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Le Biocontrôle : 4 freins au développement d'une filière prometteuse

Philippe Freund, Directeur Associé et Co-fondateur de BeCitizen, revient sur les opportunités que présentent les produits de biocontrôle dans le débat sur les pesticides et soulève les principaux freins au développement de cette filière pourtant prometteuse.

Avis d'expert  |  Agroécologie  |    |  Actu-Environnement.com

Le feuilleton continue ! Après le moratoire sur les insecticides néonicotinoïdes décidé par l'UE le 29 avril et l'étude collective de l'INSERM parue le 13 juin, l'interdiction par l'UE le 16 juillet d'un quatrième insecticide mortel pour les abeilles, le fipronil, relance le débat sur les pesticides. D'un côté, l'étude de l'INSERM s'intéresse aux effets des pesticides sur la santé des agriculteurs notamment en signalant une forte présomption de lien entre exposition professionnelle à des pesticides et certaines pathologies (maladie de Parkinson, cancer de la prostate, lymphome non Hodgkinien, myélomes multiples). De l'autre, le moratoire de l'UE et la restriction récente du fipronil soulignent les effets sur l'environnement de quatre insecticides suspectés de provoquer l'effondrement des colonies d'abeilles, qui – au delà de leur fonction de producteur de miel – sont surtout nécessaires à la fructification de la majorité des fruits et légumes cultivés.

Même si le sujet est l'objet d'intenses polémiques, il y a consensus sur la nécessité de réduire drastiquement les quantités de pesticides chimiques utilisées. Les produits de biocontrôle offrent une alternative, partielle au moins, aux pesticides conventionnels, mais ils peinent encore à s'imposer dans nos campagnes malgré un développement assez dynamique du secteur.

Le biocontrôle : une alternative aux pesticides conventionnels

Si l'on s'accorde sur la définition qu'en donne la fédération du secteur (l'IBMA, International Biocontrol Manufacturers' Association), « les agents de biocontrôle – encore appelés biopesticides – recouvrent l'ensemble des méthodes de protection des végétaux qui reposent sur l'utilisation de mécanismes naturels. Ils visent la protection des plantes par le recours aux mécanismes et interactions qui régissent les relations entre espèces dans le milieu naturel. Ainsi, le principe du biocontrôle est fondé sur la gestion des équilibres des populations d'agresseurs plutôt que sur leur éradication. »

On distingue quatre grandes familles d'agents de biocontrôle :

-      Les petits organismes (invertébrés, insectes, acariens…) qui protègent les cultures contre les ravageurs. Exemple : une coccinelle peut être utilisée comme prédateur des pucerons qui s'attaquent aux tomates.

-      Les micro-organismes (champignons, bactéries, virus) qui protègent les cultures ou stimulent leur vitalité. Exemple : la bactérie Bacillus Subtilis déposée à la surface des feuilles de vigne attaque le Botrytis, une maladie fongique.

-      Les médiateurs chimiques (phéromones par exemple) qui permettent de piéger ou de désorienter les insectes ravageurs. Exemple : des leurres imprégnés de phéromones imitant celles émises par la femelle du Carpocapse du Pommier désorientent les mâles et les empêchent de s'accoupler.

-      Les substances naturelles avec un effet répulsif ou stimulateur de la défense des plantes. Exemple : la laminarine, substance issue d'algues brunes, renforce les défenses naturelles des céréales contre des champignons du type Oïdium.

Leur utilisation est très différente de celle d'un pesticide conventionnel : ils sont souvent utilisés dans un mode plus préventif que curatif sur des infestations légères à moyennes. Bien souvent, c'est leur association avec un pesticide conventionnel qui est la formule gagnante : l'agent de biocontrôle aura maitrisé les ravageurs ou la maladie assez efficacement durant la saison pour que la quantité et la fréquence d'usage du pesticide chimique soit drastiquement réduite. Comme le montrent les exemples ci-dessus, leurs modes d'action (prédation, parasitisme, symbiose, imitation…) nécessitent souvent une compréhension précise du fonctionnement de la maladie ou du ravageur.

Un secteur jeune et très dynamique

Ce n'est que très récemment, depuis octobre 2012, que le biocontrôle a été intégré au plan Ecophyto 2018 avec la signature d'un accord cadre entre les Ministères de l'Agriculture et de l'Environnement et les partenaires agricoles impliqués.

