé par Hit Mag, plus faciles à produire que les seconds. « Côté empreinte carbone, précise Arnault Trac, nos simulations indiquent que la production d'une tonne de néodyme génère douze tonnes de CO2. Celle d'une tonne de nitrure de fer, six fois moins. » « Dans le nitrure de fer, ajoute Antoine Hoëz, peu importe d'où vient le fer. On peut imaginer qu'il provienne de ferrailles. Il faudrait adapter le procédé, mais en soi, tout est possible ! »

Quid du recyclage ? « Le fer et l'azote, ce ne sont pas les éléments les plus compliqués à recycler », répond le directeur R&D. « A priori, ça se fond, ajoute le CEO de la start-up. Vous pourrez toujours en refaire de la tôle pour fabriquer une voiture ! »

Quelles sont les prochaines échéances ? « Nous visons une industrialisation à assez court terme, répond Arnault Trac. C'est-à-dire dans deux ans. Aussi bien pour les ferrites que pour les nitrures de fer. » Ce qui nécessitera a priori encore un peu de travail de R&D, qu'une levée de fonds de plus d'un million d'euros devrait financer en grande partie.

1. Le Laboratoire des Sciences et technologies de l'information, de la communication et de la connaissance (Lab-STICC), CNRS UMR 6285, est le laboratoire structurant la recherche des capteurs à la connaissance en Bretagne océane.

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