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Mettre en place un Système d'Information Energétique : un investissement à rentabiliser

Pierre-Yves Lenglart, président d'Alteneo revient sur l'importance de la mise en place d'un système de suivi de la consommation d'énergie capable de calculer des indicateurs de performance, pour une bonne maîtrise des dépenses énergétiques dans les bâtiments tertiaires.

Avis d'expert  |  Energie  |    |  Actu-Environnement.com

Entreprises industrielles, collectivités locales, bailleurs sociaux, activités tertiaires, tous sont confrontés à la hausse des prix de l'énergie, et à la nécessité de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Réduire la consommation d'énergie de façon durable est une nécessité.

La phrase bien connue de Lord Kelvin : "If you cannot measure it, you cannot improve it", - sans mesure, pas de progrès - s'applique parfaitement à la performance énergétique, et la première chose à faire, en s'engageant dans  une démarche de réduction de la consommation d'énergie, est de mettre en place un système de suivi de la performance énergétique. L'expérience montre que la mesure, par la prise de conscience qu'elle engendre et les actions simples qui en découlent, peut permettre d'économiser entre 5% et 15% de l'énergie consommée. Reste à trouver le système le plus adapté, à un prix en rapport avec l'économie attendue.

Une palette de solutions

De la comptabilité énergétique, au suivi de la consommation d'énergie en temps réel, il existe toute une palette de solutions, dans laquelle on pourra choisir selon ses objectifs et ses contraintes. La première étape est de connaître sa consommation d'énergie. Un simple tableur peut suffire, dans lequel on recense les périodes et les consommations par vecteur énergétique, en KWh, et en €. Ceci permet au moins de définir les grandes masses : la consommation globale, son évolution, les consommations les plus importantes, etc.

On atteint rapidement les limites d'un tel tableau. Comment corréler l'énergie consommée à la production ? Comment intégrer les variations climatiques dans le modèle ? Comment simuler l'impact de telle ou telle mesure d'amélioration de la performance énergétique ? Le besoin vient alors de mettre en place une véritable comptabilité énergétique, ou mieux un contrôle de gestion énergétique. Il ne suffit pas seulement de suivre les flux d'énergie, mais aussi de les associer à des « variables d'activité », comme la production, la surface d'un bâtiment, le nombre d'usagers de tel équipement public, etc.

Dans l'industrie, le ratio classique de la quantité d'énergie consommée ramenée à la tonne globale produite, couramment utilisé, s'avère vite tout à fait insuffisant car selon le type de produit fabriqué, la consommation d'énergie peut être très variable. On introduit alors la notion de « consommation spécifique », qui caractérise la quantité d'énergie spécifiquement liée à la production de tel ou tel produit, dont l'évolution permettra de suivre l' « efficience énergétique » de l'organisation.

Quelles informations et pour quoi faire ?

La question se pose alors de la mise en place d'un système d'information pertinent, et la réponse à deux questions initiales : quelles sont les informations dont j'ai besoin ? et pour en faire quoi ?

Pour les bâtiments neuf, la RT 2012 précise les mesures obligatoires des consommations d'énergie. Pour les bâtiments existants, les installations industrielles, les entreprises, il faudra effectuer, avant la mise en place d'un système quel qu'il soit, une analyse globale de la situation énergétique, au moins une cartographie énergétique, et l'identification de quelques pistes de progrès. La définition d'une organisation de management de la performance énergétique est aussi nécessaire. Inutile de suivre  la performance s'il n'y a personne pour piloter. La norme Iso 50001, de management de l'énergie, est une bonne base pour guider la réflexion et le plan d'action.

L'utilisation prévue des données collectées permettra de définir la configuration du Système d'Information Energétique (SIE) : temps réel ou non, hébergé ou en mode SAAS, avec quel système de collecte et traitement des informations, en lien ou non avec les systèmes en place (ERP, GPAO, et autres), et quels liens avec les données de production, de fréquentation, ou les variations climatiques ?

Temps réel ou pas ?

De nombreux systèmes proposent du suivi d'information en temps réel (souvent par points d'information 10 minutes). Ceci suppose la mise en place de systèmes de collecte de l'information (compteurs, sondes, …) et de centralisation de celles-ci, le plus souvent sur des bases de données de type SQL Server de Microsoft, puis de leur traitement à l'aide d'un logiciel. Ces systèmes permettent le suivi en temps réel d'indicateurs, de courbes de charges, de consommation, et la mise en place d'alertes. On pourra détecter rapidement une fuite d'eau, une consommation anormale, et agir en conséquence. La finesse du suivi dépendra du maillage de capteurs et compteurs qui sera déployé. La solution peut rapidement s'avérer onéreuse, mais elle est aussi généralement modulaire. On peut démarrer avec quelques points de mesure, et faire évoluer ensuite le suivi au fur et à mesure des besoins.

