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Réutilisation des eaux usées traitées : l'économie circulaire appliquée au domaine de l'eau

Nicolas Condom, dirigeant fondateur d'Ecofilae revient sur l'opportunité d'un développement de la réutilisation des eaux usées traitées en irrigation au regard des tensions sur l'eau et l'agriculture dans un contexte de réchauffement climatique.

Avis d'expert  |  Eau  |    |  Actu-Environnement.com

Face à la demande d'une population mondiale et d'une agriculture irriguée croissantes, les ressources en eau sont aujourd'hui plus que jamais menacées et leur partage toujours plus complexe. Le dernier rapport du GIEC 2014 nous alarme, entre autres, sur la pression accrue sur les ressources disponibles dans le sud de l'Europe pour les prochaines décennies.

La France n'est pas épargnée par cette crise de l'eau et se doit d'opérer une mutation de son secteur de l'eau. Parvenir à associer efficacement usages et ressources, voici le challenge pour les multiples acteurs de la filière eau. La valorisation des eaux non-conventionnelles apparait alors comme un levier majeur pour créer de la valeur en élaborant des solutions durables et profitables.

A chaque usage de l'eau sa source adaptée : vers la notion de « goutte idéale' »

La France dispose de toutes les clés pour réussir cette transition. Référence mondiale dans le domaine du traitement, elle dispose du savoir-faire et des compétences techniques pour traiter et contrôler la qualité de ces eaux quelques soient les usages et les systèmes irrigués (cultures de plein champ et maraîchères, espaces verts, golfs…). Les fournisseurs de matériels d'irrigation, quant à eux, développent déjà les innovations nécessaires afin d'adapter leur matériel aux eaux usées traitées (tandis que les pratiques des irrigant permettent aussi une meilleure efficience).

La réutilisation des eaux usées traitées (REUT) en irrigation nécessite de dépasser les schémas classiques d'assainissement et d'irrigation. La réflexion sur le traitement doit être menée depuis l'aval de la chaîne de l'eau et les eaux doivent être traitées en fonction de l'usage qui en est fait. Irrigants et traiteurs d'eau sont alors obligés de travailler en synergie et de rechercher le meilleur compromis, la ''goutte idéale',' et partager au mieux les bénéfices.

La « goutte idéale » c'est la garantie pour chaque contexte d'une filière technologique optimale et spécifique (qualité et quantité d'eau attendues, stockage, mode d'irrigation…). Elle doit également conduire à la rentabilité  des points de vue économique et social tout en préservant les risques sur la santé, l'agronomie et l'environnement.

Traiter l'eau avec excès tue la rentabilité des projets. A l'inverse, une mauvaise maitrise des risques conduirait à des échecs hypothéquant l'avenir de la REUT dans l'hexagone. Cette exigence à rechercher l'optimum est génératrice de créativité, d'innovation et permet d'élaborer des savoirs exportables à l'international, sésame pour se positionner sur des marchés concurrentiels.

Quantifier les bénéfices…

Les eaux usées domestiques sont riches en matière organique, en phosphate et en azote. Dans un contexte où l'agriculture est amenée à consommer de plus en plus d'intrants et où on se dirige vers une crise du phosphate, ces eaux peuvent contribuer à diminuer de près de 30% les apports en engrais (OMS, 2010). Assainir l'eau tout en conservant la matière et les propriétés nutritives agronomiques reste un des défis à relever.

L'île de Noirmoutier irrigue depuis plus de 30 ans ses terres agricoles à partir d'eaux usées traitées, créant ainsi une situation de bénéfices réciproques : les agriculteurs ont accès à une ressource bon marché et ont contribué à diminuer la pression sur la ressource en eau potable, alors que les rejets en eau dans le milieu naturel marin ont diminué.

… et maitriser les risques sanitaires et sociaux

Le risque sanitaire de contamination microbiologique peut être maîtrisé efficacement via des procédés de désinfection et un suivi régulier du risque épidémiologique. Les eaux de la station d'épuration de Clermont-Ferrand irriguées sur près de 1.400 Ha depuis près de 20 ans ans ont fait l'objet d'un suivi sur 3 ans et aucun problème de contamination n'a été recensé à ce jour.

