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L'évaluation environnementale des produits de construction à l'heure de l'économie circulaire

Gaultier Massip, Chargé environnement au Syndicat national de la construction des fenêtres, façades et activités associées, revient sur la prise en compte des débouchés réels de recyclage ou valorisation des matériaux de construction en fin de vie.

Avis d'expert  |  Déchets  |    |  Actu-Environnement.com

Les industriels des matériaux et produits de construction ainsi que les architectes et les maîtres d'ouvrage ont depuis le début de l'année deux nouvelles normes sur lesquelles s'appuyer pour évaluer la contribution d'un produit de construction à la performance environnementale d'un ouvrage : la NF EN 15804 et la NF EN 15978. Celles-ci, de dimension européenne, s'inspirent en partie des normes françaises jusqu'ici en vigueur mais s'en distinguent notamment sur un point : la prise en compte des débouchés réels de recyclage ou valorisation des matériaux de construction en fin de vie. En effet, jusqu'à présent, les méthodes d'évaluation ne prenaient pas en compte la capacité d'un matériau à être effectivement réutilisé, recyclé ou énergétiquement valorisé en fin de vie. C'est aujourd'hui le cas !

Obligation réglementaire

Depuis le 1er janvier 2014, un arrêté gouvernemental impose à tout industriel de produits de construction mettant en avant une caractéristique environnementale (recyclable, éco conçu…) de fournir une déclaration environnementale. En France, le format standard d'une déclaration environnementale est celui proposé dans le cadre de la NF EN 15804 et de son complément national (XP P01-064). Les déclarations environnementales françaises s'appellent des fiches de déclaration environnementale et sanitaire (FDES), version française de la  « Environmental Product Declaration (EPD) » européenne.

Afin d'harmoniser la rédaction de  ces fiches, la Commission Européenne a mandaté un groupe d'expert internationaux (CEN TC 350) chargé d'élaborer deux normes consensuelles permettant d'évaluer l'impact environnemental des produits de construction, la NF EN 15804, et des bâtiments, la NF EN 15978. Ces deux normes se distinguent de leurs versions nationales précédentes (bientôt obsolètes) par un découpage du cycle de vie du produit (ou du bâtiment) en quatre modules communément appelés A, B, C et D : le module A décrit les impacts environnementaux de la production, du transport et de la mise en œuvre du produit, le module B décrit les impacts durant la phase d'utilisation et le module C ceux de la fin de vie (démolition, traitement des déchets, transport). Enfin le module D, véritable révolution dans l'approche méthodologique, permet d'évaluer les bénéfices environnementaux liés à la réutilisation, la valorisation ou le recyclage du produit ou des matériaux.

Les produits de construction au cœur de l'économie circulaire

 
Les produits de construction sont des biens de consommation très spécifiques. En effet, ceux-ci ne sont jamais conçus pour être utilisés en dehors d'un bâtiment. C'est la raison pour laquelle, aussi bien au niveau énergétique qu'environnemental, on ne peut pas évaluer leur performance à l'échelle du produit mais seulement à l'échelle de l'ouvrage dans lequel ils s'intègrent. Ceci explique aussi la motivation qui a poussé à développer deux normes bien spécifiques : la NF EN 15804 qui évalue les caractéristiques environnementales à l'échelle du produit et la NF EN 15978 à l'échelle d'un ouvrage.

Cette spécificité est aussi une des raisons pour lesquelles les projets de directives européennes sur l'éco-conception et l'étiquetage énergétique ne sont pas adaptés aux produits de construction car ces informations devraient être délivrées à la sortie de l'usine.
 
Cette information additionnelle, en totale cohérence avec le concept d'économie circulaire, permettra aux architectes et aux maîtres d'ouvrage de savoir si les produits qu'ils prescrivent ou qu'ils utilisent présentent un avantage environnemental particulier grâce à leur recyclage ou leur valorisation en fin de vie. Un matériau peut par exemple présenter un profil environnemental favorable sur les modules A, B ou C  mais avoir pas ou peu de débouchés de valorisation, générer des déchets et finir presque automatiquement enfoui ou dans le meilleur des cas en usine d'incinération. A l'inverse certains matériaux ou produits peuvent avoir un impact plus élevé sur les modules A, B ou C mais présenter des avantages forts en termes de recyclage en fin de vie, notamment sous la forme de matière secondaire venant se substituer à de la matière première vierge. Cet aspect « recyclabilité » faisait défaut dans la norme antérieure. La nouvelle référence européenne et sa traduction dans la collection nationale française comblent heureusement cette lacune.