Dans un premier temps, le suivi en temps réel n'est pas toujours nécessaire. Une organisation peut tout à fait démarrer avec une analyse a posteriori de ses consommations, en les combinant intelligemment avec les variables d'activité définies ci-dessus, puis lorsque le besoin aura été démontré, mettre en place un suivi en temps réel lorsque son coût, et son bénéfice attendu auront été déterminés avec précision. Les systèmes en temps réels sont souvent complémentaires de systèmes d'analyse a posteriori, qui seront à l'énergie ce que le contrôle de gestion est à la gestion de trésorerie.

Hébergé ou en mode SAAS ?

La plupart des entreprises développant des SIE proposent le mode SAAS (Software As A Service). Ceci répond à deux raisons principales : ce système est plus rentable pour les entreprises qui le proposent puisqu'elles vendent un service au lieu d'une simple licence, et il permet aux entreprises clientes d'éviter l'investissement, et le prix des mises à jour, l'hébergement et la maintenance de la base de données. C'est donc un système gagnant gagnant, qui s'intègre dans la tendance actuelle de développement du cloud computing. Cependant, certaines organisations préfèreront garder la maîtrise complète de l'outil, et intégrer celui-ci dans le système d'information existant. La question doit donc être bien posée, en précisant ce qui se passerait en cas de rupture du contrat, soit pour une raison commerciale, soit en raison de la défaillance de l'entreprise prestataire de service.

Quel système de collecte et de traitement de l'information ?

La mise en place des capteurs, compteurs et autre système de collecte et centralisation des informations doit être particulièrement étudiée. Bien souvent, même en mode SAAS, celle-ci reste à la charge du client. Un des points clés est de définir si ce système doit être indépendant (sa seule fonction est de collecter l'information), ou actif (il est possible d'agir sur les équipements à travers le même système). Par exemple, pour les bâtiments, la collecte d'information est-elle faite à travers une GTB (Gestion Technique du Bâtiment), qui donnera la possibilité de réduire le chauffage, fermer les lumières, etc. ou est-ce un système totalement indépendant qui obligera à une intervention manuelle ou séparée sur la GTB existante ? D'où la notion nouvelle de Gestion Active du Bâtiment.  La réponse à cette question dépendra en grande partie de l'organisation du suivi de la consommation d'énergie et de ses liens avec les gestionnaires des bâtiments ou de la production.

Liens ou non avec les systèmes en place (ERP,  GPAO, …) ?

D'une façon générale, on privilégiera les systèmes permettant d'éviter le double stockage de données. La possibilité d'effectuer des liens entre les systèmes en place (ou à venir) et le SIE est intéressante, afin d'éviter d'avoir à stocker et traiter des  données en double. Il faudra cependant s'assurer que ces liens n'ajoutent pas une complexité inattendue et que le système reste gérable.

Les SIE proposés en mode SAAS sont souvent pauvres en fonctions de calcul. Ils sont bien adaptés au domaine du bâtiment, et permettent de calculer les consommations d'énergie au m², corrigés des degrés jours, mais ils sont beaucoup moins adaptés aux attentes des industriels, qui souhaitent pouvoir corréler les consommations d'énergie aux données de production, voire aux paramètres des process industriels.

Au final, la mise en place d'un système de suivi de la consommation d'énergie, corrélé à des variables d'activité, et capable de calculer des indicateurs de performance, est primordiale pour toutes les organisations qui souhaitent maîtriser leurs dépenses énergétiques. Le choix du Système d'Information Energétique est un choix d'entreprise qui peut s'avérer complexe, dès lors qu'on veut mettre en place un système de suivi de l'information en temps réel ou quasi réel. Le SIE n'est pas une fin en soi, mais un outil au service de la performance énergétique. C'est un investissement, qui devra prouver sa rentabilité.

Avis d'expert proposé par Pierre-Yves Lenglart, président d'Alteneo, société de conseil et solutions en efficacité énergétique pour les entreprises, collectivités locales, et gestionnaires de bâtiments et équipements collectifs.

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