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Produits d'hygiène : les productions locales nous guident vers une vision durable de la société

Le besoin d'hygiène corporelle doit-il forcément trouver sa réponse dans une offre industrielle, qui parfois inquiète ? Patrice Riard, savonnier pour la Savonnerie du Vexin, aborde les atouts du savon artisanal, local et durable.

Avis d'expert  |  Gouvernance  |    |  Actu-Environnement.com

En matière de produits d'hygiène corporelle, la savonnerie traditionnelle a beaucoup d'atouts à faire valoir dès lors que l'on s'intéresse à l'éco-conception du produit et à son impact sur l'environnement.

Le retour en force des ingrédients naturels et locaux

En France, pour produire des savons naturels, nombre d'ingrédients peuvent être sourcés localement : huile d'olive, huile de colza, huile de ricin, cire d'abeille, miel, argile… Ils proviennent de fournisseurs de confiance et sont d'un très bon niveau de qualité. Les ingrédients sont parfois bio, mais pas toujours. Les quantités en bio mises sur le marché sont encore restreintes.

Toutefois, afin d'assurer au produit les qualités attendues des consommateurs (tenue du savon dans le temps, propriétés, senteurs…), il est peu envisageable de concevoir une recette 100% locale.

L'huile de palme est parfaitement évitable

Les savonniers qui privilégient la “saponification à froid” - synthèse du savon à 34-35° seulement - bénéficient d'une grande latitude pour ce qui est du choix des ingrédients… c'est un atout. L'huile de palme - sodium palmate - est parfaitement évitable, au profit de l'huile de coco et du beurre de karité, certes importés, mais dont les filières responsables sont connues et structurées.

Si certains maîtres savonniers intègrent les huiles de palme et de palmiste dans leurs recettes, c'est qu'ils sont peu regardants sur le scandale de la surexploitation des palmiers à huile en Asie ou en Afrique tropicale, catastrophique sur les plans écologique et humanitaire. Cela ne retire rien à la qualité de l'ingrédient : il apporte un savon dur avec une mousse abondante et surtout... il est très bon marché. Par choix éthique, il est normal de ne pas utiliser ces huiles, d'autant que le crédit accordé aux provenances exotiques certifiées bio est sujet à questionnement.

La saponification à froid est sobre en énergie

Pour produire des savons, le choix de la saponification à froid permet d'éviter des procédés de production énergivores, qui requièrent des températures de l'ordre de 200°. La productivité est certes moins bonne, mais les huiles sont respectées pendant le process de fabrication et la teneur des savons en glycérine native est élevée. Ils sont alors naturellement hydratants, sans additifs. Au point où un savon naturel et artisanal peut même être qualifié de “surgras” : le film hydrolipidique de la peau est respecté, protégeant l'épiderme des agressions extérieures. Idéal pour les peaux sensibles.

Dans le cas de la saponification à chaud, la glycérine native des huiles végétales est rincée et récupérée pendant le process de fabrication. Elle peut disparaître, comme par enchantement, de la liste des composants du savon. Dans le meilleur des cas, les fabricants la ré-intègrent dans la formule, partiellement ou parfois en totalité. Dans le pire des cas, la glycérine est revendue pour accroître les gains, et la qualité du savon devient médiocre. À l'heure du choix, le discernement du consommateur est essentiel !

Bannir totalement les substances suspectes pour la santé

À ceux qui en doutaient, un savon naturel et artisanal peut très bien constituer une alternative au sacro-saint gel-douche industriel. Fini le sodium laureth sulfate que l'on retrouve également dans les détergents pour le sol. Finis les conservateurs, les agents de textures, les épaississants, les parfums de synthèse et autres cocktails chimiques que l'on suspecte d'être néfastes pour la santé : perturbateurs endocriniens, cancérigènes, allergènes… Les industriels consacrent leur R&D à produire plus et moins cher, principalement au profit des marges.

Un autre regard sur la société de consommation

Enfin, les savonniers artisanaux sauront faire réussir les citoyens engagés dans la réduction des déchets : absence de sous-produits ou de déchets pendant le process de saponification à froid, packaging réduit à sa plus simple expression, biodégradabilité… l'empreinte environnementale d'un bon savon est réduite à sa plus simple expression.

En conclusion, parallèlement aux avancées en matière d'éco-conception industrielle, évidemment souhaitables, n'écartons pas la simplicité dans nos choix de consommateurs. Le savon naturel et artisanal, tout comme la slow cosmétique, pourraient bien revenir en force dans la salle de bain des citoyens responsables, de même que la slow food dans les cuisines, la low-tech dans les loisirs et le vélo dans les transports. La sobriété heureuse et durable est à portée de main.

Avis d'expert proposé par Patrice Riard, savonnier et gérant de la Savonnerie du Vexin, à Marines, Val-d'Oise (95). Collaboration éditoriale : Sébastien Trollé, Éditions Cogiterra.

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