Le rejet social est un risque inhérent à tout projet. Une enquête du Commissariat Général au Développement Durable fait apparaître, contrairement aux idées reçues, qu'une large majorité des Français (68 %) est prête à accepter de consommer des fruits et légumes arrosés avec des EUT tout en ignorant pour, pour la plupart, qu'ils le font déjà : fruits et légumes en provenance d'Espagne par exemple, sont souvent produits avec de l'EUT. Pour rendre compréhensible et acceptable la REUT, il est essentiel de mener des actions pédagogiques de sensibilisation auprès du public mais surtout auprès des décideurs.

Des golfs déjà en transition

Les golfs, acteurs majeurs au sein de certains territoires, souvent pointés du doigt pour leur consommation excessive en eau, ont pour 17 d'entre eux déjà trouvé l'alternative. La valorisation économique évidente et le faible nombre d'acteurs impliqués a permis de favoriser l'émergence de projets de REUT.

Le Golf de Sainte-Maxime irrigue ainsi depuis bientôt 10 ans 60 Ha de parcours à partir des eaux usées domestiques traitées par la station d'épuration de la ville. Il bénéficie ainsi d'une eau disponible toute l'année à un coût près de deux fois inférieur au coût de l'eau potable utilisée préalablement. La situation permet ainsi à la commune de réallouer l'eau potable à d'autres usages. Une analyse économique coûts-bénéfices menée en 2014 par l'IRSTEA et Ecofilae a montré que la valeur économique nette du projet était de plus de 3 M€

La réglementation révisée décuplera le nombre de projet de REUT

La réglementation mise en place en 2010 a bridé nombre de projets en France depuis 3 ans. L'aspersion, principal type d'irrigation en France, y était soumise à de fortes et coûteuses contraintes préalables à la mise en place de chaque projet.

La révision de l'arrêté du 2 août 2010 en date du 25/06/2014 et parue au journal officiel le 4 juillet 2014 lève en partie ces contraintes et conserve des classes de qualité d'eau à respecter en fonction des types de cultures. De nombreux projets bloqués jusqu'alors devraient alors voir le jour dans les prochaines années.

La réglementation pour l'irrigation, une première étape vers la diversification vers des usages?

A l'instar des autres pays comme l'Espagne, l'Italie ou Israël, la REUT en irrigation doit ouvrir la voie à un encadrement d'autres usages comme le lavage des voiries ou la recharge de nappe (Cahier du Plan Bleu 11, 2012). La Tunisie réutilise déjà ses eaux usées pour la recharge de nappes souterraines, profitant ainsi au passage des pouvoirs épurateur des sols. Le premier maillon réglementaire est enfin en place en France, souhaitons que la suite s'enclenche très rapidement afin de permettre des filières multi-usages répondant aux besoins des territoires.

LA REUT est donc une opportunité unique pour réunir sur un territoire tous les acteurs de la filière eau (de l'exploitant à l'utilisateur final en passant par les irrigants) animés par le même objectif : créer de valeur économique avec une solution durable. Elle est sans nul doute un moteur largement sous-exploité pour alimenter des économies circulaires dans des contextes à fort déficit hydrique.

Avis d'expert proposé par Nicolas Condom, dirigeant fondateur d'Ecofilae

Réactions7 réactions à cet article

 

je ne suis pas "expert" mais que deviennent les molécules médicamenteuses connues et celles qu'on ne sait même pas rechercher et les désinfectants utilisés ?
pour les golfs pourquoi pas mais pour arroser les pommes de terre de Noirmoutier ! je ne risque pas d'en acheter !