Cette avancée normative représente pour beaucoup de matériaux un pas en avant indispensable pour assurer une cohérence et une transparence dans l'évaluation environnementale des produits de construction. Le secteur du bâtiment génère près de 50 millions de tonnes de déchets par an (à titre de comparaison, chaque année, environ 30 millions de tonnes de déchets ménagers sont produits). 65% proviennent de la démolition, 28% de la réhabilitation et 7% de la construction neuve. Afin d'engager une démarche vertueuse et transparente sur la totalité du cycle de construction, il est nécessaire que le cycle de vie des produits de construction et de l'ouvrage soit analysé de façon intégrale depuis la fabrication du matériau jusqu'à son sort en fin de vie et notamment la possibilité ou non d'une valorisation. La prise en compte des bénéfices environnementaux liés à la fin de vie étant encore récente, il convient de s'assurer qu'elle repose sur une réalité c'est-à-dire sur l'existence d'une filière de recyclage structurée et efficace et non sur une valorisation purement théorique. Cependant certains matériaux ont de vrais avantages à faire valoir et leur filière industrielle de recyclage, locale et non délocalisable, a tout intérêt à démontrer les efforts et avancées effectués ces dernières années.

Les métaux dans le bâtiment, très bons élèves de la valorisation en fin de vie

C'est notamment le cas des métaux tels que l'aluminium, l'acier ou le zinc. Leurs propriétés intrinsèques en font des matériaux indéfiniment recyclables et conduisant à disposer d'une matière secondaire présentant un impact environnemental très réduit par rapport à la matière dite «primaire». En effet, le recyclage de ces métaux nécessite une consommation d'énergie significativement réduite par rapport à la fabrication du métal primaire.

Les taux de collecte et de recyclage des métaux dans le bâtiment sont très élevés (de l'ordre de 95%). Ceux-ci sont donc systématiquement retransformés en fin de vie pour rentrer dans la composition de produits similaires ou d'autres applications, en fonction des situations logistiques et/ou industrielles. Cette faculté des métaux à être recyclé et réutilisé est donc mise en exergue aujourd'hui dans les nouvelles déclarations environnementales grâce à l'ajout du module D. Celui-ci, dans un souci de transparence pour l'utilisateur dans l'affichage de l'information sur le produit, est présenté de manière distincte par rapport aux autres modules. Cependant, à l'échelle de l'ouvrage, il paraît souhaitable de donner une information sur le cycle de vie complet, « du berceau au berceau » comme aiment à le dire les spécialistes. Une réflexion doit donc être engagée dans la manière dont l'ensemble de ces informations, y compris le module D, sera utilisé dans le futur référentiel environnemental des bâtiments.

Enfin, donner de l'importance à cette information incitera  certains professionnels voire des secteurs industriels dans leur ensemble à réfléchir plus sérieusement aux débouchés de recyclage des produits en fin de vie. Le vitrage isolant utilisé dans le bâtiment par exemple est un matériau encore peu recyclé alors qu'il présente de ce point de vue des caractéristiques avantageuses de faisabilité technique, économique et environnementale. Gageons qu'une telle évolution dans le paysage normatif et réglementaire fera évoluer de manière durable les modèles industriels de ces matériaux.

Avis d'expert proposé par Gaultier Massip, Chargé environnement au SNFA.
Notes : les organisations professionnelles représentatives des produits métalliques utilisés dans le bâtiment (SNFA, A3M, Construiracier) coopèrent depuis des années sur les aspects environnementaux et notamment sur la mise en avant du recyclage en fin de vie. Cette collaboration a conduit à la création en Europe de l'alliance Metals for Buildings, regroupement professionnel permettant de mettre en avant l'approche commune de différentes professions sur ces sujets et ainsi de démontrer la cohérence des positions défendues.

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