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Méthanisation : tous les paramètres comptent pour respecter le business plan

Le business plan d'un projet de méthanisation est un exercice délicat. De nombreux paramètres doivent être pris en compte pour assurer des revenus conformes et pérenniser le projet. Jérôme Charmant, ingénieur et responsable commercial chez Clarke Energy France, nous détaille les points de vigilance.

Avis d'expert  |  Energie  |    |  Actu-Environnement.com

Si la méthanisation a un gros potentiel en France, la filière est encore naissante. Le pays a choisi de méthaniser en priorité les déchets organiques notamment agricoles. Les agriculteurs découvrent ainsi un nouveau métier, celui de producteur d'énergie. Ces nouvelles activités sont une source de revenus complémentaires, bienvenues dans un secteur en crise. Encore faut-il que le business model tienne la route. Et là quelques points méritent la plus grande vigilance.

Le choix des équipements notamment doit se faire avec une vision globale de l'installation. Il faut appréhender tous les paramètres. Pour ceux qui font le choix de la valorisation énergétique du biogaz produit, la vente de l'électricité va conditionner les revenus. Nombreux sont ceux qui privilégient des installations de cogénération uniquement sur le critère du haut rendement. Ce critère intrinsèque à la machine est un élément majeur certes mais pas le seul.

Vérifier la fiabilité de la machine dans le temps

Le prix de la machine en est un autre, tout comme sa fiabilité. Sa capacité à fonctionner efficacement sur de longues périodes conditionne aussi les volumes d'électricité vendus. Rien ne sert d'opter pour une machine avec un haut rendement si celle-ci ne tourne pas. Surtout que les causes de dysfonctionnement et erreurs de conduite peuvent être nombreuses. Par exemple, après l'oubli d'une purge de la conduite de gaz après le remplacement du charbon actif, un taux d'oxygène trop important peut générer un emballement et une casse de la machine si celle-ci ne possède pas de système de détection de dérive.

Autre exemple : les caractéristiques du biogaz produit varient dans le temps. Le débit et la teneur en CH4 sont mouvants. Les écarts de concentration peuvent atteindre 10 à 20%. Les machines doivent donc être capables de détecter ces variations pour maintenir leur rendement au plus haut et ne pas provoquer de cliquetis (détonation) destructreur pour la machine. Avec une mesure en temps réel du CH4 à l'entrée de la machine, les paramètres de combustion peuvent être adaptés. Après un arrêt de longue durée, les redémarrages sont facilités.

Ne pas oublier les coûts de maintenance

D'autres facteurs doivent entrer en ligne de compte dans le choix des modules de cogénération. Notamment le coût de maintenance. Le constructeur connaît bien l'évolution et l'usure dans le temps de sa machine. Il peut prévoir les changements de pièces, les réglages et les réparations. Cette maintenance préventive peut varier beaucoup d'une machine à une autre et influer sur sa disponibilité et par conséquent sur le volume d'électricité produit. Par exemple, en Allemagne des disponibilités proches de 99% ont été constatées sur des modules Jenbacher JMS312 500kwé dont la durée de vie est maintenant étendue à 10 ans.

Les consommables comme l'huile ou le charbon actif pour le traitement du gaz vont aussi jouer sur le bilan. On ne le dira jamais assez mais la qualité de l'installation est également un point clef. Effectivement, une architecture optimum de la ligne de préparation et traitement du biogaz permettra une réduction par deux des coûts de remplacement du charbon actif et la fréquence de vidange pourra être repoussée à 3.600 heures (réellement constaté).

Bref, il faut se faire une vision globale à l'usage afin que les bénéfices attendus d'un projet de méthanisation soient bien au rendez-vous. Au risque de faire des déçus et de ralentir encore un peu plus le développement de cette énergie renouvelable essentielle à la transition énergétique.

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Dans ce bilan global, il faut également inclure les externalités négatives. Si les projets se multiplient dans le secteur agricole, c'est au détriment de projets plus importants de méthanisation territoriale qui permettent la valorisation d'intrants de différentes provenance : bio déchets ménagers, déchets verts des collectivités, agroalimentaires, le cas échéants et agricoles. Le développement de fermes usines (ferme à 100 vaches, ou cochons...) est également sur la sellette et rejeté par les citoyens consom'acteurs. On ne peut baser le développement de projets agricoles pour le prix du m3 de biogaz.

Territoires durables | 03 janvier 2017 à 12h31
 
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En réponse à Territoires durables:
Ne soyez pas si pessimiste en écrivant les externalités négatives, mais plutôt définir les externalités économiques en terme de compétitivité. Ce en quoi l´article ci-dessus essaye de répondre. En fait la concurrence est entre toutes les énergies existantes en particulier avec le pétrole et le gaz naturel. D´autre part il n´y a pas pour l´instant de concurrence sur l´approvisionnement des déchets pour la production de biogaz entre les projets agricoles et ceux des collectivités urbaines. Cela parce que leurs intrants ont des origines différentes.
Veuillez aussi revoir votre chiffre de ferme de 100 vaches. Elle est de 1000. À noter que la quantité n´est pas le problème mais celui de la concentration et de l´accès au paturage. Dans ce cas là, la production de biogaz se fait au dépend du bien être des animaux, de la qualité de leur production et de l´environnement.

Bernard | 03 janvier 2017 à 14h27
 
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En réponse à territoires durables
Les risques sanitaires des projets territoriaux sont largement sous-estimés.
La simple évocation auprès d'un agriculteur (je ne parle même pas d'un véto qualifié) du retour au sol d'un digestat potentiellement "enrichi" en métaux lourds, en indésirables agronomiques (emballages broyés, etc) et surtout en pathogènes externes vous en fera comprendre les enjeux. Je n'évoque même pas la compatibilité avec l'AB.
Le traitement distinct (cloisonné...) au sein d'une même unité est techniquement possible mais coûteux. Très peu d'équipementiers sont en mesure de répondre clairement à ce genre de prérogative.
La décentralisation garde donc bien sa pertinence.

ismael samson | 20 janvier 2017 à 09h40
 
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