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Face au recul du trait de côte, des méthodes de gestion souples existent

Le changement climatique va affecter les littoraux en bouleversant les écosystèmes et en aggravant l'érosion et la submersion. La nouvelle étude de La Fabrique Écologique revient sur les différentes manières de s'y adapter. Focus avec Jill Madelenat.

Avis d'expert  |  Aménagement  |    |  Actu-Environnement.com

Les littoraux français sont soumis à différentes pressions anthropiques (pollutions terrestres et marines, artificialisation des sols, surpêche, tourisme, etc.) ainsi qu'aux risques d'érosion et de submersion. En France métropolitaine, 25 % des côtes sont en érosion, tandis que la submersion marine menace déjà 1,4 million de résidents.

Ces risques littoraux seront amplifiés par le changement climatique, à travers la probable augmentation de la fréquence et de l'intensité des évènements météorologiques extrêmes, mais surtout à cause de l'accélération du rythme d'élévation du niveau de la mer, qui se manifeste déjà depuis quelques décennies. En effet, le rythme d'élévation de ce niveau est passé d'environ 0,5 mm/an en moyenne sur les trois derniers millénaires, à 1,7 mm/an au cours du XXe siècle, et même à 3,2 mm/an sur la période 1993-2014. Cette élévation s'explique par la fonte des glaciers continentaux et des calottes du Groenland et de l'Antarctique, mais également par la dilatation thermique des océans provoquée par l'augmentation des températures. La dernière étude réalisée par l'Académie des Sciences américaine estime que le niveau de la mer pourrait augmenter de 62 à 238 cm au niveau mondial d'ici 2100, selon les scénarios d'émissions de gaz à effet de serre.

À cette aggravation des aléas littoraux s'ajoute l'augmentation de la population et des zones artificialisées sur le littoral : entre 2013 et 2050, la population littorale augmentera d'environ 14 %. Le rythme d'artificialisation est, à l'heure actuelle, 2,7 fois plus élevé dans les communes littorales que dans le reste de la métropole. Ainsi, entre l'élévation du niveau de la mer et le phénomène de littoralisation de la société, de plus en plus de territoires seront concernés par la submersion marine et l'érosion côtière. Par opposition à la gestion « dure » s'appuyant sur les ouvrages de génie civil (digues, enrochement, etc.), certaines méthodes de gestion « douce » peuvent être pertinentes pour faire face à cette situation.

S'appuyer sur les écosystèmes pour limiter les risques littoraux

Dans cette démarche, une première manière de limiter les risques littoraux consiste à s'appuyer sur les « solutions fondées sur la nature », que l'UICN (Union internationale pour la conservation de la nature) définit comme « les actions visant à protéger, gérer de manière durable et restaurer des écosystèmes naturels ou modifiés pour relever directement les défis de société de manière efficace et adaptative, tout en assurant le bien-être humain et en produisant des bénéfices pour la biodiversité ».

Certains écosystèmes permettent de réguler et de limiter le phénomène d'érosion des côtes. C'est, par exemple, le cas des herbiers (de zostères dans l'Atlantique, de posidonies en Méditerranée). Ces plantes à fleurs, situées sur le plateau continental, atténuent la houle et limitent ainsi le phénomène d'érosion. Lorsqu'elles perdent leurs feuilles, celles-ci viennent se déposer sur les plages, formant des banquettes qui permettent de limiter le transport de sédiments par le vent, et de stabiliser la plage. Malheureusement, certaines pratiques locales, telles que le mouillage des bateaux qui abiment les fonds marins, ou le ramassage des banquettes afin de présenter aux usagers une plage considérée comme plus « propre », nuisent au bon fonctionnement de ces herbiers. Modifier ces différentes pratiques permettrait de s'appuyer sur la fonction de régulation de l'érosion côtière offerte par ces végétaux. Il peut s'agir de limiter le mouillage des bateaux à certaines zones ou de ne pas retirer les banquettes sur les plages. Par ailleurs, les herbiers constituent un habitat pour de nombreuses espèces animales et végétales, produisent de l'oxygène, capturent du dioxyde de carbone et purifient l'eau de mer. Les préserver ou les restaurer s'accompagne donc de nombreux bénéfices pour la biodiversité et le fonctionnement des écosystèmes.

Les dunes sont également des alliées pour l'adaptation des côtes au changement climatique, car elles limitent l'érosion côtière. Elles constituent en effet un réservoir de sédiments. La gestion souple consiste alors à former, préserver, ou restaurer les dunes, en les végétalisant et en les protégeant à l'aide de structures légères telles que les ganivelles, qui aident à retenir le sable. Les végétaux permettent de piéger et de stocker le sable transporté par le vent, et leurs racines maintiennent la dune en place. Lors d'une tempête, les dunes servent à la fois de rempart contre l'assaut des vagues et de stock de sable pour compenser celui qui est emporté par la mer. Ainsi, elles limitent l'érosion des plages en les réalimentant en sable.

Le recul accompagné du trait de côte

 
Les herbiers constituent un habitat pour de nombreuses espèces animales et végétales, produisent de l'oxygène, capturent du dioxyde de carbone et purifient l'eau de mer.  
Jill Madelenat
 
Une seconde voie consiste à accepter localement le recul du trait de côte, notamment sur des zones naturelles ou avec peu d'enjeux (logements, infrastructures, locaux d'activités, bâtiments publics, etc.). Ces espaces à l'intérieur desquels la mer peut de nouveau pénétrer, notamment grâce à la déconstruction d'un ou de plusieurs ouvrages de protection, servent alors de zones « tampon » qui atténuent l'énergie des vagues et permettent de protéger d'autres espaces jugés plus sensibles, à la manière des zones d'expansion des crues à proximité des cours d'eau. Certains écosystèmes peuvent se développer dans ces espaces renaturés, qui peuvent alors servir de zones de nurserie ou d'habitat pour de nombreuses espèces. L'attrait paysager de ces zones peut également être revalorisé. Certaines activités, telles que l'élevage sur prés-salés, autrefois pratiquées, pourraient même revenir sur ces espaces salinisés. En France, certains organismes expérimentent, ou, pourrait-on dire, redécouvrent ces techniques de gestion souple du trait de côte, afin d'étudier leur faisabilité, d'identifier les difficultés de mise en œuvre et de convaincre habitants et élus de la pertinence de ces pratiques.

Ces pratiques de gestion souple du trait de côte doivent aujourd'hui être développées à plus grande échelle. En plus de leur efficacité, des bénéfices pour les écosystèmes et de l'attrait paysager, elles sont bien moins coûteuses que d'autres options, telles que le rechargement de plage ou la construction d'ouvrages de maintien du trait de côte. Mais ce déploiement à grande échelle ne pourra se faire sans volonté politique, sans reconsidérer notre rapport au littoral, sans abandonner la vision d'une mer contre laquelle il faudrait « se défendre » et d'un trait de côte qu'il faudrait fixer. La gestion souple du trait de côte nécessite de l'espace (pour les dunes, pour les zones dépoldérisées, etc.) et ne sera pertinente que si elle s'accompagne d'une réduction de l'artificialisation et de l'urbanisation des côtes.

Avis d'expert proposé par Jill Madelenat, chargée d'études à La Fabrique Écologique

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