Lundi 23 septembre, le procureur général de Californie, a annoncé poursuivre devant la Cour supérieure du comté de San Francisco ExxonMobil pour avoir participé à une campagne de désinformation qui, durant plusieurs décennies, a provoqué et exacerbé la pollution plastique mondiale. Avec ce procès, la Californie veut « contraindre ExxonMobil, l'un des principaux producteurs de polymères vierges (…), à mettre fin à ses pratiques trompeuses ». Elle veut aussi obtenir la création d'un fonds de réduction de la pollution, la restitution des bénéfices indus perçus par ExxonMobil et des réparations pour les dommages causés aux communautés californiennes et à l'environnement.
« Cette plainte (1) , la première du genre, vise à tenir l'une des plus grandes sociétés pétrochimiques du monde pour responsable d'avoir induit le public en erreur sur la recyclabilité du plastique et d'avoir pollué l'environnement et les communautés californiennes », justifie le ministère de la Justice californien. Ces poursuites découlent d'une enquête, ouverte en avril 2022, concernant le rôle des industriels de la pétrochimie dans « la crise mondiale des déchets en plastique ». Le ministère a délivré des assignations à comparaître à ExxonMobil et à d'autres groupes « qui ont permis de découvrir des documents inédits, aboutissant aux poursuites engagées [ce jour] ».
Campagne de désinformation
Concrètement, le procureur général de Californie, Rob Bonta, estime que « pendant un demi-siècle, ExxonMobil a trompé le public pour le convaincre que le recyclage pourrait résoudre la crise des déchets plastiques et de la pollution, alors que l'entreprise savait clairement que cela n'est pas possible ». Et d'ajouter qu'« ExxonMobil a menti pour accroître ses bénéfices record au détriment de notre planète et peut-être en mettant en danger notre santé ».
L'entreprise a aussi participé à un groupement professionnel qui a promu le recyclage comme alternative à la réduction de l'usage des plastiques. Ce groupement a notamment fait la promotion du ruban de Möbius, qui est aujourd'hui assimilé au recyclage des plastiques sur lesquels il est apposé, à tort. « En réalité, seulement 5 % environ des déchets plastiques américains sont recyclés, et le taux de recyclage n'a jamais dépassé 9 %. »
Le recyclage chimique est inopérant
Plus récemment, ExxonMobil a vanté le « recyclage avancé » comme la solution à la « crise » des déchets en plastique. Or, le recyclage chimique correspond à une variété de technologies qui permettent de convertir certains plastiques en matières premières pétrochimiques destinées à une variété d'usages. Ainsi, 92 % des déchets plastiques traités grâce à la technologie d'ExxonMobil sont utilisés comme produits énergétiques et carburants, plutôt que pour produire du plastique. « Les plastiques produits grâce au processus de recyclage avancé d'ExxonMobil contiennent si peu de déchets en plastique qu'il s'agit en fait de plastiques vierges commercialisés à tort comme "circulaires" », estime le ministère de la Justice californien.
Les reproches ne s'arrêtent pas là : d'importantes quantités de déchets postconsommation, comme les sachets de chips, ne peuvent pas être traités par le procédé d'ExxonMobil sans poser des problèmes de sécurité ou réduire les performances ; les plastiques produits grâce à ce procédé ne représenteront, dans le meilleur des cas, que moins d'un pour cent de la capacité totale de production de plastique vierge d'ExxonMobil.
Pour le procureur général de Californie, le programme de recyclage chimique d'ExxonMobil « n'est rien d'autre qu'une opération de relations publiques destinée à encourager le public à continuer d'acheter des plastiques à usage unique ».
Tout cela n'est pas sans impact, explique la justice californienne. Depuis 1985, plus de 13 000 tonnes de déchets ont été collectées sur les plages et les voies navigables californiennes, dont environ 81 % de plastique. À l'échelle mondiale, la pollution terrestre par les plastiques atteint 19,8 millions de tonnes (Mt), et la pollution aquatique 12,1 Mt, selon la justice californienne. Et de rappeler certains impacts sanitaires et environnementaux qui en découlent.







