Les banques françaises sont-elles « résolument engagées dans la lutte contre le changement climatique », comme le soutient leur fédération ? Une enquête (1) de l'association Reclaim Finance, publiée ce mardi 15 octobre, remet en cause cette affirmation. Entre 2019 et 2023, les établissements français ont bien réduit de 59 % leurs financements aux entreprises inscrites dans la chaîne de valeur du charbon, mentionnées dans la « Global Coal Exit List » de l'ONG environnementale Urgewald, admet Reclaim Finance.
Mais l'association a identifié plusieurs transactions des groupes BNP Paribas, Société générale, Crédit agricole ou Banque populaire-Caisse d'épargne/Natixis contraires à ce positionnement, entre 2021 et 2023, notamment en faveur d'entreprises développant de nouvelles mines ou des centrales à charbon, comme le sud-coréen Posco ou le japonais Mitsubishi. L'ONG mentionne aussi des financements pour des entreprises qui n'affichent pas de date de sortie publique du charbon ou qui mentionnent des dates incompatibles avec la limitation du réchauffement à 1,5 °C.
Plus de quarante entreprises concernées
En tout, BNP Paribas aurait aidé vingt groupes « problématiques » dont huit investis dans le développement de nouvelles mines ou des centrales à charbon. Crédit agricole en aurait soutenu onze, la Société générale neuf et BPCE/Natixis trois. À l'origine de ces opérations, Reclaim finance identifie plusieurs « failles » dans les politiques des banques. Parfois, elles ne s'appliquent qu'à la filiale qui développe de nouveaux projets de mines et de centrales et non au groupe. Quelques fois, elles ne s'appliquent pas si l'entreprise détient moins de 50 % des parts dans le projet. Dans d'autres cas, elles ne couvrent pas les projets industriels incluant des centrales à charbon captives ou les entreprises qui développent de telles centrales. Enfin, les banques peuvent aussi arguer de la confidentialité des documents pour justifier leur soutien à des entreprises n'ayant pas de stratégie alignée avec leurs engagements.
En 2020, les quatre grandes banques françaises (BNP Paribas, Crédit agricole, Société générale et BPCE/Natixis) avaient toutes mis à jour leurs politiques sur le charbon thermique, encore complétées en 2023 pour le Crédit agricole et en 2024 pour la Société générale. Chargée notamment de l'information des investisseurs et du bon fonctionnement des marchés, l'Autorité des marchés financiers (AMF) dispose du pouvoir de réglementer, de surveiller et de sanctionner. À ce titre, Reclaim Finance l'appelle donc à faire cesser « ce greenwashing » et à exiger une modification des pratiques sous peine de sanctions.