Lucie | 29 juillet 2014 à 08h59
 
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Le déficit hydrique est un problème quantitatif : il y a trop peu d'eau dans les rivières et les cours d'eau en période d'étiage ce qui entraine des dommages sur l'état écologique de nos cours d'eau. Des habitats et des espèces sont menacés. C'est pour cela que l'on restreint voir interdit les prélèvements pour l'irrigation pendant ces périodes critiques. Or l'eau traitée par la STEP retourne normalement dans la rivière. Je ne comprends pas comment en "détournant" ces volumes d'eau pour les réutiliser en irrigation on entend résoudre le problème de déficit quantitatif en été ?

Juliette | 29 juillet 2014 à 11h40
 
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Vous mangez des légumes bio Lucie ? sinon une eau recyclée est nettement moins nocive que des légumes arrosés de pesticides.
Le meilleur traitement c'est la prévention pour éviter des eaux trop polluées et donc des couts de traitement importants
Je ne vois pas comment dans les années à venir on peut envisager de se passer de ce système, l'économie circulaire est une évidence et ce dans tous les domaines

lio | 29 juillet 2014 à 12h49
 
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Projet intéressant sinon indispensable en effet. Mais il devra s'accompagner d'efforts importants en matière de traitement des résidus de métaux lourds, d'antibiotiques, d'hormones, etc... contenus dans les eaux usées, qui polluent déjà aujourd'hui rivières, fleuves et mers et impactent fortement la chaîne alimentaire.

Roland | 29 juillet 2014 à 13h32
 
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« Vous mangez des légumes bio Lucie ? Sinon une eau recyclée est nettement moins nocive que des légumes arrosés de pesticides. »

C'est l'experte (en rien) lio qui vous l'affirme!!
Voila une remarque pertinente et qui apporte a tous.
Une affirmation gratuite de plus de la spécialiste lio
Lio maîtrise biensur les futures LMR sur vos légumes et surtout elle connait d'avance tous les résultats d'analyses qui seront fait et par conséquent elle peu déjà affirmer que le risque de nocivité des eaux recyclées sera inférieur aux nocivités des LMR que vous trouverez sur vos légumes (bio ou conventionnel d'ailleurs).

Perso, la seul chose que je sache, est que si la spécialiste en rien mais qui sait tout, Lio à raison, à savoir que la nocivité de ces eaux soit inférieur à celle des LMR sur vos légume, alors cela voudra dire qu’il n’y aura vraiment aucun risque du tout (même^si risque zéro n’existe pas)
Oui, quand ont connaît la façon dont ces limites maximum de résidus (LMR) sont définies, il n’y a aucune raison de s’inquiéter contrairement à ce que raconte les experts du type de lio qui montre un niveau de bac moins 15 en toxicologie!(en plus de nous montrer sa haine permanent du monde agricole).

Ce qui est sure aussi, est le fait que l’on va encore être bien content de les trouver les agris pour se débarrasser de ses déchets.

yannquirigole | 29 juillet 2014 à 16h43
 
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yannquirerigole fait revivre le latin "beati pauperes spiritu"

lio | 30 juillet 2014 à 12h23
 
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Whaouuuuuuu !
Lio parle le latin.
Voila la raison de son omniscience !
On s’incline devant l’être supérieur qui parle latin !

Désolé lio, mais moi je ne le parle pas (le latin).
J’ai quelques compétence en agronomie et quelque connaissance sur le monde rural avec qui je travail depuis seulement 25 ans.
Mais le latin, là, je tombe sur le c….
Vos remarques constructives prennent une autre valeur maintenant. (Ok j’exagère un peu)

Qui suis-je pour vous faire des remarques, moi qui ne parle que l’anglais et un peu le moré (passé deux ans chez les mossis du Burkina Faso).
Ben oui si vous parler latin, vos visions du future sont donc peut être divine.
Sans vous, vos avis éclairé (quand on maîtrise le latin…!) et vos connaissances sur tous les sujets et le latin comment ferait le monde demain sans vos interventions éclairées.
Vos intervention toujours argumentées et éclairées par le latin sont indispensable pour la sauvegarde de la planète(Là aussi j’exagère LOL).
C’est sure !!

yannquirigole | 30 juillet 2014 à 13h36
 
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