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Résilience des Alpes françaises : l'Igedd livre ses recommandations

Le changement climatique expose les Alpes françaises à une certaine vulnérabilité. Faisant suite à des épisodes répétées d'inondations, l'Igedd a rendu un rapport relatif à l'identification de lignes directrices pour la résilience de ce territoire.

Résilience des Alpes françaises : l'Igedd livre ses recommandations
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Tempêtes Alex et Aline, catastrophe de la Bérarde de juin 2024, inondations torrentielles à la suite de violents orages… La multiplication de l'intensité et de la fréquence de ces événements dans un contexte de changement climatique a révélé la vulnérabilité des territoires de l'arc alpin, profondément remodelés par plusieurs décennies, voire siècles, d'aménagements agricoles, industriels et touristiques.

Face à ces évènements, les dispositifs conçus pour des climats passés sont-ils encore adaptés aux crises à venir ? C'est la question qui a été posée à l'Inspection générale de l'environnement et du développement durable (Igedd). Missionnée à la suite des phénomènes météorologiques ayant causé de graves inondations en 2023, l'Igedd a rendu un rapport (1) relatif à l'identification de lignes directrices de plans de résilience des Alpes françaises (2) en réponse aux conséquences des effets du changement climatique. Destiné aux acteurs locaux, ce rapport est complété d'une « boîte à outils » (3) adressée à ces derniers et identifie six axes, décliné en 25 lignes directrices.

Une résilience à adapter à la typologie des Alpes

Premièrement, l'Igedd a identifié la typologie des Alpes, dont les caractéristiques sont interconnectées avec ses risques/aléas. Deux éléments principaux forment les Alpes : l'eau, qui façonne les reliefs, alimente les grands bassins versants et conditionne l'installation des populations et des activités humaines, et la forêt, qui constitue un atout pour la prévention des risques naturels (glissements de terrains, avalanches). Toutefois, le changement climatique a affaibli les deux ressources essentielles : les étiages estivaux se prolongent et s'intensifient, la disparition des glaciers réduit la réserve naturelle disponible pour les périodes de sécheresse, et les forêts sont fragilisées, ce qui augmente les sécheresses prolongées et le risques d'incendies. Ces nouvelles tendances climatiques conduisent à ce que des territoires qui ne semblaient pas exposés le deviennent, ou qui apparaissaient protégés se révèlent vulnérables, avec une grande incertitude liée à l'ampleur des changements attendus concernant les aléas, mais aussi à leur rapidité, à leur variabilité spatiale et aux effets qu'ils induisent.

Si la mission considère que les plans de prévention des risques naturels (PPRN) qui y ont été élaborés ont permis de limiter une augmentation de la vulnérabilité et constituent un socle solide, elle estime que ces derniers doivent être complétés avec la prise en compte de l'adaptation des territoires aux changements climatiques. Elle recommande donc de préciser et approfondir la réflexion visant à élargir l'approche traditionnelle du risque fondée sur le seul couple aléa/enjeu, pour évoluer vers une définition du risque intégrant aléa, exposition et vulnérabilité. Elle cite, à titre d'exemple, la Stratégie territoriale pour la prévention des risques en montagne (Steprim) qui vise à aider les collectivités de montagne à élaborer une stratégie intégrée de prévention des risques naturels (avalanches, glissements, crues torrentielles, chutes de blocs, etc.).

Par ailleurs, elle considère que la démarche de résilience doit être adaptée selon une échelle territoriale. Cela signifie déterminer concrètement, pour chaque projet ou plan, le périmètre optimal (commune, intercommunalité, bassin versant, massif…) afin de cibler efficacement les actions de prévention, de gestion de crise et d'adaptation.

Une meilleure connaissance et intégration des risques dans les documents d'urbanisme

Pour éviter les risques, encore faut-il les connaître. La mission relève que les élus et techniciens rencontrés observent les effets du changement climatique, et a pu constater une prise de conscience du sujet. Toutefois les personnes interrogées ont souligné la culture du risque encore insuffisante des habitants et des touristes. Il en est de même avec les représentations sociales du risque qui sont souvent en décalage avec les dynamiques réelles.

“ Les outils de planification devraient être le levier principal pour orienter l'urbanisation, préserver les zones tampons, limiter l'exposition aux aléas et intégrer les projections climatiques. ” Inspection générale de l'environnement et du développement durable (Igedd)

Afin d'améliorer cette connaissance des risques, l'Igedd invite la direction générale de la prévention des risques (DGPR), la direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement (Dreal) ou encore les régions à animer conjointement et localement le réseau des acteurs locaux sur les questions de connaissance des aléas torrentiels. Elle invite également à renforcer l'information des préfets au moment de leur prise de poste en administration territoriale sur le volet prévention des risques naturels.

La mission préconise également d'orienter l'économie alpine vers des modèles plus résilients face aux aléas et au climat, en évitant les dépendances à des activités vulnérables (mono-activité du ski) et en favorisant l'émergence de secteurs ou de pratiques plus durables (tourisme quatre saisons, construction adaptée, mobilité moins exposée). Cela a par exemple été le cas de la commune de Tignes, qui, à l'occasion de la fin du contrat de gestion des remontées mécaniques souscrit avec la Compagnie des Alpes (2026), a engagé une concertation volontaire avec le grand public pour réfléchir au futur du territoire.

L'inspection remarque enfin que les documents de planification (PLU, Scot, Sraddet) intègrent encore trop peu les vulnérabilités spécifiques aux territoires alpins. Dans plusieurs cas, la valorisation économique immédiate (zones touristiques, résidences secondaires, activités en fonds de vallée) avait prévalu sur la prise en compte des risques. « Pourtant, ces outils devraient être le levier principal pour orienter l'urbanisation, préserver les zones tampons, limiter l'exposition aux aléas et intégrer les projections climatiques », estime l'Igedd. Cette dernière exhorte à ce que les documents de planification territoriale deviennent les vecteurs principaux de la politique de résilience, en y inscrivant les objectifs de réduction de risque et d'adaptation au climat, et en les rendant opposables.

1. Consulter le rapport
https://www.actu-environnement.com/media/pdf/news-47926-rapport-igedd-lignes-directrices-alpes-francaises.pdf
2. Cela englobe les Préalpes calcaires de l'Isère et de la Savoie jusqu'aux massifs internes des Hautes-Alpes et des Alpes-Maritimes, et les six départements de Savoie, Haute-Savoie, Isère, Hautes-Alpes, Alpes-de-Haute-Provence et Alpes-Maritimes.3. Consulter la boîte à outils
https://www.actu-environnement.com/media/pdf/news-47926-rapport-igedd-boite-outils-acteurs-locaux.pdf

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