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Intégrer le risque incendie dans la démarche environnementale d'un bâtiment

David Hourtolou, directeur de l'ingénierie pour l'Europe du Sud chez FM Global revient sur la nécessité d'intégrer le risque incendie dans la démarche environnementale d'un bâtiment au vu de l'empreinte carbone importante d'un incendie.

Avis d'expert  |  Risques  |    |  Actu-Environnement.com

Le secteur du bâtiment concentre plus de 40 % de l'énergie consommée en Europe. Un chiffre qui explique à lui seul l'engagement croissant des pouvoirs publics et des entreprises dans la construction de “bâtiments verts”. Ces efforts sont reconnus par de nombreux labels et certifications, dont le HQE (Haute Qualité Environnementale).

Pourtant ceux-ci négligent l'impact environnemental des sinistres que peut subir un bâtiment. Certes la France est un pays relativement épargné par les événements naturels et climatiques majeurs (tornades, tremblements de terre, tsunamis…). Mais les incendies sont des cas à ne pas sous-estimer car leur fréquence et leur gravité en termes de dommages matériels ont eu tendance à augmenter ces dernières années. Nos ingénieurs conseils ont été en effet beaucoup plus sollicités sur des sinistres incendie, avec une augmentation de 80% depuis 2010 du nombre de visites de sites post-dommage. Ainsi, quels sont les enseignements à tirer de l'impact des incendies sur l'empreinte environnementale d'un bâtiment ?

Empreinte carbone d'un incendie

Les indicateurs tels que le label HQE ont certes l'avantage de prendre en compte l'ensemble du cycle de vie d'une infrastructure, mais ils s'inscrivent de facto dans un “scénario idéal”. En effet, le calcul de l'impact environnemental d'un bâtiment est faussé s'il n'intègre pas les émissions rejetées dans le cas d'un incendie.

Ainsi, lorsqu'un entrepôt de stockage de 6000 m² - soit la surface maximale autorisée règlementairement sans étude complémentaire du risque incendie - est la proie des flammes, cela équivaut à 20 000 tonnes de CO2 rejetées, soit à 20 jours de circulation sur le périphérique parisien. Comparativement, ce même bâtiment équipé de protection incendie ne produira que 190 tonnes de CO2 en cas de départ de feu maîtrisé par un sprinkler, soit 4 h de circulation sur le périphérique.

Des études complémentaires réalisées ont prouvé que les incendies peuvent accroître de 14 % l'empreinte CO2 d'un bâtiment sur l'ensemble de sa durée de vie lorsque celui-ci n'est pas équipé d'une protection automatique. En effet, l'empreinte carbone moyenne d'une usine est d'environ 4 000 kg/m2 et l'impact environnemental additionnel d'un incendie est de 560 kg/m2. Ces calculs prennent seulement en compte les émissions de carbone dues aux gaz de combustion lors de l'incendie, auxquelles il convient ensuite de rajouter l'empreinte carbone liée à la phase de reconstruction nécessaire.

Le paradoxe des bâtiments HQE en cas d'incendie

Ainsi, ces sinistres peuvent grever très lourdement le bilan carbone d'un bâtiment, voire même contrecarrer les efforts réalisés dans le cadre de la réduction de l'impact environnemental d'un bâtiment.

Il existe un enseignement surprenant concernant les bâtiments classés HQE. En cas d'incendie, ceux-ci ont un impact environnemental bien plus élévé que des bâtiments classiques (immeuble, bureau, hôtel). En effet, les émissions de carbone liées au risque incendie se situent autour de 80 kilos de CO2 par m2 alors que celles d'un bâtiment classique évoluent entre 40 et 50 kilos de CO2 par m2. Ceci s'explique par la nature des matériaux de construction utilisés le plus souvent dans les bâtiments à basse consommation.  Ils sont choisis quasi-exclusivement pour leurs hautes performances énergétiques (par exemple le polystyrène ou la laine de cellulose), alors qu'ils sont également ceux qui présentent les moins bonnes propriétés de comportement au feu.

En équipant de sprinklers un bâtiment HQE, l'impact carbone passe à 3 kilos de CO2 par m2. En effet, sans protection sprinkler, un incendie atteint en général un stade avancé de développement dans les six à huit premières minutes, ce qui empêche alors toute intervention dans la zone en feu. Toute l'action des pompiers est alors de circonscrire l'incendie au bâtiment affecté. Il faut donc quasi-systématiquement détruire et reconstruire complètement la zone touchée. C'est une double pénalité, du fait des émissions provenant directement de l'incendie mais également du sur-impact environnemental lié à la reconstruction.

Intégrer l'analyse des risques et la prévention incendie

Aujourd'hui la majorité des bâtiments, qu'ils soient certifiés HQE ou non, n'est pas soumise à l'obligation de s'équiper en protection incendie alors qu'il existe un réel intérêt environnemental. Et si la crise affecte fortement les budgets de prévention et les plans de maintenance, les entreprises doivent bien considérer les choix qui s'offrent à elles.

Les experts de notre Pôle de recherche spécialisé dans la prévention des risques ont mis au point une méthode, intitulée « L'influence des facteurs de risque sur le Développement Durable », qui complète les approches initiales en intégrant une analyse du risque incendie susceptible d'affecter l'empreinte carbone d'un site. Elle est suivie par des recommandations de mesures concrètes comme le renforcement des protections incendie dans les zones les plus sensibles.

Un autre axe de réflexion porte sur l'évaluation et la classification des matériaux par rapport à leur réaction au feu. Dans la mesure où la construction de nouveaux bâtiments est soumise à la Règlementation Thermique 2012, il s'agit d'opter pour des matériaux conciliant au mieux les contraintes d'isolation thermique et de réaction au feu. Un élément de référence qui peut aider à faire ce choix est la classification européenne des « euroclasses ».  Cette directive, transposée en France par l'arrêté du 21 novembre 2002,  a permis d'harmoniser en Europe la classification au feu des matériaux de construction et d'en améliorer la lisibilité des risques. Elle a également ajouté, au paramètre de propagation du feu, des critères de propension d'un produit à dégager peu ou beaucoup de fumées et de propension à se liquéfier sous l'effet de la chaleur (facteur aggravant dans le comportement d'un produit au feu).

L'ensemble des étapes de construction sont à prendre en compte dans la démarche de certifications HQE et il est décisif de considérer la prévention incendie dans le cycle de vie d'un bâtiment. Les bénéfices des systèmes de protection sont en effet plus importants que le taux d'empreinte carbone à leur installation. C'est pour cela qu'il est recommandé de faire analyser un bâtiment pour connaître les facteurs de risque sur leur empreinte carbone et donc pouvoir prendre les dispositions nécessaires avant qu'une catastrophe ne se produise.

Avis d'expert proposé par David Hourtolou, directeur de l'ingénierie pour l'Europe du Sud chez FM Global, spécialiste de la prévention, la gestion et l'assurance des risques industriels.

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