Sur un marché mondial des phytosanitaires d'environ 50 milliards d'euros en 2012, le biocontrôle ne représente que 1,2 milliards d'euros, mais la croissance annuelle du secteur est de l'ordre de 15% dans un marché des pesticides conventionnels qui plafonne à 5,5%.

Le marché du biocontrôle est encore majoritairement dominé par des PME de 1 à 10 millions d'euros généralement spécialisées dans 1 ou 2 agents. Il est en pleine voie de concentration. Les « big six » de l'agrochimie mondiale (Monsanto, DuPont, Syngenta, Bayer, Dow et BASF) ont bien compris le dynamisme de ce marché et se sont lancés dans une intense activité d'acquisition dans le secteur et dans le développement de programmes de R&D dédiés. L'allemand Prophyta a été racheté par Bayer Cropsciences, le belge DevGen a été racheté par Syngenta, pour ne citer que les plus récentes. Pour Bayer, le biocontrôle devrait représenter 10% de son chiffre d'affaire en 2020.

Nos études récentes nous ont permis d'analyser, à travers une centaine d'interviews d'acteurs de la chaine de valeur, quelles étaient les principales barrières au développement de cette filière.

4 freins au développement de la filière à lever

Barrière 1 : homologation / législation non adaptée. Les procédures créées et pensées à l'origine pour les pesticides chimiques conventionnels sont très longues et onéreuses. La matière active doit être approuvée au niveau européen (intégrée à l'annexe I du règlement n°1107/2009) puis obtenir une Autorisation de Mise sur le Marché dans l'état membre concerné (AMM). Cette procédure coûte environ 1 million d'euros et dure de 3 à 5 ans. Peu de PME peuvent financer ces procédures qui doivent être mieux adaptées au biocontrôle. De plus, aucun pays ne possède de centre d'expertise du biocontrôle ce qui rend parfois l'homologation très complexe.

Barrière 2 : doutes sur l'efficacité chez les agriculteurs. Comme toute nouvelle approche, il faut convaincre de l'efficacité du produit. Au-delà des tests d'efficacité requis par la réglementation, la conviction doit se faire sur le terrain auprès de l'agriculteur, pour chaque couple culture/ravageur-maladie et dans chaque terroir. Comme pour tout produit innovant, les mauvaises expériences existent car l'agriculteur n'est pas toujours bien conseillé pour utiliser ce nouveau produit selon les bonnes indications et dans les bonnes conditions. Les réseaux FARRE, AEI ou encore des fermes DEPHY mises en place dans le cadre du plan EcoPhyto intègrent des expérimentations en ce sens. Il faut encore multiplier les fermes pilotes et les démonstrations en plein champ, notamment avec l'appui incontournable des Instituts Techniques agricoles.

Barrière 3 : le coût élevé. Les agents de biocontrôle sont aujourd'hui plus couteux que les pesticides conventionnels ce qui limite leur intérêt aux filières à très forte valeur ajoutée et où l'argument santé auprès du consommateur est important (fruits et légumes, agriculture biologique). Des marges de progrès existent sur les coûts de production et de distribution. On pourrait également imaginer une fiscalité de type bonus/malus récompensant les réductions d'usage des pesticides chimiques qui serait un facteur de soutien à une vraie filière industrielle naissante.

Barrière 4 : distribution et logistique peu adaptés. Rares sont les réseaux de distribution spécialisés dans le biocontrôle. Or les spécificités du biocontrôle nécessitent des distributeurs formés pour prodiguer conseils et formations aux coopératives et indirectement aux agriculteurs. Les circuits logistiques doivent également être adaptés pour stocker du matériel vivant ou issu du vivant (durée de vie des larves, réfrigération des spores ou des bactéries par exemple).

Ce n'est qu'une fois ces principales barrières levées que le biocontrôle pourra s'imposer dans les années à venir comme une pièce maitresse du mix des pratiques agricoles durables.

Avis d'expert proposé par Philippe Freund, Directeur Associé et Co-fondateur de BeCitizen.

Réactions2 réactions à cet article

 

Petite confusion.
Il ne semble pas qu'il s'agisse du mildiou vs Bacillus subtilis mais du botrytis

Pour le reste, synthèse partagée

Patrice BEDIN pour ALTO NC SAS

ALTO NC | 03 septembre 2013 à 08h11
 
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Vous avez tout à fait raison, il faut corriger, sur la vigne le B. Subtilis est utilisé contre la pourriture grise (Botrytis). Merci pour votre perspicacité.

Philippe Freund | 04 septembre 2013 à 12h46
 
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